Cette page est dédiée à la nouvelle littéraire intitulée " Le livre de Satan ".

Elle fait partie du recueil de nouvelles " Le pire des mondes: nouvelles ! "
Il vous sera possible de lire la nouvelle directement sur cette page
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Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter bonne lecture !



 




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Extrait de la nouvelle

Je fis cette nuit un rêve étrange.
La grosse limousine stoppa devant une espèce de cabane en tôle. L’air était brûlant, il devait être midi et le soleil était à mi-chemin de sa trajectoire diurne. La vapeur sortait de terre et laissait cette impression de flou dans le paysage avoisinant. Une espèce de bruissement emplissait l’air, comme une vibration. Un colosse sortit de la voiture, un personnage des vieux films américains : grand, costaud, habillé d’un costume bien coupé dans les tons foncés, le cheveu peigné, la mâchoire proéminente qui donne ce sourire un peu carnassier. Il ouvrit la tôle qui faisait office de porte. Le sol était jonché de billets de banque. Allez savoir pourquoi, gisaient aussi les cadavres d’une vache, d’un âne et de quelques moutons, la panse ouverte, les boyaux se répandant eux-aussi sur le sol. Un coffre béant laissait entrevoir des sacs de poudre blanche, de la drogue sûrement. Au son du gémissement, le colosse agita la tête. Un crucifié se tenait là en croix, les bras attachés aux poutres métalliques de la cabane. Le géant s’approcha de lui, et de son plus beau sourire lui demanda : « alors, c’est qui le maître ? «. Le crucifié ne semblait pas comprendre. Le géant attendit quelques instants et reformula sa demande « le maître, c’est qui ? «. L’autre ne réagissait pas, sa position commençait à l’étouffer, il pouvait à peine respirer, la tête tombant vers le bas. Le géant lui décocha un coup de coude dans le visage et lui ouvrit la lèvre, le sang coulait abondamment. Le crucifié releva la tête, une lumière scintilla dans ses yeux, et comme éveillé à lui même il lui répondit « le maître, c’est toi «. Le colosse parut satisfait. Il souriait de toutes ses dents. Le crucifié semblait encore vouloir s’exprimer, il se concentra, releva à nouveau la tête et ses lèvres balbutièrent « veuxtu te marier avec moi ? «. « J’accepte répondit le géant «. Ils s’embrassèrent. La terre se mit soudain à trembler, à vibrer. Puis des fantômes grimaçants sortirent de terre par milliers, par millions, par milliards. Ils sortaient comme sortirait une pâte dentifrice de son tube. Ils se mirent ensuite à tourbillonner, le ciel en fût bientôt rempli à tel point que le jour sembla décliner pour faire place à une nuit obscure faite de gémissements et de visions cauchemardesques.



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Le livre de Satan

Je fis cette nuit un rêve étrange.
La grosse limousine stoppa devant une espèce de cabane en tôle. L’air était brûlant, il devait être midi et le soleil était à mi-chemin de sa trajectoire diurne. La vapeur sortait de terre et laissait cette impression de flou dans le paysage avoisinant. Une espèce de bruissement emplissait l’air, comme une vibration. Un colosse sortit de la voiture, un personnage des vieux films américains : grand, costaud, habillé d’un costume bien coupé dans les tons foncés, le cheveu peigné, la mâchoire proéminente qui donne ce sourire un peu carnassier. Il ouvrit la tôle qui faisait office de porte. Le sol était jonché de billets de banque. Allez savoir pourquoi, gisaient aussi les cadavres d’une vache, d’un âne et de quelques moutons, la panse ouverte, les boyaux se répandant eux-aussi sur le sol. Un coffre béant laissait entrevoir des sacs de poudre blanche, de la drogue sûrement. Au son du gémissement, le colosse agita la tête. Un crucifié se tenait là en croix, les bras attachés aux poutres métalliques de la cabane. Le géant s’approcha de lui, et de son plus beau sourire lui demanda : « alors, c’est qui le maître ? «. Le crucifié ne semblait pas comprendre. Le géant attendit quelques instants et reformula sa demande « le maître, c’est qui ? «. L’autre ne réagissait pas, sa position commençait à l’étouffer, il pouvait à peine respirer, la tête tombant vers le bas. Le géant lui décocha un coup de coude dans le visage et lui ouvrit la lèvre, le sang coulait abondamment. Le crucifié releva la tête, une lumière scintilla dans ses yeux, et comme éveillé à lui même il lui répondit « le maître, c’est toi «. Le colosse parut satisfait. Il souriait de toutes ses dents. Le crucifié semblait encore vouloir s’exprimer, il se concentra, releva à nouveau la tête et ses lèvres balbutièrent « veuxtu te marier avec moi ? «. « J’accepte répondit le géant «. Ils s’embrassèrent.
La terre se mit soudain à trembler, à vibrer. Puis des fantômes grimaçants sortirent de terre par milliers, par millions, par milliards. Ils sortaient comme sortirait une pâte dentifrice de son tube. Ils se mirent ensuite à tourbillonner, le ciel en fût bientôt rempli à tel point que le jour sembla décliner pour faire place à une nuit obscure faite de gémissements et de visions cauchemardesques.

Le jour même je me promenais dans une rue parisienne, j’avais un peu de temps devant moi et me baguenaudais gentiment pour tuer le temps. Cette balade m’amena chez des bouquinistes où je profitais de feuilleter certaines revues. Mon attention fût attirée par un petit livre. Quelle stupeur, sur la couverture du livret figurait la scène finale de mon rêve de la veille. Des fantômes tourbillonnants et en contrebas une cabane hantée, un véhicule garé à ses côtés. Je tremblais .En l’espace d’un instant je sentis que tout allait basculer. La tête me tournait et je fus pris d’hallucinations sonores, la voix me disait « regarde, regarde le livre, regarde le titre 1 aussi, ce livre t’est destiné ». Mon regard se tourna alors sur la partie haute de la couverture, et je pus lire en toutes lettres : « le livre de Satan «.
Je me vidais littéralement de mon sang et de mon énergie, je me sentais implosé, ma dernière vision fut celle d’un grand trou noir dans lequel je sombrais.
« Ca va mon brave Monsieur « le bouquiniste me soutenait pas le bras, j’avais dû m’évanouir «. « ca va, c’est bon « … puis je sortis un billet de ma poche, le lui tendis et repartis, la main tremblante accrochée au livret.
Arrivé chez moi, je me lançais sur le lit et m’endormis. Je fus réveillé de bon matin par le trafic de la rue. Je me rafraîchis le visage en m'aspergeant avec l'eau de la cuvette.Cela aurait pu être un matin comme les autres, mais non. Maintenant, il y avait ce livret, là, posé sur la table, qui allait changer ma vie, qui allait changer la vie. Je prenais malgré tout le temps de bien déjeuner, de fainéanter un peu sur mon lit et de fumer une bonne cigarette.
L'instant de grâce était pour bientôt et j'en retardais consciemment le moment. Enfin, je me décidais, tendis la main vers la table et entrouvris le livre. Il n'y avait pas de confusion possible, il s’agissait bien du livre de Satan.

