Cette page est dédiée à la nouvelle littéraire intitulée " Les rats ".

Elle fait partie du recueil de nouvelles " Le pire des mondes: nouvelles ! "
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Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter bonne lecture !



 

 


Extrait de la nouvelle

Il y eut ce soir là dans le PWL ( Perfect world of light ) un gigantesque Bog , une erreur à l'échelle mondiale dont les conséquences seraient irréversibles. Cela se traduisit par un cauchemar collectif. Tous, toutes cette nuit firent le même rêve: Une porte s'ouvre et des rats innombrables déferlent pour envahir le monde.
Je me réveille de bon matin. Non pas d'un sommeil qui dure quelques heures, mais d'un siècle, voire deux ou trois. Une douleur rayonne dans ma tempe gauche. Je frotte de mon doigt l'endroit douloureux et sens comme une pièce de métal, là, incrustée dans ma tête. Intrigué, je me rends devant un miroir. C'est bien un disque de métal, parfaitement lisse, incrusté dans la chair de mon crâne. Cela me cause un léger bourdonnement, ce que je trouve fort désagréable. Je décide de faire quelques pas dehors.
Des gens, glissent gentiment sur d’immenses surfaces de cristal. Ils ne marchent pas, ils glissent, comme transportés par quelques mouvements de lévitations. Personne ne fait attention à personne, chacun vaque à ses occupations comme pris dans son propre rêve. Je m'approche de l'un deux, mais toujours aucune réaction. Vexé, intrigué, j'attrape le plus proche par le bras. Il me regarde d'un air effaré et commence à émettre quelques gémissements .Il ne parle pas, cela ressemble aux gloussements que lancent les sourds lorsqu'ils essayent de s'exprimer. Je me rends compte que je lui fais peur, le relâche et il part, d'un pas titubant comme s’il n’a pas l’habitude de marcher. Je le vois ensuite reprendre sa glissade



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Les rats

Il y eut ce soir là dans le PWL ( Perfect world of light ) un gigantesque Bog , une erreur à l'échelle mondiale dont les conséquences seraient irréversibles. Cela se traduisit par un cauchemar collectif. Tous, toutes cette nuit firent le même rêve: Une porte s'ouvre et des rats innombrables déferlent pour envahir le monde.

