Cette page est dédiée à la nouvelle littéraire intitulée " La fonction de métamorphose ".

Elle fait partie du recueil de nouvelles " Le pire des mondes: nouvelles ! "
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Extrait de la nouvelle

On entre dans le quartier du crabe comme on entre dans une église, le silence s’impose. Ces baraques, assemblements de tôles et de planches, à chaque pas de porte, des silhouettes petites ou grandes comme figées dans le temps scrutent un horizon figé lui aussi dans ces mêmes tôles et ces mêmes planches. Ma tenue de jeune scout n’arrange rien, les têtes me dévisagent, je suis un intrus, je n’ai pas de pinces sortant du corps ni d’antennes sur la tête, de surcroît, j’ai la peau blanche. Je longe la traverse qui me mène jusqu’à la baraque de Mélissa, d’un pas de statue qui ne peut échapper aux regards. Mélissa est nonchalamment couchée sur ce qui lui sert de lit, juste vêtue d’une parure vaporeuse qui laisse apparaître ses deux tétons pointés en avant. Mon intrusion ne l’a pas réveillée, elle dort là tendrement, sa respiration est longue et paisible. Je lui titille le bout des seins juste pour tester l’état de son sommeil. Elle grommelle, histoire d’avoir la paix et continue sa sieste. Je n’ai donc qu’à attendre et faire suffisamment de bruit pour qu’elle se décide à sortir de sa léthargie. « Maldito hombre » me lance- t- elle, une fois certaine qu’elle ne pourra plus dormir, « Amor de mi vida », que je lui réponds ! Et on part à rire tous les deux. Ses petits seins bakélites comme disait Gainsbourg, m’obsèdent, il faut que je les triture et les malaxe sans arrêt, en faisant rouler la pointe entre mes deux doigts, ce qui chaque fois l’agace, je ne suis pas une chienne me rétorque- t-elle. C’est vrai que dans ces moments là je ne vaux guère mieux qu’un chien, mais c’est plus fort que moi, comme certaines femmes rendent les hommes chèvres, les tétons de Melissa me rendent chien. Ma petite négresse ! , le terme peu paraître un peu péjoratif voire insultant, mais il n’en est rien. Melissa a tout de la négresse, une négresse des îles. Il faut en avoir connu une pour savoir que dans la négresse, il n’y a que du bon.



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La fonction de métamorpose

La fonction de métamorphose se présente par elle-même, elle est la fonction de métamorphose. Travailleuse acharnée, sans discontinuité poursuit sa tâche.
Sa lubie : s’incérer dans tout ce qui bouge, se touche et se pense, pour sublimer, transmuter et métamorphoser.
Infatigable, non sujet aux baisses de tonus, même le temps ne peut l’épuiser, car celui-ci est aussi son sujet et travaille pour elle.
D’attitude très dictatoriale, notre chère fonction n’accepte que la soumission. Lui résister est peine perdue, la raisonner c’est s’épuiser en vain : la haïr, c’est se haïr soi-même, l’ignorer est se perdre.
Malheureux celui ou cela qui en nierait l’existence ! Là où celle-ci ne peut librement s’exprimer, soit par choix personnel ou par ignorance simplement, s’ensuivent d’inévitables catastrophes.
Celle-ci en effet – n’ayant cesse de faire son office – prendra alors fonction de dégénérescence, maladie, folie. Le corps ou l’entité infectée générera un poison qui le mènera par auto-empoisonnement à sa propre fin irrémédiable. Dictateur, tyran et despote, on se soumet à elle ou alors on se - fait - suicider.