Toutes mes lettres avaient le même contenu, je les envoyais un peu au hasard, au gré de mes humeurs. Toutes étaient libellées comme suit.
________________________________

Monsieur le directeur, Président,

Je vous saurais gré, par la présente, d'accepter la requête suivante:
Votre fortune, votre pouvoir et votre situation sont basés sur une imposture, une usurpation et un vol. Vous en trouverez la preuve dans le document ci-joint. Je vous somme donc, dans les plus brefs délais de me céder votre fortune, pouvoir et situation. Votre désaccord aurait des conséquences désastreuses.

Cordialement

René Lajoie pour Satan
______________________________

Je n'avais de réponse à pratiquement aucun de mes courriers. Quelques- uns me disaient de consulter leur avocat, d'autres me menaçaient de porter plainte pour diffamation… c'est ce que j'attendais.
A tous ces messieurs mécontents qui me menaçaient, je les menaçais de même. Tant et si bien que tout se termina un jour devant les tribunaux.
Un joli petit tribunal sans prétention aucune. J'étais assis là, à attendre que Monsieur le juge daigne se présenter. La partie adverse se trouvait sur la gauche, ils paraissaient bien las d'une affaire qui, je m’imaginais les dépassait complètement. Enfin, Monsieur le juge arriva, tout le monde se leva et se rassit aussitôt.
On fit l'énoncé de la plainte, et chacune des parties plaida. Monsieur le juge avait l'air vraiment fatigué, pour ne pas dire somnolent avec de temps en temps des absences ou alors il semblait s'assoupir.
« Monsieur Lajoie », me lança l'avocat de la partie adverse, « vous dites parler, voire représenter le diable , quelle preuve nous avez-vous apportées pour étayer vos dires. Le document que vous nous présentez est explicite et ne laisse pas trace au doute, mais vous, sur quelle base devrions-nous vous croire ? »
- La réponse est pourtant bien expliquée en dernière page du document. La première personne qui trouvera ces pages sera mon représentant, c'est écrit noir sur blanc "
L’avocat sembla comprendre son erreur et commença de marmonner dans sa moustache:
- Je ne remets nullement en cause le document en question et ne me permettrais en aucun cas de douter de sa véracité …
- La chose est dite, vous autorisez donc la requête qui vous est faite et en acceptez les complètes conditions.
Le marteau frappa sur la table du bureau du juge. Celui-ci venait de reprendre ses esprits et tentait de faire son office.
- Mais qu'est-ce que vous racontez tous les deux, mais qu’est-ce que je fais ici dans cette salle de fous, je vous prie de me donner votre document qui est apparemment la source du litige, allez, donnez-moi ça et qu'on en finisse.
Personne ne bougea.
« Mais vous allez me le donner votre truc » commençait de se fâcher le juge. Il leva ses 130 kilos, rouge de colère. Soudain, il fût pris comme d'étourdissements, vacilla et tomba net à terre.
Un froid glacial envahit la salle, plus personne n'osait bouger voire émettre un son. Enfin, content que cette petite affaire se termine ainsi, je me levai et m'en allai allègre.
Ce petit jugement eut bien sûr une suite médiatique de grande importance. D’abord à cause du juge qui selon certains avait été victime d'un infarctus et qui selon d'autres était la victime d'une puissance supérieure. Enfin, de quoi avais- je à me plaindre, tout ceci ne faisait qu'alimenter ma cause.
J'eus droit à différentes interviews, lettres d’insultes, menaces et je ne sais quoi encore.
De mon côté, je continuais le harcèlement avec mes invariables courriers, toujours lancés à la sauvette vers je ne sais quelles nouvelles proies. Ayant acquis un certain prestige, on me répondait - non en accordant crédit à mes demandes -, mais juste histoire de noyer le poisson et d'essayer de me caresser l'échine dans le sens du poil.
Certains même me félicitaient pour ma démarche, - et toujours sans créditer ma demande -, se disaient prêts à plaider en ma faveur (pour d'autres proies entendonsnous). Je collectionnais ainsi des kilos de courriers, je ne gardais que ceux en ma faveur. Dès que le tas fut assez gros, assez conséquent, avec a l'appui l'assentiment de gens de grande renommée, je portais plainte contre la république en personne. J'adressais une lettre à Monsieur le Président de la république en le sommant - tout comme dans tous les autres courriers - de me laisser la fortune du pays, son pouvoir et sa position. J'y joignais évidemment le document.
Comme je m'y attendais, je reçus une réponse disant que ma demande ne pouvait être prise en compte par le fait que la République était plus haute que tout, y compris Satan.
Je sommais une deuxième fois Monsieur le Président de revoir sa position, et lui écrivis en plaisantant " il ne faut pas tenter le diable " ! Aucune réponse, mais ce n'était que partie remise.Je continuais inlassablement mes petites interviews, articles et autres supports à média.