Je me réveille de bon matin. Non pas d'un sommeil qui dure quelques heures, mais d'un siècle, voire deux ou trois. Une douleur rayonne dans ma tempe gauche. Je frotte de mon doigt l'endroit douloureux et sens comme une pièce de métal, là, incrustée dans ma tête. Intrigué, je me rends devant un miroir. C'est bien un disque de métal, parfaitement lisse, incrusté dans la chair de mon crâne. Cela me cause un léger bourdonnement, ce que je trouve fort désagréable. Je décide de faire quelques pas dehors.
Des gens, glissent gentiment sur d’immenses surfaces de cristal. Ils ne marchent pas, ils glissent, comme transportés par quelques mouvements de lévitations. Personne ne fait attention à personne, chacun vaque à ses occupations comme pris dans son propre rêve. Je m'approche de l'un deux, mais toujours aucune réaction. Vexé, intrigué, j'attrape le plus proche par le bras. Il me regarde d'un air effaré et commence à émettre quelques gémissements .Il ne parle pas, cela ressemble aux gloussements que lancent les sourds lorsqu'ils essayent de s'exprimer. Je me rends compte que je lui fais peur, le relâche et il part, d'un pas titubant comme s’il n’a pas l’habitude de marcher, je le vois ensuite reprendre sa glissade.
Je continue ma petite promenade, très intrigué. De temps en temps, il semble se former de légers rassemblements. Là aussi, chacun parait évoluer dans son propre monde, une légère animation les étreint, cela ce traduit par l’esquisse d’un sourire ou quelques légères crispations du visage, mais très ténues. Puis le petit rassemblement se disperse, un peu plus loin s’en forme un autre. Ca ne dure jamais bien longtemps, quelques secondes à chaque fois. Je peux faire des kilomètres, le spectacle est toujours le même, ces espèces de fantômes glissants qui errent de tous les cotés et parfois se rassemblent pour se quitter aussitôt.
Je suis malgré tout d'une humeur radieuse. Une espèce de lueur émerge de la cité. Le simple fait de la regarder me remplit de joie. Une fois bien fatigué, je prends la route du retour. Chemin faisant, et m'ennuyant un peu de tous ces fantômes errants, je me décide à en taquiner quelques uns en leur pinçant les fesses ou autres puérilités du même style. J'ai à chaque fois les mêmes réactions: des gloussements inaudibles, un regard terrifié et le pas titubant. Cela m’amuse. Au fur et à mesure de mon passage, ou plus précisément, après mon passage, se forment des groupes plus importants. Les rencontres semblent durer quelques secondes de plus que celles auxquelles je suis maintenant habitué. Une légère crispation semblable à de la peur se dessine sur leurs visages.
Encore quelques farces par ci par là et j'arrive chez moi. Je m'installe confortablement dans mon fauteuil et décide de me distraire. Je fais un geste de la main et hop, un hologramme géant apparaît devant moi, je n’ai qu’à imaginer la bibliothèque, et au même instant, l’hologramme prend les formes de l’entrée de la grande bibliothèque universelle de PWL. De la même manière, je n’ai qu’à penser «avancer», ou «faire un pas», pour que de façon complètement synchrone l’hologramme obéisse à mes pensés. Je me promène ainsi allègrement et scrute les livres sur leurs rayonnages virtuels. Je cherche un livre bien particulier: je ne sais lequel mais je sais que je le cherche , une sorte d'envie qui me vient de je ne sais où. Le nombre de volumes peut se chiffrer par millions, si ce n'est par dizaines de millions. Comment trouver mon livre, je n’en connais même pas le titre, ni l'auteur, le thème ou le contenu approximatif.
J’entre tout de même dans les rayons virtuels . Des bibliothécaires virtuels eux aussi, identiques aux énergumènes que je croise dehors sont là à baguenauder entre les rayons. Je commence à me familiariser à la psychologie peureuse de ces citadins, réels ou virtuels. J'interpelle le premier qui me passe sous la main. Il est terrorisé évidemment mais peu m'importe, je veux mon livre. Aussi, je ne le lâche pas. Il se met à geindre d'une façon pitoyable. J’insiste. «le livre, «je veux mon livre».N'obtenant que des beuglements, je le secoue de haut en bas. Il est pétrifié de peur au point qu'il en tombe à terre. Il se met ensuite à se contorsionner tout en continuant de hurler. «Quel con, s'ils sont tous comme ça, je ne suis pas sorti de l'auberge». J'en attrape un autre, retente la même opération et obtient le même résultat.- Déprimant- est le mot le plus adéquat à ces situations. Comment trouver ce fichu livre avec cette bande de débiles. Je croise un petit rassemblement. Ils en sont au léger sourire. «Je vais leur sourire bêtement aussi» pensai je un instant, ça les mettra peut être à l'aise. Je m'approche donc du groupe mine de rien, imitant cette espèce de détachement autiste qui les caractérise tous, et je me mets à sourire béatement tout en pensant.« donnez moi mon livre bande de couillons». Il y a comme un soubresaut et les voilà tous qui glissent vers un point de la bibliothèque et reviennent avec un livre. Incroyable, incroyable, je sais désormais comment y faire avec cette bande d'ahuris. A nouveau je souris aux mouches en balançant en pensée un «merci les gars». En retour, je ressens comme une sorte d'onde de pensée, ou plutôt, comme un frisson émotif d'agrément.