On entre dans le quartier du crabe comme on entre dans une église, le silence s’impose. Ces baraques, assemblements de tôles et de planches, à chaque pas de porte, des silhouettes petites ou grandes comme figées dans le temps scrutent un horizon figé lui aussi dans ces mêmes tôles et ces mêmes planches.
Ma tenue de jeune scout n’arrange rien, les têtes me dévisagent, je suis un intrus, je n’ai pas de pinces sortant du corps ni d’antennes sur la tête, de surcroît, j’ai la peau blanche.
Je longe la traverse qui me mène jusqu’à la baraque de Mélissa, d’un pas de statue qui ne peut échapper aux regards.
Mélissa est nonchalamment couchée sur ce qui lui sert de lit, juste vêtue d’une parure vaporeuse qui laisse apparaître ses deux tétons pointés en avant.
Mon intrusion ne l’a pas réveillée, elle dort là tendrement, sa respiration est longue et paisible. Je lui titille le bout des seins juste pour tester l’état de son sommeil. Elle grommelle, histoire d’avoir la paix et continue sa sieste.
Je n’ai donc qu’à attendre et faire suffisamment de bruit pour qu’elle se décide à sortir de sa léthargie.
« Maldito hombre » me lance- t- elle, une fois certaine qu’elle ne pourra plus dormir, « Amor de mi vida », que je lui réponds ! Et on part à rire tous les deux.
Ses petits seins bakélites comme disait Gainsbourg, m’obsèdent, il faut que je les triture et les malaxe sans arrêt, en faisant rouler la pointe entre mes deux doigts, ce qui chaque fois l’agace, je ne suis pas une chienne me rétorque- t-elle. C’est vrai que dans ces moments là je ne vaux guère mieux qu’un chien, mais c’est plus fort que moi, comme certaines femmes rendent les hommes chèvres, les tétons de Melissa me rendent chien.

Ma petite négresse ! , le terme peu paraître un peu péjoratif voire insultant, mais il n’en est rien. Melissa a tout de la négresse, une négresse des îles. Il faut en avoir connu une pour savoir que dans la négresse, il n’y a que du bon. Ses petits seins bakélites d’abord et surtout, et puis ce tempérament un peu animal qui rend les hommes chiens. Corps musculeux dépourvu de toute cellulite, une vrai gymnaste, une catcheuse, une athlète, que du bon je te dis, et je ne te dis pas tout !
Enfin, n’exagérons rien, n’embellissons pas trop, Melissa elle a aussi du cochon, dans son caractère je parle, et de la mule sûrement, et je dirais même un peu de tigresse aussi, si bien qu’au final, je ne sais plus à quel saint me vouer, sans vouloir faire un provocant jeu de mots.