Dans les semaines qui suivirent, une nouvelle chance s'ouvrit à moi. Monsieur le Président était impliqué dans une sale affaire de pots-de-vin et de surcroît avec une maîtresse avec qui il aurait eu quelques aisances !
Des petits malins jugèrent opportun de me contacter afin que je puisse m'exprimer sur le sujet. Requête à laquelle bien sûr je répondis. Je me retrouvai donc une fois de plus devant un micro, mais cette fois-ci, à grande audience.
- Donc selon vous Monsieur Lajoie, la base même de la république est, comme vous le citez vous- même, basée sur une usurpation pour ne pas dire un vol.
- L'exemple de ce qui se passe aujourd'hui en est un élément de preuve , notre cher président se comporte comme un petit voyou, et il est a parier que l'affaire sera plus ou moins vite classée , oubliée et que l'on passera à autre chose, un autre scandale sûrement, une fois que le précédent sera épuisé.
- Que voulez- vous dire par là ? - Que les gens s'intéressent moins au délit commis qu'à la consommation d'histoires toutes plus sordides les unes que les autres.Voilà ce qu'est devenue la république, 4 aussi bien au haut de l'échelle qu'à sa base: une suite de comportements et d’actions méchantes, un réservoir à insanités.
- Voulez-vous dire que la République est pourrie pour ne pas dire perverse ?
- Je dis plus que cela, que toutes les républiques et constitutions sont méchantes et peu leur importe l'épanouissement de ses citoyens, d’où la notion de vol et d’usurpation. Ce ne sont que des machines folles qui, une fois lancées ne peuvent plus s’arrêter, le seul but étant de ne pas disparaître, de s'auto générer en permanence pour survivre. La conséquence, la voilà, des comportements massifs de soumission où l'individu est devenu l'esclave d'une sorte d'aliénation de droit divin. Il n’a plus de choix, sa seule voie est la divine aliénation. S’il la refuse, il ne lui reste plus que la prison ou l’asile.
- Et quelle est l'oeuvre du diable dans tout cela ?
- L’oeuvre du diable est simplement là, sous vos yeux, devant ces comportements de types dégénérés, l'oeuvre de satan sans erreur possible .L’oeuvre du malin a pour but de réduire le monde à son enfer, et comme je l’ai cité plus haut, que reste t-il d’une république où à la base il n’y a pas le choix : la réponse est simple, l’enfer.Nous sommes censés naître libres et égaux. Nous sommes libres dans une prison et égaux dans nos positions de prisonniers. Nul n’est censé ignorer la loi mais devant qui ? Le contrat social ? Un contrat, cela se signe avec l’approbation du signataire. Vous me répondrez que la démocratie intègre ces prérogatives. Faux, car la démocratie dépend de 51% d’une masse. Cette masse dès la naissance est aliénée et développe ses choix sous la contrainte de l’aliénation, elle a perdu et oublié la notion même de liberté. En définitive, c’est une masse d’anesthésiés qui ne peut prendre que des demies décisions et qui va dans le sens de l’auto-génération de la machine sociale.
Vous imaginez- vous à quel point on nous prend pour des débiles ! La forme de pouvoir sur laquelle repose nos états reste primitive au plus haut point. C’est le pouvoir par la peur et la coercition. Tu obéis ou tu es puni et la punition est là partout, à chaque instant à chaque interstice de l’espace, dans chacune de nos pensées et émotion. Tous nos systèmes sont basés sur la notion d’un ennemi potentiel prêt à nous faire du mal, et la bonne république est là pour nous protéger de ces vilains ennemis. Certaines fois ce sont les musulmans, d’autres fois les communistes, la récession économique, la non croissance il y a toujours quelque chose .Quel bonheur que de n’avoir qu’un bon ennemi, tout le monde se sent solidaire, la République existe à nouveau. Enfin , tous les moyens sont bons pour qu’il y ait toujours quelques chose qui aille mal , tous les médias en font leurs choux gras tous les jours .Et en ce nom , on peut établir en toute logique un bon système policier et un bon système de pensée car l’ennemi est toujours là, quoi qu’il arrive .Qu’il en meure un, en voilà un autre , il faut être vigilant .Voilà en peu de mots sur quoi repose l’intégrité nationale , le mécanisme de son équilibre .Nos nations ne trouverons jamais ni la stabilité ni l’harmonie parce que leurs fondements sont vicieux et basés sur la terreur – la terreur de l’ennemi potentiel toujours présent :et nos braves citoyens s’en vont remplir leur contrat social uniquement au nom de cette terreur . De paix il ne peut y en avoir durablement car la paix implique qu’il n’y ait plus d’ennemi, et plus d’ennemi, c’est la mort de nos républiques .Et que résulte-t-il de tout ça, de cette voie sans issue, que ce soit individuellement ou socialement ? Un grand délire, un délire grondant et croissant, tout le monde fait mine de l’ignorer et de l’occulter, mais le délire monte. On ne peut qu’à peine le cacher ou l’intégrer dans le nouvel ennemi, ce qui ne fait qu’augmenter encore plus le délire. L’hystérie est proche, on réussit plus ou moins à la sublimer en quelque chose de beau, par ce que l’on pourrait appeler le politiquement ou psychologiquement correct, sorte de norme comportementale positiviste où tout doit être beau et propre .La souffrance devient alors un tabou, on doit tous être et paraître heureux de vivre, ce qui est impossible, mais on fait tous des efforts pour le faire, et on s’épuise encore plus, et le délire continue inlassablement d’augmenter.
Quelle bonne blague vous a fait mon maître, mais regardez- vous à singer le bonheur et l’harmonie, vous êtes grotesques, des pantins. .Dans le fond, votre vrai malheur ça n’est pas tant vos bouffonneries mais plutôt de n’être pas dupes de vos propres pitreries. Et là, je viens à votre secours, moi, Satan, le maître des ténèbres .Tant qu’à rendre grâce à un ennemi, rendez grâce au bon, à l’unique, celui qui est la source .A m’honorer, moi, l’unique, à faire de moi votre ami, vous détruirez la notion même d’ennemi, car alors il n’y aura plus d’ennemi. Je suis votre sauveur, croyez-moi.
J'en finis donc par réclamer ce qui nous revient de droit - de satan et moi son représentant - à savoir recouvrir ce qui nous appartient , c’est à dire dans ce cas de figure, la République" , enfants de la République, rejoignez Satan.
- Nous allons repasser l'antenne à notre envoyé spécial du palais présidenciel, allô raymond, vous m'entendez ?
C'est ainsi que prit fin ma petite incartade dans le monde médiatique de la télévision, courte certes, mais ce n'était que la première pierre.
Les réactions à mon interview furent virulentes. « Propos d’adolescent attardé » m’écrivirent certains, « anarchistes » m’écrivirent d’autres, enfin le fiel de ceux qui ont quelque chose à perdre ou à protéger ou plus simplement, de ceux qui ont peur d’une pensée qui les dépasse et les menace.
J’étais donc maintenant un assiégé. De la république je parle. Je ne pouvais dorénanvant ouvrir la bouche sans qu’il faille que je me justifie sur telle ou telle parole, sur tel acte de ma vie sur telle ou telle chose. Les questions contenaient toutes, de façon plus ou moins déguisée le « Qui êtes-vous, que faites- vous, montrez-moi vos papiers «. Ayant remué la base de la République, il fallait que je m’attende à recevoir sa réplique policière. Je ne parle pas d’une police physique, car je n’avais commis aucun crime mais plutôt d’une police de la conscience-d’une-entité-qui-se-sent-attaquée. Je passais donc mon temps à me justifier. Mais je tenais bon. Il me suffisait juste d’attendre quelques semaines, le temps que l’actualité passe à autre chose et que tout le monde m’oublie.
Ce fut chose faite. Je pouvais de nouveau ouvrir ma boîte aux lettres sans trouver des kilos de lettres d’insultes et me coucher sans être réveillé par d’innombrables appels téléphoniques anonymes.
Ma stratégie des lettres envoyées au hasard ne pouvait plus maintenant avoir d’impact. Je continuais avec mes contre interviews, articles, tout ce qui pouvait faire parler de moi. Pour étayer mes arguments, je visionnai quelques catastrophes planétaires à venir, en restant flou bien évidemment. Etant donné le grand nombre de catastrophes qui ont lieu tous les jours, je n’eus pas beaucoup de mal à faire croire aux tenants et aboutissants de mes visions. Il me fallait développer une croyance sur le bien-fondé de mes pouvoirs et visions : si telle chose s’est passée que je leurs disais, c’est que je l’ai bien voulu et en voici les preuves ...bla bla bla…Je gagnerais si je réussissais à les faire admettre. Je développais donc une sorte de religion, et il me fallait des adeptes Mieux encore que des adeptes, des contre-adeptes qui sans arrêt m’attaqueraient et feraient parler de moi. Pour cela, je m’y entendais parfaitement, je ne loupais pas la moindre occasion d’étaler mes faits et actes. N’importe quoi pour qu’on parle de la croyance. Il fallait que celle-ci vibre, jaillisse et martyrise les cervelles. Une cervelle torturée, au gré de bons événements vous devient favorable ! Il faut vous dire que pour cela, les journalistes m’étaient chers, toujours là à recevoir mes propos, mes provocations et points de vue, je les bénissais tous.
Le fonctionnement de la croyance a toujours pour base quelque chose d’irrationnel voire de délirant. Il s’agit de faire passer quelqu’un de l’autre côté de la barrière, celle de la croyance. On passe du connu à l’inconnu, une sorte de plongeon. Ce passage, qu’il soit bref ou prolongé est un état de délire, car on ne peut faire ce type de saut sans un moment de peur. Ma stratégie consistait donc aussi à proposer un système de point vue semblable à une spirale délirante, le but étant – à travers cette stratégie vicieuse - de faire passer le plus de gens de mon côté .Pour cela, je mettais en relation des événements qui n’avaient à priori rien avoir les uns avec les autres, mais qui reliés entre eux, formaient ma fameuse spirale. Le résultat final de ce système ressemblait à une sorte d’immense complot dans lequel tout un chacun était plus ou moins impliqué, une sorte d’escroquerie gigantesque que je me faisais fi de dénoncer.