Bizarre comme moyen de communication me dis je, cela ressemble à de la télépathie, faut que je vois ça de plus près.
Je me concentre sur la lecture de mon livre, dont j'ignore même le thème. Le PWF . Une histoire concise de l'avènement du PWF.Il y est fait référence dans le début du bouquin, aux balbutiements de l'ère informatique .On y parle aussi des diverses théories informatiques comme celle de Neuman sur l'ordinateur cellulaire. Extrêmement simple: Au lieu d'un gros calculateur qui fait le travail, une multitude de petits calculateurs comme reliés les uns aux autres à la façon des cellules, d'où son nom de cellulaire. Chaque petite cellule communique avec ses voisines, et le tout représente une sorte de gros cerveau. Il est ensuite question d'internet, du fameux WWW.
Un autre chapitre traite du domaine de la chimie organique et de l'influence des drogues sur le comportement. A ce sujet, la conclusion affirme que les drogues - bien maîtrisées – peuvent avoir un rôle social évident étant donné leur fort pouvoir de ce qu’ils appellent «la communication émotionnelle». Enfin, un article relate l'influence de certains rayonnements électromagnétiques dont les effets peuvent s'apparenter à ceux des drogues bien que moins puissants. Un simple petit émetteur proche du cerveau et voilà que nous sommes plein de joie ,de félicité ou le contraire, selon le type de rayonnement. A l'époque, ils appelaient ça les rayons miraculeux.
Imaginez que la dessus, des petits malins font rapidement le rapprochement entre ces divers savoirs, d'où la naissance d’abord du WWT ( World wild télépathie). Le fameux petit émetteur émotionnel coincé sur la tête, le tout intégré dans un réseau inter relationnel. Chacun peut se faire son petit trip et le transférer à qui bon lui semble, une sorte de réseau internet émotionnel. Il va sans dire que peu à peu le réseau s'améliore, devient de plus en plus précis dans sa finesse émotionnelle et permet de passer la gamme complète des émotions. C’est vite un engouement et un art de vivre, chacun a son WWT, et tout en vacant à ses occupations, sans avoir même le besoin d'ouvrir la bouche, peut transmettre et recevoir son jeu d'émotions. Le nouveau monde émotionnel, plus besoin de construire des phrases pour essayer d'exprimer un sentiment, plus besoin de causer, plus de discours, juste des pépites d'émotions que l'on sécrète comme une substance chimique à travers les petits émetteurs. Il va sans dire qu'il y a beaucoup d'abus. Sans parler des voyeurs ni des exhibitionnistes, toute une criminalité vient s'édifier autour ce cette nouvelle façon de vivre.
Une police est vite organisée, Mais il y a toujours un petit malin pour surpasser les techniques policières et mettre un bazar généralisé sur WWT. Ils ont d’ailleurs appelé cela d'un joli nom: les rats. On balance sur le WWT un rat, qui bien sur se reproduit à une vitesse faramineuse et peut coller une dépression à 3 milliards de personnes en quelques heures. Certains rats sont peu agressifs, le plus violent a causé plus de cinquante mille suicides en quelques jours. Ce fameux rat a pour principe de boguer l'émotion de gaieté, et de la transformer en son émotion contraire. Celui qui la reçoit se trouve pris dans un délire, ou, cherchant à se débarrasser de son angoisse, celle ci se trouve renforcée à chaque fois jusqu'à pousser le sujet au suicide. Il faut l'intervention d'une bonne partie des spécialistes mondiaux pour endiguer le fléau.
Après ce drame, il fut décidé que chaque petit émetteur (maintenant inséré directement dans la tempe sous une forme de petite plaque de métal) aurait son propre policier. Une sorte de petit programme destiné à l'identification des rats. le nouveau policier parait fonctionner tellement parfaitement qu'on décide même de l'utiliser à des fins social et civique. Une sorte de petit filtre réduit les émotions trop fortes. Ainsi, les gens sujet à de trop fortes émotions, - pour ne pas dire les névrosés ou les déséquilibrés -sont ainsi automatiquement réduits à ne pouvoir transmettre des émotions qui au final sont reçues comme sans pouvoir émotionnel fort.
On équipe donc tous les petits émetteurs de cette nouvelle technologie. Les coléreux décolèrent car leur colère n'est plus perçue comme telle, les extasiés désextasient de la même façon, et de même pour tous les comportements sortant d'une norme qui est définie par le PWF. Devant ce réel progrès de l'humanité qui s'établit en quelques années seulement, tous les comportements agressifs disparaissent. Il ne circule dans le PWF que des sentiments de miel et de sucre.