José, au début comme à la fin, c’est un sorcier. Comme tout bon Haïtien qui se respecte, il aime à secouer les gris-gris et t’impressionner par ses fantômes. Mais lui José, c’en est un vrai de sorcier. Sa voix, trop douce, trop surnaturelle, envoûtante comme la flûte aux cobras. Quand il parle, il t’endort, te fait somnoler pour enfin te manger tout cru. Chevelure hirsute, sourire de renard, tu m’en fais un toi, José, de causeur de spectres, d’ensorceleur de brebis égarées et de jolies donzelles aux derrières eux- aussi surnaturels.
Il s’en vient donc, notre José, accompagné de sa femme Magali. Elle sourit tout le temps, elle ne parle pas mais sourit, elle rit aussi, et quand elle ne fait ni l’un ni l’autre, elle jette son bébé en l’air, ce qui amuse beaucoup l’enfant et le papa de surcroit, si bien qu’on est tous pliés de rire. Puis Magali se remet à sourire, la boucle est bouclée.
José s’en est venu pour nous faire participer à son petit festin de crabes. Que peut-on faire d’autre que de manger du crabe dans le quartier du crabe, vous voulez bien me le dire ! On peut le pêcher aussi ou en rêver. Son fantôme rôde là, toutes les nuits et vient frapper à chaque porte. Malheur à celui qui le laisserait entrer. Quand s’en vient l’obscurité qu’il apparaît couvert de son épaisse cape noire, on tremble. On espère qu’il va aller visiter la maison d’à côté, et que le cadavre qu’il va ramener dans son terrier ne sera pas celui de la maison.
Nuits du crabe, nuits lugubres et insidieuses, nuits de cauchemars.
Ainsi donc, pour conjurer le mauvais sort, nous voici en train de croquer les petites bestioles, leur sucer les entrailles. Ça craque sous la dent… les cartilages se rompent et laissent échapper leur jus. Melissa y trouve un goûteux plaisir, elle croque et se léchotte les doigts de temps en temps pour ne rien perdre. Ses mains brillent au soleil de jus huileux, sa bouche ne vaut pas mieux et tous ces bouts de cartilages coincés entre ses dents. Pour finir, il ne va rien rester de la pauvre bête, c’est vraiment ce qu’on appelle se faire sucer jusqu’à la moelle. Elle me regarde maintenant de son air ingénu, cela relève de l’orgasme culinaire, elle est satisfaite, repue et grogne de joie.
C’est bien beau tout ça, mais l’enfant a faim, José part en quête de quelque nourriture, la maman tant bien que mal dorlote l’enfant. Celui-ci chiale à nous rompre les tympans. Magali reprend la vielle technique du lancer de bébés dans les airs. Toujours plus haut, toujours plus tourbillonnant, attention, la chute est proche. Voilà, c’est bon, l’enfant est à moitié assommé, il ne lui reste plus maintenant qu’à dormir.
Le voisin d’en face a assisté à toute la scène. Depuis que nous sommes là, il n’a pas bronché ni bougé d’un poil. Sa tête s’affaisse vers le bas, résignée. De temps en temps, son regard semble s’allumer de quelques soubresauts. Sa pauvre femme… entre les raclées qu’il lui met quand il a bu, et les mauvaises histoires, qu’il ramène aussi quand il a bu…Chaque fois c’est le même cinéma, il bat les gosses ou la femme, il s’en veut à mort et se saoule de la même manière, à mort. Ses premières souleries d’après tabassages, il va les finir dans la forêt. On le retrouve le lendemain, allongé sur un plan d’herbes, entre deux cocotiers et une vache broutant. Avec le temps, il est sorti de sa forêt pour aller provoquer les copains et les voisins, le but du jeu étant bien sûr qu’il se prenne une bonne raclée à la fin. Maintenant, ses sorties alcoolisées se passent avec une machette à la main et les voisins, les copains prient pour que le crabe vienne l’emporter au plus tôt.
Entre deux tôles, on peut assister au déshabillage. Bigre, José, tu ne me l’avais caché ce slip léopard, t’as vraiment l’air d’un pornographe comme ça. L’étreinte sera rapide, intense, sans trop de bruit pour ne pas exciter tout le quartier. Les voilà tous les deux, sortant de la cabane, sourire coquin aux lèvres.
Maintenant, la voisine d’à côté, que ces coquineries ont échauffée, me regarde d’un petit air sans équivoque. Elle me sourit, là, bêtement, et me voilà tout suant devant elle, sa robe cachant à peine sa poitrine. La tentation est féroce de se vautrer comme l’ont fait les deux autres oiseaux, le petit café du pauvre comme disent certains, avant de passer à autre chose …comme le gamin qui va sûrement se réveiller d’ici peu.
Mélissa reste impassible, elle vient d’entrer dans ces moments de somnolence, je regarde dans le vide en attendant que le temps passe. Je la secoue, juste pour voir dans quel état de léthargie elle sombre, mais elle n’a pas l’air d’apprécier, sa réponse, m’enfoncer son poing dans l’épaule, pour ensuite replonger dans son sommeil éveillé.
Les gens viennent de partout, de gauche, de droite, de derrière, de partout. Une autre voisine qui s’ennuie et vient faire la causette, une autre encore, a fait l’acquisition d’un chapeau et se pavane afin d’épater la galerie. Les enfants courent partout, le vieux d’en face est toujours là, immuable. L’enfant s’apprête à se réveiller, José en profite pour annoncer qu’il a une bonne idée de négoce et qu’il va en parler à son pote, il en profite pour se défiler.