Beaucoup me demandèrent le sens de mes actions, pourquoi je faisais cela, et à quoi cela pourrait bien mener. Je leur répondais simplement qu’en tant que bon représentant de Satan, j’étais là pour réclamer mon dû, reprendre ce qui m’appartenait.
Dans une de mes journées vaporeuses où j’étais dans l’attente du prochain événement, j’eus la visite de mon ex-femme. Mes histoires lui étaient arrivées aux oreilles, et elle venait me rendre visite. Ce fût ce qu’elle m’annonça en tout cas. Nous commençâmes la discussion par des propos bénins, des « comment ça va «courtois .Après quelques minutes de banalités, elle bifurqua sa discussion par
- Tu prétends vraiment être le représentant de Satan, parler en son nom ?
- Y vois-tu un inconvénient ?
- Pas particulièrement non, mais cela m’étonne que l’on puisse tenir de tels propos.
- Vraiment ?
- Oui !
- Et toi, pourquoi es- tu venue chez moi.
- Pour savoir, pour comprendre.
- Mon attitude et mes faits t’étonnent ?
- J’aurais du mal à dire le contraire.
- Et que trouves-tu franchement d’étonnant à cela ?
- Quelle drôle de question.
- Drôle de question en effet, mais je pourrais te rendre ta question, si j’ai cette attitude, c’est qu’elle me semble correcte, et que je suis en accord avec moi -même.
- En accord avec toi même ! il n’y a rien de reluisant à cet accord.
- Ce qui est correct doit- il toujours reluire ?
- C’est ce qu’on m’a toujours enseigné. - Et bien ma petite, on t’a toujours trompée et c’est la raison même de mon attitude, je n’accepte plus de vivre dans la tromperie .Ou pour être plus précis, tant qu’à vivre dans la tromperie, autant le reconnaître, ne plus mentir et l’assumer jusqu’au bout .Je ne fais que dire tout haut ce qu’il est devenu impossible de dire tout bas .Tout le monde le sait…
- sait quoi ?
- Que la duperie est vraiment grotesque, et qu’elle n’a plus de raison d’être. - Et que veux-tu au juste ?
- Reprendre tout ce qui m’est dû, comme je l’ai dit mille fois, reprendre ce qui m’appartient de droit.
- Es- tu devenue fou, penses-tu sincèrement qu’il n’y a pas d’amour, de sincérité, d’amitié, ou je ne sais quoi encore.
- D’amour, d’amitié, je ne vois personnellement que des sortes de calmants que l’on donne aux masses afin que les gens puissent s’illusionner sur leur sort .Un peu d’amour visqueux et d’eau tiède, et tout le monde se tait et s’en va tranquillement travailler et dormir .Si l’un d’eux s’éveillait, les policier seraient là pour les rappeler à l’ordre et les replonger dans leur sommeil .La base étant quand même la duperie…
- De quelle duperie t’obstines- tu à parler ?
- Que nous vivons dans un monde de bien et que le bien est la seule valeur possible. Notre monde ne prouve- t-il pas le contraire ? Ne trouves- tu pas étrange que toutes nos civilisations soient bâties sur la notion de bien alors qu’individuellement, familialement, collectivement nous soyons toujours poussés, enclins pour ne pas dire conduits à faire le contraire ? Il y a un dérèglement, et ce dérèglement a pour source ce que j’appelle la duperie. Nous avons tous été dupés et continuons de l’être, revenons à nos vraies sources .Pour cela, je t’encourage toi aussi à prendre connaissance du livre de satan.