La bibliothèque virtuelle disparaît soudainement, je me retrouve là, bêtement sur mon fauteuil. En quelques secondes, la lumière extérieure décroît pour atteindre une presque obscurité. J'entends au dehors comme de drôles de hurlements, je glisse la tête à la fenêtre pour voir ce qui peut bien se passer. Quel spectacle mes enfant. Tous mes fantômes errants se trouvent là, agenouillés à terre en train de glousser, comme pris de crises de folies, ils se roulent, pleurent, comme si mille piques les transpercent à chaque instant. La scène dure bien un quart d'heure. Je dois avouer moi aussi ressentir un sentiment fortement désagréable, comme une angoisse qui elle aussi s’arrête passé le quart d'heure.
La lumière refait son apparition et tout retrouve son ordre, mes petits fantômes reprennent leurs glissades, comme si jamais rien ne s’était passé.
Je me sens un peu déboussolé, laisse ma bibliothèque pour entreprendre une nouvelle petite promenade.
Depuis ma dernière sortie, les choses ont sensiblement changé. Il y a comme des curieux qui m'attendent. Je fais mine de m'approcher d'eux. Arrivé à distance correcte, je leur fais un grand "bhou".
Ils en tombent tous le cul à terre et recommencent leurs jérémiades de gloussements et de fébrilités. La promenade s'annonce bien. Je réédite la même expérience sur d'autres groupes et sème la panique générale dans le quartier. Personne ne vient m'arrêter pour trouble dans l'ordre public, je peux donc m'amuser tout mon saoul . Après les avoir effrayés, maintenant, je leur cours après, ce n'est pas trop difficile étant donné leur peine à avancer une jambe devant l'autre. Quand je veux être méchant, je fais un croche pattes, le résultat est immédiat.
Qu'est ce que je m'amuse !
Enfin, au début je trouve cela distrayant, après, je commence à m’ennuyer, mes blagues deviennent un peu plus douteuses et les hématomes sûrement plus conséquents.
Et ces couillons, on dirait qu'ils aiment ça, ils s'approchent de moi comme pour me demander que je leur fasse à chacun une blague douteuse. Un aimant, voilà je les attire à la façon d'un aimant, si bien qu'au bout d'un moment, cela devient insupportable, je m'enfuis chez moi, je n'en peux plus de leur faire des "bhou", des "bha" ou je ne sais encore quelles autres idioties.
C’est vrai, il n'y a pas vraiment grand chose à faire dans ce PWF. Je m'installe donc de nouveau dans mon fauteuil et me laisse aller à mes pensées. La bibliothèque ne m’attire plus guère, le seul livre sans doute intéressant, je l'ai lu, et il ne me prend aucune envie de me trouver à nouveau face à mes fantômes glissants.
Les heures passent, les jours aussi à rester dans ma pièce à attendre je ne sais quoi.
Une fois par jour, l'épisode de la tombée de la lumière avec tout le peuple du PWF qui se contorsionne dans des cris de douleurs et de lamentations reprend. Je n'en n’ai pas d’explication, mais ça doit sûrement faire partie de " leur santé " que je me dis. De plus en plus régulièrement, des badauds passent près de chez moi et jettent un oeil par ma fenêtre.
Je me lève alors, et les vois s'enfuir de leur pas titubant. Comme je ne peux guère communiquer avec eux, l'ennui me pèse lourdement, je me décide à commencer l'entraînement de la communication télépathique.
Peu habitué, les premiers essais sont vains. En fait, il ne s’agit pas d'un langage à proprement parlée mais une suite d'émotions qui se font écho l'une à l'autre, la fameuse communication émotionnelle.
Pour m'entraîner, quelques balades dans les rues de cristal. J’opère sur les premiers venus. Ma communication émotionnelle démarre mal. Mais je me souviens du fameux filtre qui empêche toute émotion forte de passer. Il me faut donc ruser. La seule feinte que je trouve est tout simplement de stopper net cette communication émotionnelle, pour employer une communication plus physique, à savoir celle que j’utilise jusqu’à présent rien de tel que le contact .
J'en attrape un, commence à lui faire de belles frappes amicales sur l’épaule, à le serrer fort dans mes bras et je ne sais quoi encore. Ils ne sont pas habitués à ce genre de sport. Toujours et immanquablement, ils recommencent leurs gloussements apeurés pour ensuite se laisser tomber à terre et s'enfuir. Je ne vais jamais m’en sortir .
Mais qu'est ce que je vais devenir avec cette bande d'ahuris ? Me voilà condamné à vivre ma vie entière avec ce peuple de pleurnicheurs qui s'effraye d'un rien. Dépité je me décide une fois de plus à rentrer à la maison.