On n’avait rien à faire avec ma petite Mélissa, nous voilà l’un dans l’autre, elle a miaulé, j’ai grogné, le lit a tremblé et la cabane toute entière a également tremblé par les vibrations. De quoi chasser tous les rats et autres bébêtes à poils à cornes ou à écailles.
En bon civilisé, je m’étais prémuni d’un préservatif, Mélissa me l’a arraché, « si tu me baises c’est comme une chienne, ton plastique, fous-le toi dans la bouche et mâche le comme un chewing-gum ». Je m’exécute, gloire au sida, gloire à une descendance généreuse, et si le crabe doit nous emporter, que le diable l’emporte lui aussi, mais pour l’instant jouissons.

D’une manière générale, les activités ici ne sont pas extravagantes, on les compte sur les doigts d’une main. D’abord trouver à manger, manger, boire, discuter, forniquer et dormir. Si on manque de boissons, on discute ou fornique un peu plus et vice versa dans tous les sens. C’est seulement quand on manque de tout que les choses se compliquent. On va alors voir la dame du dispensaire, celle qui se dévoue pour les autres, celle qui soigne, nourrit, dorlote et soulage. Paulette, donc, la patronne du dispensaire, elle s’est rendu compte qu’il y avait un truc qui clochait dans sa vie une fois atteinte du cancer, vous savez, ces petites cellules débiles qui se mettent à batifoler dans tous les sens pour former des ganglions gros comme des yeux de baleines.
Elle est alors venue ici, en pensant peut- être qu’entre eux, les crabes se boufferaient. A raison sûrement, à tort il se peut, deux crabes ensemble, ça peut aussi se reproduire et faire plein de petits.
Toujours est-il que Paulette joue le rôle de la matrone du village, dans l’unique baraque de ciment du coin. Ses jeunes acolytes, qu’on appelle des coopérants de l’humanitaire sont venus l’aider dans sa tâche. Tous de jeunes scouts en culottes courtes ( il fait chaud ) plein de bonnes idées et plein d’énergie à revendre. Ça peint, ça bricole, ça fait des piqûres et des pansements, ça ampute quand il faut, je vous le dis, des vrais scouts. Paulette est donc là, toujours présente, la mère bobo qu’on pourrait l’appeler, les bobos du corps et les bobos de l’âme.
Quand Paulette ne peut rien pour nous, car elle ne peut nourrir le village tout entier, et que l’estomac commence de couiner, il ne reste alors que le chant lugubre des envies qui tournent en rond et vous rendent dingos. C’est pire qu’une envie de fraise la faim, ça reste là gravé dans l’esprit, ça tourne, ça se retourne, et à la fin de la journée, t’es dingo et tu vas te coucher tellement tu t’es épuisé. Quelques années de ce sport et vous êtes comme le voisin d’en face, ou comme José. Au quartier du crabe, il n’y a de place que pour les sorciers ou les âmes perdues, entre les deux, navigue le crabe afin que chacun choisisse son camp.

Tout ça pour dire que nous déambulions, José, Mélissa et moi sur le chemin poussiéreux qui mène à la plage.
Nous croisons dans notre promenade le dispensaire de Paulette. Celle -ci est prise aux griffes avec notre voisin d’en face. Il lui réclame je ne sais quoi, elle semble faire tous les efforts du monde pour le contenir. Il l’insulte, la menace, fait tourner son bras en l’air. Elle reste impassible, matrone oblige, ce qui énerve de plus l’énergumène. Ca tourne en rond leur histoire, y en a pas un qui lâchera le morceau. Elle pour ne pas lui claquer la porte au nez, lui pour s’acharner sur elle. Qu’ils se débrouillent.