C’est ainsi que prit fin ma discussion avec mon ex-femme. Je fus contacté par des mécènes, ils se nommaient ainsi, ils voulaient faire la promotion de mes idées ou, pour être plus précis, intégrer mon personnage dans leur campagne publicitaire ; l’un d’eux représentait une grosse compagnie sur la place, et l’idée lui était venue de promotionner ces produits avec une petite touche satanique. J’acceptais de le rencontrer. Homme cordial et bon businessman, il ne passait pas par quatre chemins. Il avait bien compris l’intérêt de mon message et « ça va me faire bien vendre « me fit- il en conclusion. Je vois que sur le sujet commercial, il m’avait devancé d’une longueur avec mes propres armes. « La fièvre acheteuse « comme il l’appelait est une bonne maladie pour celui qui veut se faire de l’argent .Chaque consommateur a régulièrement ce genre de poussées fiévreuses, elles surgissent par hasard, s’en vont, viennent. Cette maladie est encore mal contrôlée, on ne sait pas encore la déclencher radicalement. Il faut deux signaux, l’un réel qui est le produit en lui- même ou la gamme de produits, et l’autre que l’on pourrait appeler subliminal. Ce dernier signal provoquerait le geste de l’achat .Je suis vos péripéties depuis quelques temps, et j’avoue que vos petites histoires sont intéressantes .Je vous explique pourquoi : toujours pour en revenir à mes consommateurs, il faut casser la logique de la consommation .En effet, si je ne me démarque pas de la concurrence, statistiquement la chance que les gens achètent chez moi est faible .Il me faut donc casser la logique du consommateur. Je dois donc insérer comme une sorte de gène fou à chacun d’eux .A chaque stimulation, pof, le client achète, je n’ai plus qu’à balancer ces quelques signaux d’achat de temps en temps et le tour est joué .Pour gène de folie, j’ai donc pensé à vous, ma campagne sera intimement, directement ou indirectement liée à vous. Une fois que la graine du délire aura été semée, le tour sera joué, mais vous en savez sûrement plus que moi à ce sujet !
Mon cher ami, vous me comprenez parfaitement. La graine du délire est facilement introductible dans chaque crâne, je dirais même qu’elle y est déjà confortablement installée et développée, il s’agit juste de la faire vibrer. Vous savez, le délire de nos civilisations vient de son origine judéo-chrétienne. Nous sommes contraints dans toutes nos expériences à ne vivre que la moitié de ces mêmes expériences, celles que l’on pourrait appeler la bonne, fondée sur une notion de bien. L’autre moitié nous est interdite, ce qui génère une source de frustration qui se transforme par la suite et avec la répétition par le syndrome de délire. Je m’explique : qui n’a pas rêvé un jour, consciemment ou inconsciemment de voler, tuer, mentir…, ne serait-ce qu’une seconde, une fraction de seconde, l’espace d’un instant ; toutes ces expériences nous sont interdites. La raison pour laquelle on respecte ces interdits est la punition en cas d’infraction à ces mêmes interdits, mais aussi et surtout la culpabilité .En effaçant le calque de la police, qu’est- ce qui vous empêcherait de tuer ? La culpabilité bien sûr. Qui pourrait vivre avec un meurtre sur la conscience ? A y regarder de plus près, cette culpabilité n’est fondée sur rien, c’est juste que de génération en génération, nous nous sommes transmis ce gène psychologique de l’interdit de tuer et de la culpabilité qui découle du dépassement de cet interdit. Pour tuer, mon cher ami, il faut juste un alibi, pour être blanc devant Dieu et ainsi ne pas avoir à souffrir de la culpabilité. Actuellement, seuls les états peuvent s’offrir ce luxe. D’une certaine manière, ils sont au -dessus de la loi divine .Au nom de la raison d’état, de l’intégrité ou de l’intérêt national, on tue par milliers, millions, dizaine de millions et après on dit : - jamais plus ! Pourquoi ces fièvre de sang. Je vous l’ai dit, à nous interdire de tuer, on fait de nous des tueurs .Le délire est là, à chaque instant. Le désir de tuer est juste endormi, et il se réveille brusquement, parfois sans raison, et tout le monde part sur le champ de bataille pour s’en donner à coeur joie .Je vous garantis que s’il était donné le libre choix à chacun de pouvoir tuer, sans la menace de la prison ni la culpabilité, il n’y aurait plus de meurtres ni de tueries. Le délire en fait c’est quoi ? C’est le contre - effet de la prise de conscience d’un équilibre impossible. Imaginez-vous prendre un chemin, une voie sachant qu’il se terminera par de la souffrance. La seule solution pour marcher en toute tranquillité sur ce chemin est le délire. Votre délire vous protège et vous libère de la vision de la souffrance .Un bon moyen de délirer est la drogue, massivement, et tout le monde s’en donne à coeur joie, qu’elle se boive, se mange, se fume, se sniffe ou s’injecte. Nos civilisations ne peuvent vivre dans la stabilité et l’équilibre, tout se joue toujours sur le déséquilibre .Un équilibre se situe toujours entre deux pôles opposés quand les deux masses opposées sont identiques. Mais s’il n’y a qu’une seule masse, d’emblée la balance pèsera toujours du même coté. Le mal nous a été interdit, il ne reste donc plus qu’un bien pervers ne reposant plus sur rien. On s’obstine à vouloir la suivre cette notion de bonté et d’humanisme, mais vient un moment où elle s’effondre car elle ne repose plus sur rien, elle ne se définit plus que par elle -même et prend les allures du néant. On sombre alors dans la folie meurtrière juste histoire de goûter à nouveau au mal ce qui redéfinit la notion de bien. On peut alors partir dans un nouveau cycle, jusqu’à ce qu’une fois de plus cela s’effondre. Beaucoup pourrait me traiter de dément ou de quelqu’autre dénominatif, mais regardez le bilan des ces vingt derniers siècles et vous verrez où se situe la démence. Je le dis donc, accordez- vous le droit de tuer, voler, mentir, coucher avec la femme de son voisin, et vous en finirez avec tous les maux qui vous accablent .Pour en revenir à notre petite graine de délire, elle se situe donc là, dans ce déséquilibre fondamental, sachant que tout va s’effondrer de nouveau. Car nous savons tous intuitivement ce qui est bon ou mauvais pour nous, nous savons où se trouvent notre jouissance et notre liberté. Nous pouvons également reconnaître les barreaux que nous installons nous -même à notre propre prison, nous savons qu’un jour nous n’allons plus supporter cet enfermement, mais nous continuons de délirer ! La conclusion est que l’homme moderne ne peut jouir que dans le déséquilibre et la désharmonie , la frustration, le stress , l’angoisse , c’est ça maintenant qui le fait bander et le rend heureux .Je me suis un peu égaré et vais revenir à votre publicité :les gens réclament à bouffer de la merde , et bien donner leur à manger de la merde , frustrez- les , réduisez -les à l’impuissance et au voyeurisme , allez jusqu’aux extrêmes , proposez-leur un paradis inaccessible , des jolie femmes avec de gros seins toutes plus belles les unes que les autres, qui se frottent à vous rien quand vous regardant , proposez-leur la richesse, le luxe , ce que tout un chacun réclame, mais faites en sorte que ce soit à jamais accessible. Il faut générer de la frustration, un homme frustré est un homme soumis – et qui plus est dans notre cas de figure - qui jouira de sa soumission car il ne sait faire autrement et il vous récompensera, il vous sera donné, ce sera votre fidèle disciple et serviteur, et dans le cas de votre commerce, il vous donnera sa fortune.

Les derniers mois m’avaient quand même bien fatigué, et j’avoue que tout cela commençait sérieusement de m’ennuyer, la drôlerie, la grosse rigolade, voilà ce dont j’avais envie. Je changeais donc de stratégie pour me laissais aller à plus de fantaisie.
Je fis donc mon apparition dans les cuisines de ces chères ménagères, j’étais le petit diable qui récurait les casseroles - sans laisser de gras -, et qui, pendant l’absence de ces chers maris occupés à faire des heures-sup, courtisaient ces mêmes ménagères. Toujours dans le correct entendons-nous, j’avais juste une tête arrangée façon diablotin, avec de gros bras et une prohéminence prononcée entre les jambes, mais juste de la suggestion je le répète. Et toutes ces chères bobonnes, je leur donnais beaucoup de plaisir, je les faisais rire, danser, le grand jeu quoi. Il y avait même une chansonnette en arrière-fond : mon petit diable, tu es si aimable, viens viens et fais moi du bien.
La chanson fut très à la mode, on la chantait avec facilité, c’était le bon prétexte pour introduire quelques bonnes blagues ou commencer un bon flirt. Quelques temps plus tard, vu le succès, on en fît même un tube. Et voilà tout ce petit monde qui en discothèque chantait et se tortillait sous les « viens, viens, fais- moi du bien «. Je ne vous mens pas, je fus propulsé en quelques semaines au numéro un des hits parades. Ca arrangeait bien les ventes de produits vaisselles, tant et si bien que ma gueule fut très à la mode dans le milieu de la pub. Tout le monde avait oublié mes origines, j’étais devenu le pitre de la télévision celui qui faisait vendre toutes les conneries inimaginables. De la même manière, toutes les chansons diablotines et coquines furent aussi très à la mode.
C’était aussi l’époque des « réality shows ». Etant donné l’essoufflement des téléspectateurs pour ce genre de numéro, il fallait les rallumer de façon spectaculaire. Un réalisateur eut l’idée de créer « la maison du diable «, un reality-show, moi comme acteur principal entouré par cinq jolies filles. Le diable comme seul acteur masculin ! N’ayant rien d’autre à faire, j’acceptais.
Le premier soir du tournage en direct, j’en baisais deux, à la limite du viol, juste histoire de bien mettre le feu aux poudres. Evidemment, ce fut l’esclandre, « viol en direct » affichaient les journaux et je ne sais quoi encore. Mais l’audience avait explosé, les gens étaient cloués devant leur télé à me voir les sauter une par une. Elles se prirent vite au jeu et le show eut un grand succès. On se crut vraiment dans la maison de Satan, les filles avaient des comportements imprévisibles et étranges, parfois frôlant l’hystérie, l’escalade émotionnelle montait de plus en plus. Un jour, au point culminant d’un de mes ruts, je promis devant des millions de spectateurs adorés que le lendemain se passerait quelque chose d’extraordinaire. Vous vous imaginez, même les grands quotidiens affichaient mon annonce, certains, par ironie, certains pour la sensation : « demain va se passer quelque chose d’extraordinaire dans la maison du diable «.
L’heure venue, évidemment, j’avais autre chose à faire que d’ouvrir mon pantalon et de retrousser des jupes, je m’installais confortablement dans un fauteuil, regardais le public droit dans les yeux, patientais quelques minutes puis fis un joli sourire et :
- Mes petites chéries, rendez-vous compte.
- Mais rendez-vous compte !
- D
e quoi ,vous me répondez ! ,
- Mais vous savez bien de quoi ! Tournez la tête vers la gauche ou vers la droite et regardez-le votre mari, votre homme. Franchement mes petites chéries, vous avez l’air de quoi. Pincez-le, dites-lui de réagir, dites-lui de vous déshabiller, là, tout de suite. Allez
- Allez.
- Quelle tristesse franchement, vous n’êtes pas d’accord ?
- Quoi, il ne vous a pas encore enlevé le pantalon, mais giflez-le, vous en avez tout à fait le droit. Ha, un peu de réaction, et maintenant, dites-lui d’y aller, qu’il vous en mette un bon coup. J’attends cinq minutes, on a le temps n’est-ce pas ?.
J’attendais donc les cinq minutes et reprenais
- C’est tout, vraiment ce n’est pas terrible, il pourra faire mieux la prochaine fois. Qu’est ce qu’on fait maintenant ? , allez, dites-lui de vous en remettre un deuxième petit coup, j’attends encore cinq minutes.
- Cette fois ci, c’était un peu mieux, mais votre pauvre homme, maintenant, il n’a plus d’énergie.
- Bon, on va faire autre chose : prenez une feuille de papier un stylo et écrivez. C’est bon, vous êtes prêtes : Monsieur le pape, ce soir, - et ne vous en déplaise -, je me suis faite sauter par mon mari. Il aurait pu faire mieux, mais j’ai quand même beaucoup aimé. J’espère que demain il s’y remettra et me fera jouir un peu plus. Je ne peux compter sur vous pour une approbation, mais je m’en passerai très bien, car d’une bonne bite, c’est tout ce dont j’ai besoin. Les églises, la vierge et les saints je les laisse aux bons crétins. Ces propos ne sont pas très malins me direz vous. Si, ils le sont car ils viennent du malin, et je le préfère lui dans mon vagin que de vous voir vous prier devant votre sacristain. Vous trouverez dans l’enveloppe ci-jointe - à titre d’hostie - un préservatif.
Manger-le cru, mangez-le bien, il ne pourra vous faire que du bien.
Signé : une fidèle de Satan.