Sur le chemin du retour, des attroupements toujours plus nombreux se font autour de moi. Faut que je trouve une solution, sinon ça va bientôt être un raz de marée. Enfin, j'en bouscule encore quelques uns, juste pour le plaisir et m'enferme dans mon logement.
Depuis peu, il y a continuellement trois ou quatre individus collés à ma fenêtre, je fais alors de grands mouvements de bras pour les faire fuir, mais il en revient d'autres.
Que faire, que faire, cette question me rend nerveux au plus haut point. Après quelques jours de plus dans mon isolement, j'entreprends de visiter cette fameuse ville du PWL. Après tout, je ne la connais qu'à peine, elle me réserve peut être des surprises. Les coins se ressemblent à peu près tous, du cristal, de grands halls, des gens qui glissent, et toujours plus d'ahuris venant me lorgner comme une bête curieuse.
Il n'y a vraiment rien d'intéressant dans ce PWL , un gros aquarium en quelque sorte.
Lors de mon retour, j'en reconnais un qui depuis quelques temps m'approche un peu trop souvent à mon goût. Il semble plus téméraire que les autres et maîtrise un peu mieux sa peur. Quand je lui donne une tape sur le dos, il me parait même le voir rire. Mais après quelques autres petits exercices, de nouveau il tombe à terre en meuglant. Cela me met dans une telle rage que j'attrape son petit émetteur situé sur la tempe, le lui arrache et l'écrase de mon pied. Il hurle de douleur, se met à pisser le sang et s'enfuit comme un démon.
Je le vois disparaître au loin, trébuchant par ci, tombant par là, effrayant lui aussi à son tour tous les badauds qu'il rencontre. Cet évènement fâcheux ne me met même pas de mauvaise humeur, qu'il pisse le sang, je m'en fous, que ça lui apprenne à être moins con .
Les journées continuent, toujours entrecoupées du fameux épisode de la folie des quinze minutes.
Je me repose tranquillement sur mon fauteuil quand quelqu'un frappe à la fenêtre.