Comme d’habitude, José me fait part de ces idées de négoces. Le problème n’est pas dans le négoce lui-même mais dans le fait qu’il ne veut jamais l’assumer seul, « la mise de départ » m’explique-t-il, c’est la part la plus importante. Je me débine comme d’habitude en noyant le poisson. Il m’annonce alors un négoce plus fumeux encore, puis un autre, finalement, il me propose inévitablement de devenir son compagnon d’escroquerie. Il fait chier José mais on rigole bien. En conclusion, il nous propose une partie de pêche au crabe sur la plage, juste à l’embouchure de la rivière.
La pêche au crabe c’est tout un sport. La tenue d’abord : le maillot de bain voyons. Lui José a gardé son slip léopard. Il se regarde, nous regarde, impressionné par sa propre virilité, voilà qu’on peut voir son membre – impressionnant aussi – commencer à prendre des formes démesurées et déformer le slip léopard. Ca prend des allures de film porno, tarzan baisse la tête en direction de son anaconda, il en est tout fier, son regard nous revient comme pour nous voir acquiescer « vous avez vu de quoi je suis capable « nous lance- t-il. La pêche au crabe, je crois que c’est terminé, Tarzan n’en peut plus, il doit passer à l’action et assouvir son besoin. Il veut bien sûr qu’on aille avec lui, il en connaît deux ou trois - « bien chaudes », toujours prêtes à se faire cuire. « vete al diablo » lui répond Mélissa. Ces effervescences m’ont également mis dans tous mes états, me voilà également en pleine ébullition, Mélissa semble désolée, son sourire en dit long... ; que je me démerde tout seul avec mes éruptions ! Peu importe, rien de tel qu’une bonne eau bien fraîche pour calmer toutes ces ardeurs. Elle me rejoint. Je batifole au milieu des poissons et dans les bras de ma chère mulâtresse.

Notre José s’en revient, un air coquin sur son visage, il nous étale ses exploits : on a droit à l’épisode complet, dans les moindres détails, c’est vrai qu’elles font envie les sirènes du coin. Franchement José, tu n’as donc que ça à faire de tes journées, aller féconder toutes les matrices du coin. En parlant de ça, voilà Magali qui arrive, la matrice officielle.
Magali, allégrement s’amuse à lancer l’enfant dans les airs pour le rattraper au dernier moment. Ça c’est une famille unie – dans les sauts périlleux -. Menteur comme il est, José raconte à sa femme que la pêche au crabe fut bien mauvaise, mais qu’il ne désespère pas pour le lendemain. A ce sujet, il me demande si je n’ai pas une paire de palmes et un filet pour en pêcher plus d’un coup.
Mélissa commence franchement à s’ennuyer, elle me fait comprendre qu’elle a bien envie qu’on s’en aille. José, qui ne veut pas rester sans compagnie commence à vouloir allumer un feu. Pour manger quoi ? Faisons le feu, on verra après.