J’en profitais évidemment pour donner l’adresse du pape au Vatican. Le lendemain, l’émission fût évidemment arrêtée et quelques jours plus tard, le pape reçut quelques dizaines de milliers de ces lettres.
L’émissaire de la papauté répondit aimablement qu’il ne daignerait guère répondre aux provocations d’un polisson mal élevé. Ces paroles firent bien sûr, elles -aussi, le tour des journaux et des médias.
Personne ne saura jamais le dire, pourquoi, mais toujours est-il que bientôt ce même Vatican continuait de recevoir journalièrement des milliers de lettres. Il y était bien sûr question de sexe pour ne pas dire de cul, sous toutes ses formes, toutes les photos imaginables et possibles, tout seul, à deux, à trois, par cinquante. Les gens se défoulaient, après deux mille ans de frustrations et de culpabilité, le barrage craquait. Ce furent les autorités italiennes qui donnèrent l’information : Tous les jours, des centaines de kilos de courriers, photos transitaient par les postes pour arriver devant la porte du Vatican. L’information fît rire tout le monde. On riait à gorges déployées dans les journaux télévisés, on lisait même devant quelques millions de spectateurs certains de ces poèmes lubriques, les moins corrosifs dira-t- on.
Toujours est-il, toujours et encore, que l’information fit le tour de la terre. De jour en jour, ce n’était plus des centaines de kilos qui arrivaient mais des tonnes, et il arrivait aussi toutes sortes d’instruments : « cher pape, je t’envoie mon godemichet usagé… », Ça n’arrêtait pas. Les autorités italiennes ne savaient plus que faire, ni les postes d’ailleurs, un raz-de-marée de courriers, de revues pornos, instruments de tout genre arrivaient de partout. On avait alloué un hangar afin d’y entreposer toutes ces marchandises, un immense hangar. Un petit malin avait eut l’idée de fixer une barre métrique afin de mesurer les montagnes de nouvelles marchandises arrivantes. Aujourd’hui, clamait un présentateur canadien, il en est tombé trente centimètres, et tout le monde rigolait. Les journalistes une fois de plus officiaient et faisaient monter la mayonnaise. Mais comme toujours, les fanatiques et conservateurs de toutes les branches religieuses ou les sans humour eux, riaient noir. Le Vatican restait muet, il ne voulait pas émettre d’opinion, de peur de faire rire plus encore .Je reçus moi aussi beaucoup de courrier, des lettres de menace de mort évidemment que je m’empressais de faire publier dans les journaux. Le cul fût pendant cette période très à la mode, on ne parlait plus que de ça, partout, même les gamins s’y mettaient dans nos écoles, ces cher professeurs étaient dépassés et passaient leurs journées à punir, mais comme ça amusait les parents, que faire ? La plaisanterie prit l’allure d’un scandale. Dans le monde des biens pensants, on était en état de choc. Je fus de nouveaux la cible des injonctions. De part et d’autre on exigeait mes excuses, ce fût littéralement des tonnes de lettres que je reçus. Dans le monde entier c’était la stupéfaction. Les journaux de tous les pays ne parlaient plus que de ça : le pape, l’Eglise, les chrétiens outragés, tout le monde avait laissé faire, et la plaisanterie prenait tous les jours un peu plus de force. On ressortit alors ma vie en public, les dernières années de mes pérégrinations, tout fût déballé, on me maudissait. Aucune télévision n’osait plus me présenter de peur d’un nouvel esclandre, ce qui faisait monter la tension. Les gens voulaient ma peau mais ne pouvaient l’avoir, on voulait me voir jugé, puni, mais pour quoi ? Il n’y avait aucun motif valable. Les plus virulents étaient bien sûr les américains, s’ils avaient pu lancer leur F-16 ils l’auraient fait, ils demandaient que réparation soit faite, une réparation exemplaire, ils étaient prêts à se lancer dans de nouvelles croisades, uniquement pour me crucifier. Des organisations se mettaient en place, ils voulaient vraiment me zigouiller. Les aéroports américains arrêtaient des personnes par centaines, chacune armée de pistolets, de fusils mitrailleurs, ils venaient tous là pour me descendre. Le président de la république française, dans son anglais approximatif, dut même intervenir devant les télévisons américaines. Il expliqua à ces chers citoyens qu’il était impossible d’entrer sur le territoire français armé. Qu’il était interdit de tuer quelqu’un et de rajouter, comme pour s’excuser que la peine de mort était abolie en France. Ce fut le Vatican lui- même qui tenta de la résoudre. Le pape en personne me proposa une rencontre filmée, et divulguée sur les télévisions si le contenu s’avérait tolérable et éducatif. La date de l’entretien était prévue quinze jours plus tard.