Quelle n’est pas ma stupeur de reconnaître l'énergumène que j'ai agressé le jour précédent. Un gros pansement lui barre le visage, et il est affublé d'une casquette dégotée je ne sais où. Son attitude me semble amicale, il tente un sourire maladroit. Sa sincérité est touchante, du mieux qu'il peut, il s'escrime à réclamer mon amitié. Je le laisse entrer chez moi. Nous ne pouvons évidemment discuter. La seule chose qu'il sait faire est de beugler. Tout à lui apprendre, il me faudrait lui réapprendre à parler si je voulais m'en faire un compagnon. Le plus simple ? sortir et commencer une leçon de choses. Nous sortons donc, lui titubant de gauche et de droite, moi, traçant le chemin. Je me contente donc de lui montrer les divers objets qui nous entourent dont pour certains, je n’en connais le nom ni l’utilité. Il répond par de grands hochements de tête approbateurs tout en essayant d'articuler correctement la phonétique de ses premières leçons. Il est sympathique finalement, je m'en ferais bien un bon copain. Je lui donne une grande tape sur l'épaule en lui lançant un " copain «. Il me répond " copain», cela a l'air d'une révélation et il se met à me sourire, de son sourire autiste qui m'énerve de plus en plus. Mais bon, c'est mon premier copain, je peux lui passer ça.
Nous nous promenons ainsi gentiment, essayant d'échanger quelques débuts de débuts de discussion. Sa casquette le passionne, il n'arrête pas de la défaire de sa tête, de me la montrer, de se la reposer pour la redéfaire et ainsi de suite. Ca aussi commence à m'énerver. Je la lui prends et la lui écrase sur la tête d'un air de dire " fous-moi la paix " avec ton cache soleil. Enfin…
Histoire de me calmer un peu les nerfs, j'en bouscule quelques uns au passage, recommence mes croche-pattes. Suis bien surpris de voir que "Copain " en fait autant, et il y trouve un réel plaisir, ne sourit plus de ce sourire bête et méchant mais d'une amorce d'un vrai rire.
" Ha " que je me dis, nous voilà avec une activité commune, et de surcroît très amusante," je crois que l'on va bien s'entendre tous les deux ". Nous parcourons ainsi quelques rues de cristal, aux gré des bousculades, des " bouh, bah ". Le jeu semble vraiment lui plaire et il ne s’en lasse pas. " Un vrai gamin ", et pire que moi encore. Malgré tout on se fatigue des meilleures choses et au bout d'une heure, le jeu l’ennuie, il recommence alors à tournicoter sa casquette. Cette fois, je la lui arrache des mains et lui tape la tête avec afin qu'il comprenne une fois pour toutes que je ne veux plus qu'il m'importune avec ce bout de chiffon. Peine perdue, je réalise que ce geste relève de l'obsession : le punir, le battre n'y changera rien. En conclusion à l’épisode, je la lui prends de nouveau et la lance à un endroit où il ne pourra pas la reprendre. Il se remet alors à faire le dément, fait tous les efforts possibles pour la récupérer, mais peine perdue, la casquette est vraiment inaccessible. Le pauvre Copain fond en larmes, de grosses larmes qui me font presque de la peine . Mais le spectacle est vraiment trop désolant, j'en profite pour m'esquiver et le laisse dans sa misère.
Difficile de rester là à ne rien faire des jours durant. Copain vient régulièrement me voir. Il a fini par trouver une autre casquette il contracte un nouveau tic, mâcher continuellement du chwing-gum, avec cette façon toute particulière de remuer la mâchoire comme un ruminant. Il semble porter beaucoup d'importance à son nouveau personnage - je parle de celui de la casquette -.Il fait penser à un acteur continuellement en train de jouer son rôle, poussant les mimiques de son personnage jusqu'à l'extrême. D'ailleurs, il se fond complètement dans son nouveau rôle, sa vie semble ne plus dépendre que de sa casquette et de son chewing-gum. " Enfin… " je me dis , il fait ce qu'il peut le pauvre.