Le galon de rhum est presque vide, ça représente beaucoup un galon de rhum, presque quatre litres. Au début ; le liquide passe en brûlant et quelques verres après, du vrai petit lait. On sirote à petites gorgées en faisant chaque fois de grands aaaahhh. La discussion suit son cours, serpente autour de tous les ragots et âneries qui se peuvent conter sans oublier les petites histoires croustillantes, celles auxquelles on rajoute une petite touche personnelle, les autres qui relèvent de la mythomanie. Mais qu’importe ; la rivière de rhum coule tranquillement, le clapotis des vagues est là pour nous bercer ; les étoiles veillent sur nous là- haut dans le ciel.
Tous les cours d’eau finissent à l’océan, et dans ce genre de réunion éthylique vient toujours le moment de la surenchère, de l’histoire la plus extraordinaire .José tient bien sûr à porter le flambeau, et nous raconte ses passages dans le vaudou. Notre réaction …bien rigoler. José semble s’offusquer, il est vraiment piqué au vif, orateur enflammé de la magie blanche et noire, il s’enlise dans des histoires peu croyables, ce qui nous fait rire de plus belle. On tourne en rond nous aussi, José monte en pression, et pour ne pas nous exploser à la figure, se lève et s’éclipse. Il s’éloigne d’un pas déterminé, se retourne un instant, nous agresse d’un « je vous aurais prévenu « et disparaît dans la nuit.
Maintenant parti, nous en profitons pour chanter quelques classiques du répertoire local, romance, amour, souffrances, coeurs déchirés et beaucoup de larmes.
Lentement nous nous éteignons, le feu aussi, quelques lueurs en émergent encore, l’assoupissement final est proche.
Nous entendons soudain un drôle de bruit. Des espèces de craquements cartilagineux, style robot de chair déboîté .La pénombre ne nous permet pas d’en identifier l’origine. Des sortes d’éructations semblent provenir du même endroit. Nous croyons au début être victimes d’hallucinations, nous en restons pétrifiés. José nous fait signe de ne pas bouger, de faire comme si de rien n’était. En face de nous se dresse le roi des crabes, haut d’environ deux mètres, perché sur ses pattes démesurées, ses pinces aussi impressionnantes que des pâles d’hélicoptère prêtes à découper.
L’envie nous prend de fuir en hurlant tels de pauvres hères qui auraient entrevu le démon, ou de pleurer comme des enfants. En définitive et avant que d’avoir une quelconque réaction, le roi des crustacé s’en va vers le quartier habité.
Nous restons là à nous dévisager, figés dans notre stupéfaction.
« Je vous l’avais dit, je vous l’avais dit « nous lance l’autre énergumène, je suis un sorcier, un grand sorcier. José en a les yeux écarquillés, il semble dans un autre monde, aussi nous avons la présence d’esprit de ne pas répondre. Qui sait, si la fois suivante il nous envoyait un cyclope ? Nous n’avons vraiment plus l’âme à dormir ni à festoyer, juste envie de rentrer chez nous, vite. « Il va revenir, vous devez rester là » nous lance José, que faire, c’est là un choix bien difficile.
Un lourd silence règne sur notre petit campement, un silence pénible qui est coupé par le retour du crustacé. José souri de ses belles dents, il semble satisfait.
L’horreur continue, on peut voir, sorties de l’extrémité de la bouche de l’animal, les extrémités de ce qui devait être quatre jambes. D’après les chaussures et les lambeaux de tissus, il s’agit du voisin d’en face et de Paulette. Il les a engloutis tous les deux et finit paisiblement de les avaler, sa gorge est trop petite pour les gober d’un coup.
Nous restons là pétrifiés par la peur, l’animal à nos côtés. Celui- ci se dresse sur ses pattes et commence une sorte de danse. José applaudit tout en battant la mesure de ses mains. Les pitreries de son ami le crabe l’amusent beaucoup, car il s’agit bien de pitreries. La grosse bête nous offre tous les tours que l’on peut faire sur six pattes, quatre, puis deux. Il se retrouve la carapace en l’air, avec José pour l’aider à se remettre d’aplomb. Nous avons du mal à nous dérider, mais le spectacle est si drôle, qu’au bout d’une heure de ces charlataneries, nous rions nous aussi de bon coeur. Inépuisable le crustacé, un vrai gamin, il nous présente dix fois le même spectacle. Et ça recommence dans une nouvelle variation. Avec son copain José, ça frôle Laurel et Hardy, gros gags où tout le monde tombe par terre, se cogne la carapace sur la tête de l’autre en éructant. Car il continue inlassablement d’éructer.
José nous invite même à monter sur son dos. Après quelques hésitations, nous montons à crabe sur la carapace de la bête afin qu’il nous fasse faire le tour de la plage. On se croit, l’espace d’une bonne heure, sur un manège enchanté , à traverser la plage de long en large ,à sauter , virevolter , bondir et trotter au pas de crabe.
C’est inconcevable à dire, mais c’est une soirée inoubliable, elle restera à jamais gravée dans nos têtes.
Apparait l’aurore aux doigts de roses, le crabe nous fait comprendre qu’il doit rentrer dans son océan .Nous parcourons l’espace qui nous sépare de la mer, main dans la main dans la pince et lui faisons un dernier au revoir de la main lorsqu’il disparait dans l’eau.

Nous sommes sur le chemin du retour. Le soleil resplendit Nous passons devant le dispensaire où se presse une foule de badauds. On jette un regard pardessus la foule. Le voisin d’en face et Paulette gisent là dans un bain de sang, égorgés tous les deux. La foule veut savoir qui des deux a tué l’autre le premier. Nous sourions gentiment, faisons demi-tour et continuons notre promenade vers la cabane. Nous fredonnons de petites chansons où il est question de romance, d’amour, de larmes, le tout entrecoupé de quelques éructations.





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