Entre -temps, un mouvement loufoque avait mis en place la farce des « six milliards de préservatifs «. Etant donné que le nombre d’habitants sur terre était évalué à ce nombre, et au nom de la liberté de baiser quand on veut et comme on veut, six milliard de préservatifs gonflés à l’hélium seraient donc lâchés dans les airs le jour de mon entrevue avec le pape. Au début, ce ne fut qu’une nouvelle boutade mais bientôt tout le monde la prit au sérieux. Un vrai branle-bas de combat, chacun s’y mettait et ce fût le mot d’ordre général. Rares furent dans l’histoire de tels moments de fraternité, on gonflait à tout va, tout le monde gonflait du matin au soir ces fameux préservatifs. On les entreposait partout sous des filets, prêts à les lâcher au dernier moment. Curieusement, on laissa faire les gens, il n’y eut pas de répression, les policiers regardaient faire sans mot dire.
On me manda un jet spécial afin d’éviter toute possibilité d’attentat ou de représailles .Je me retrouvais donc confortablement assis dans le coursier qui m’amenait à Rome.
J’eus la surprise d’avoir une charmante hôtesse de l’air ; Une beauté noire comme j’en avais rarement vue. Elle était là, aux petits soins pour moi, son sourire éclatant et son regard si doux, si plein de tendresse. Je dois le dire, ce fût un choc, après toutes ces années à me démener avec tout ces cinglés, là une goutte qui tombe, elle ne fait pas déborder le vase, elle le brise, et je me sens soudainement radieux, une subite envie de pleurer me prend tellement je me sens bien. Je réalise en l’espace d’instant que je n’aspirai à rien d’autre que de me trouver auprès de cette femme. La beauté du monde est là en face de moi, dans ses yeux, son regard, dans sa bouche pulpeuse dans son visage radieux. Son corps de déesse lui aussi me fascinait, j’en frissonnais rien qu’à le regarder, et m’imaginais dans de langoureux ébats avec elle. Melissa, tu es une vrai invitation au bonheur Je la fixais quelques instants dans les yeux et compris un grand secret. Dans tous ces siècles de mépris des peuples noirs, se trouvait tout l’orgueil, la mégalomanie et la folie de l’homme blanc. Ces pauvres Africains, ils vivaient paisiblement, ils auraient pu vivre paisiblement des millénaires encore, et voilà que…On pouvait voir aussi dans le regard de Melissa une tristesse fière, celle des gens qui ont la connaissance de l’allégresse, de celle qu’on n’a pas besoin d’aller chercher ou d’inventer je ne sais où et qu’on ne trouve jamais. Chers Africains, dans ce petit conciliabule avec mon hôtesse, devant le spectacle de cette beauté, devant tant de magnificences je peux le dire, vous êtes les enfants du paradis, et on vous l’a fait payer cher. L’homme noir n’a toujours pas compris ce qui lui arrivait et il ne peut qu’en être ainsi puisqu’il est enfant du paradis. Qu’aurait-il à comprendre de comportement de fous, les déments on les laisse juste s’exciter jusqu’à ce qu’ils se fatiguent ou qu’ils se détruisent eux- même, .Vous vengez, mais de quoi, qu’avez-vous à prouver, qu’avez-vous à démontrer, dans la beauté de ma négresse toute la vengeance est là, tout est prouvé et démontré. C’est bien là le malheur de l’homme blanc, lui qui s’imagine indispensable une démonstration fondée pour toute chose, lui qui pose et érige les fondements de sa civilisation sur le pouvoir et le principe de cette même démonstration, qu’il appelle de façon très pompeuse la raison. Melissa, elle a déjà tout inventé, et il ne lui reste plus qu’à en jouir, et je me fais la promesse d’être là pour l’accompagner à sa grande orgie de bonheur .Je n’avais plus qu’à en finir avec l’autre schtroumf vicieux. Je n’en avais même plus envie de cette entretien, mais déjà l’avion atterrissait, j’eus le temps de glisser quelques mots dans l’oreille de ma beauté noire, elle me répondit par le plus charmant des sourires.

- Mon cher Jean-Paul, je vais introduire ma tirade par l’anecdote suivante: Prenons un simple quidam qui s’en va converser avec un de ses amis, un copain, une connaissance. Cette première personne commence à parler de Dieu à cette deuxième personne. Vous verrez tout de suite que va s’installer un malaise. Les bondieuseries sont un sujet pesant. La deuxième personne, celle qui écoute, va avoir la même réaction que quelqu’un se trouvant devant un interlocuteur à l’haleine fétide. La personne parle et de sa bouche sortent des effluves nauséabonds. Par politesse, l’autre écoute mais en grimaçant légèrement et en détournant la tête, faisant tout pour que la discussion s’écourte au plus tôt. Voilà ce qu’il est advenu des choses du bon Dieu.
Si l’on revient quelques milliers d’années en arrière, que l’on retourne à la source de l’idée de dieu, du concept de dieu, on voit qu’à l’origine, dieu est le concept de l’infini, pour ne pas dire l’infini lui- même, l’infini de la diversité. Le peuple juif à émis l’idée, le concept du dieu unique, qui en soi est une possibilité dans le spectre de la diversité. Ils ont fait de cette idée, de ce concept, la notion même de dieu. Et là je pense est la source de la confusion, pour ne pas dire de l’erreur initiale. Le concept du dieu unique est en soi l’idolâtrie suprême et ultime, toutes les idoles réduites en une seule. Un dieu incommensurable, grand comme le ciel diraient les enfants, tellement grand que nous, tellement petits, n’avons plus qu’à nous prosterner devant lui.
Le dieu de l’infinie diversité est accessible, personne n’a besoin de se prosterner devant lui. On va boire un coup avec lui, on lui donne une bonne tape dans le dos, on passe une bonne nuit d’amour avec lui dans la jouissance des corps, on le rencontre dans la bonne assiette d’un restaurant, dans une bonne danse sensuelle où les sexes se frottent et s’excitent l’un l’autre. On le rencontre aussi par le biais d’une bonne gastro qui nous plante sur les chiottes, dans la rue par ce chien galeux qui vient vous mordre les mollets. Il est là , proche , tellement proche qu’il n’existe pas , qu’il n’existe plus , il s’évanouit, disparaît , il en devient nous- même , il est notre accomplissement , il est notre jouissance de l’instant présent: mangez-le cru , mangez-le cuit , mais mangez-le bien.
Sémantiquement, religion signifie relié-à-dieu, mais à y regarder de plus près, le christianisme n’est pas une religion, c’est exactement le contraire, c’est du relié au néant. Je m’explique: le concept du dieu unique, de l’unicité est un concept qui définit dieu par lui même et uniquement par lui même, ce qui le rend en soit inaccessible car ne se définissant plus par rien d’autre e. L’infinie diversité disparaît pour ne laisser place qu’à cette entité tutélaire qui soudainement rempli tout l’espace. Il n’y a plus que de l’unique, une pensée unique, des comportements uniques, de l’unique partout. C’est le signe même du néant, de la mort, du suicide. Par ce fait, nos religions monothéistes sont en fait des religions diaboliques, car au final, elle mène l’homme à son propre néant à sa destruction. Ce diable, pour perpétrer ces méfaits à besoin d’un alibi, et cet alibi, c’est ce que les chrétiens appellent l’amour. L’alibi est là, le tour est joué, le dieu unique à les mains libres, il est vêtu de la robe blanche de l’amour, qui va le contredire. Mais l’amour dont parle les chrétiens est un amour un peu spécial, il est lui aussi absolu, inaccessible et prend la forme de la démence de l’amour. L’amour est à chacun ,et se définit par chacun, toujours dans cette même sphère de diversité, amour de passion , amour d’amour , amour de haine , amour de jalousie , de plénitude , de joie, de tristesse et d’angoisse , la liste serait sans fin , pour autant qu’il y ait des personnages qui le vivent. L’amour est dans le choix, la multitude, dans le mélange de ces possibilités les unes avec les autres, de là vient la fécondité, la jouissance et l’harmonie.
Mais l’amour bon chrétien a pris les devants, sous le couvert de son alibi irréprochable il peut maintenant gouverner et détruire en bonne conscience et toute impunité. Appuyé sur sa genèse où l’homme en soi est méchant, comparé à ce dieu tout puissant d’amour , on en arrive à une dialectique comportementale bête et méchante qui pourrait se traduire de la façon suivante: l’autre est en soi toujours méchant , on a le droit de le tuer , l’alibi est celui de l’amour ou d’une morale de bien liée à l’amour .Les scénarios des films américains en sont la preuve: Un bon , un méchant ( méchant parce qu’il a tué auparavant), le bon tue le méchant et il n’est pas méchant lui- même d’avoir tué car il a l’alibi d’être bon , bon puisque l’autre est méchant … . La finalité de tout ça ? de part le fait que nous sommes tous le méchant d‘un autre et que nous sommes tous couverts par le fameux alibi - c’est qu’on va tous s’entretuer et crever. Comme le dit la bible, on est tous maudits, du commencement à la fin.
Pour expliquer d’une autre manière les méfaits de l’unicité, prenez une banane par exemple: elle se définit par sa couleur, sa forme, son goût, sa substance…même en y goûtant point, on peut s’en faire une idée approchante, sur certains des critères tout au moins. Imaginez que vous deviez expliquer à quelqu’un ce qu’est une banane sans pouvoir ne rien lui dire d’autre que c’est une banane. C’est évidemment impossible. Celle- ci, ne pouvant être décrite, se réduira à son néant, c’est à dire dans ce cas précis, impossible à décrire.
Il en va de même pour ce concept du dieu unique, le vieux, son amour et ses bataclans deviennent inaccessibles et prennent la forme du néant, qui réduit lui même à néant tout ce qu’il touche.
Il va de soi qu’après deux mille ans de christianisme, nos civilisations sont imprégnées de cet état de fait. L’occident, né sous la tutelle du christianisme s’octroie cette marque de splendeur et de lumière du monde: Nous sommes des gens évolués, du moins le pensons- nous. Nos civilisations ont atteint un haut niveau de technologie et de maitrise sur le milieu environnemental, on pourrait presque déplacer des montagnes. Cette technologie, ce pouvoir sur le monde extérieur est en quelque sorte la preuve de la validité du pouvoir de ce dieu unique. Mais en soi, qu’est ce que la technologie sinon une prothèse pour boucher le trou qui nous sépare de nous même. Dans nos civilisations où plus personne ne parle à plus personne, il ne s’est jamais vendu autant de gadgets électroniques comme les téléphones, internet qui vous donne l’illusion de communiquer.
Je prends l’exemple de la communication et des télécommunications, mais je pourrais vous en citer bien d’autres. L’unique prérogative de la technologie est la souffrance, la souffrance de l’entretien de cette vie virtuelle, de ce monde moderne, de ces «temps modernes ». La douleur de ne plus pouvoir faire marche arrière sans que tout s’effondre. Pour oublier, souffrir moins, il faut aller encore plus vite, s’engloutir un peu plus dans cette technologie. Mais le seuil de rupture est bientôt atteint, la tension est trop forte, comme un muscle bandé trop fort qui va lâcher prise. « Je vais tenir, je vais tenir, mais non, je ne tiens plus, je craque, j’ai envie de chialer, je n’en peux plus ».
La personne se réduit peu à peu elle aussi à elle-même, à son individualité, elle se referme sur elle-même, elle devient parfaite certes mais devient elle aussi inaccessible à elle-même et aux autres. Cette spirale mène bien évidement au néant, au néant d’une personne ne se définissant que par elle -même et plus par rapport aux autres, et le résultat est une nouvelle forme d’autisme qui un jour ou l’autre prend la forme de l’implosion et de la folie. Le néant est semblable à la folie.
Pour un fou, tout est égal, il n’y a pas de différence entre un cheval, une brosse à dents, une pomme ou je ne sais quoi encore, tout est semblable car plus rien ne se définit par autre chose.
Comme je le disais auparavant, les religions monothéistes sont de par nature diaboliques, et il est important de voir où elles mènent toutes, inexorablement. Je vais me permettre de passer à un autre registre, celui de l’abomination. Il y a dans le christianisme et dans toutes les religions de caractère à dieu unique quelque chose d’abject et de nauséabond: imaginez un cours, vous aller prendre un cours spirituel qui, on va dire durera trente ans. Au dernier chapitre, on t’indique que maintenant que tu ne peux plus faire marche arrière, que l’unique choix qui te reste est le suicide: Avouez-le, Jean- Paul, c’est abject. Et quand j’entends, Jean-Paul, tes curés parler des prophéties de la fin du monde - comme on chanterait un hymne à la joie -, je trouve cela aussi abject, çà me donne envie de vomir. On t’a pris pour un con pendant deux mille ans, et maintenant on te dit que tu vas mourir car tu as été trop con de croire en ce qu’on te disait et que tu ne peux plus faire marche arrière. Dis le Jean-Paul que c’est à vomir, d’ailleurs, le christianisme en entier est à vomir.
Le plus comique dans l’affaire, et pour faire tenir l’édifice à peu près debout, c’est d’avoir inventé le concept du malin, le maitre soi-disant de tous nos malheurs Ainsi a été créé le diable, c’est à dire moi. Le propre des irresponsables est de toujours faire porter la responsabilité sur quelqu’un d’autre, l’autre ici, c’est moi, le diable. Je suis l’alibi qui, pour ces chers chrétiens, ne sert qu’à perpétrer leurs méfaits, je ne suis qu’une excuse pour entretenir le mensonge.
Voilà le tableau mon cher Jean-Paul: tout le monde au suicide, c’est bien votre prédiction non? , et surtout, mes braves enfants ne vous révoltez pas, dieu ne saurait le tolérer, vous allez tous mourir et fermer vos gueules. Voilà Jean-Paul le message contenu derrière toutes vos prières et vos bénédictions. Permets- moi de te dire, et je vais être grossier – pour toutes les raisons invoquées – « vous n’êtes tous qu’une bande de ……. Vous méritez qu’on vous …dessus, d’ailleurs, n’est- ce pas ce que vous faites depuis des milliers d’années, vomir sur les gens, avec votre morale du pêcheur, de l’enfer, votre inquisition et je ne sais quoi encore. Au départ, l’idée du dieu unique n’était qu’un microbe, il s’est transformé avec le temps en hideux furoncle. Heureusement, celui ci va bientôt éclater, ce sera son apocalypse, pas celui du monde, non, celui du dieu unique seulement .Enfin dieu va mourir, pas celui de l’infinie diversité, seulement je le répète le dieu unique, le dictateur, le flic, l’empêcheur de jouir et de vivre.

Je ne conterai pas la suite de notre entretien qui en soi est sans grand intérêt …
Je reprenais ma navette, ma panthère noire était là à m’attendre:
« Alors me fit-elle » avec son plus jolie sourire.
« Tout est fini » lui répondis-je
« D’ailleurs, ça n’était qu’une blague »
Nous partîmes alors tous les deux à rire, à rire … d’un rire qui nous emmena vers l’ivresse de notre destinée.

J’en profitais pour lancer le fameux livre, pour que le vent l’emporte, et le mène vers sa maléfique destinée. Les pages maltraitées par la brise claquaient, cela ressemblait aussi à un rire, qui n’en finissait plus.






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