Mes nouvelles journées s'articulent donc entre les visites de Copain et des moments de rêveries , avachi sur mon fauteuil. Il n'y a pas grand chose d'autre à faire.
Par une journée des plus banales, j'ai la visite de Copain. Il a dégoté je ne sais où une batte de baseball. Je comprends maintenant, la casquette, le chewin-gum, il ne manque plus que la batte, le personnage est maintenant parfait. Je comprends vite à ses gargouillements qu'il désire un compagnon de jeu. On roule une boule de chiffon en guise de balle et nous sortons sur notre terrain de cristal. Il ne sait évidemment pas jouer et notre jeu prend vite l'allure d'une bouffonnerie. Après quelques dizaines de lancers, je jette l'éponge et lui fais comprendre de se trouver un autre coéquipier. Il parait très fâché, et me le fait comprendre par des gesticulations désarticulées. Peu importe, je le laisse une fois de plus dans sa peine.
Le bougre, il ne veut rien savoir. Il prend le premier individu qui passe par là, l'attrape et l’oblige à jouer avec lui. L'autre évidemment se contorsionne, se met à gémir, et pour finir se retrouve à terre pour gesticuler encore plus. Copain est fou de rage, il brandit la batte et commence de le rouer de coups. Je n'ai pas le temps d'intervenir que l'autre pisse le sang, inanimé. Pour en terminer avec sa rage, Copain lui arrache l'émetteur de la tête, le brandit comme un trophée, et le jette à terre pour ensuite l'écraser. En guise d'adieu à sa victime, il lui crache dessus. Hé bé que je me dis, il commence à perdre de son charme le Copain, va falloir que je mette des distances.
Je refuse donc catégoriquement toute nouvelle visite. Il se met à chaque fois en colère. Je le vois trépigner, mordre sa casquette, pleurer, pour ensuite partir chercher une nouvelle victime. Il tient absolument à partager sa passion avec tout le monde. Mais le monde en question n'en n'a que faire. Chacun vaque à ses glissades pacifiques. De temps en temps, j'entends au loin les cris d'une de ses nouvelles victimes. Cela finit comme la première fois, une bastonnade à coup de battes de baseball et l'arrachage de l'émetteur. On se croirait dans une arène tant le spectacle est cruel. Les autres passants continuent eux leurs veines glissades. En quelques jours, je dénombre aux cris perçus une dizaine de victimes. Le cristal dehors est d'ailleurs bariolé des taches rouges du sang des victimes. Un vrai champ de bataille.
Les jours suivants, j'ai l'heureuse surprise (ou malheureuse) de voir apparaître d'autres énergumènes. Tous ont la particularité de ne plus avoir d'émetteur, mais seulement un gros pansement placé au niveau de la tempe. Après mon joueur de base-ball , j'ai droit à celui qui se prend pour un policier , une autre qui se veut danseuse, et un dernier enfin – qui étant donné les drôles de mimiques – doit se prendre pour une star. Tout ce petit monde gravite autour de mon logement, comme si celui ci en est le centre. Mais le centre de quoi, je n'ai rien demandé à personne, juste une fois, dans un mon moment de colère j'ai eu la malencontreuse idée d'arracher l'émetteur de Copain.
De toutes façons, je n'ai pas le choix, juste celui de me faire une raison. Je vis dans un quartier qui ressemble de plus en plus à un zoo. Un zoo de déjantés ou chacun joue le spectacle son propre personnage.
Ce spectacle est tout de même intéressant à observer. Je peux moi aussi m'improviser ethnologue et étudier cette faune hystérique. Le résultat de ce que l'on peut voir se résume à peu: De temps en temps, les différents personnages ont une activité commune. Mais cela tient uniquement en fait à ce que l'on pourrait appeler un accident de situation. Chacun est pris dans son propre personnage et n'en bouge plus. Les chamailles sont fréquentes et parfois extrêmement violentes, elles peuvent même se terminer par mort d'homme. Le mot zoo est sans doute le qualificatif le plus adapté. A titre explicatif, on peut dire que chaque personnage s’apparente à un animal. Certains pacifiques, d'autres très agressifs. Mais aucun ne peut s'adapter au comportement d'un autre. Chacun a son propre mode comportemental incompréhensible et inaccessible pour le reste du groupe.
Les rassemblements débutent en général en fin de matinée. Au début, l'ambiance est tranquille. Puis il y en a un qui commence à s’énerver et cela se transforme vite en pugilat. Les disputes démarrent toujours de la même manière. Copain pour l'exemple joue au baseball. Mais étant donné qu'il est difficile de jouer seul, il sollicite un compagnon. Evidemment, ce compagnon joue lui aussi à son propre jeu et n'a aucune envie de jouer au baseball. Et de là partent les disputes. Lors de gros pugilats, on les voit se défouler sur les passants les plus proches. Je tremble à chaque fois qu'un nouvel émetteur est arraché car je suis certain alors d'avoir un énergumène de plus dans le zoo.
Ainsi, je me retrouve- sans l'avoir voulu - à la tête d'un peuple d’hallucinés et de schizophrènes qui tous les jours grandit. La proximité de mon logement prend les allures d'un terrain vague. Tout, petit à petit se détruit. La belle rue de cristal est remplie d’immondices, les façades se couvrent de graffitis des uns et des autres, rapportant des propos sans queue ni tête. Chacun a construit son petit monde, le joueur de base ball son terrain, la danseuse sa piste, le militaire son champ de guerre, quel spectacle mes enfants.
La vie ici me devient vite insupportable, impossible de jeter un oeil à ma fenêtre sans qu'une espèce de mutants est là à loucher dans mon intimité. Sortir , pire encore, les uns et les autres m’alpaguent, et parcourir cent mètres relève du parcours du combattant.

Toujours à la même heure, dans ce que j'appelle le crépuscule du PWF , là ou avant je les voyais se tordre de douleur pendant quinze minutes, maintenant, l'effet est inverse. Quand le PWf émet son rayonnement noir, eux, les énergumènes semblent stimulés, et comme pris de chatouillements, bien qu'ils n'ont plus d'émetteur. Ils sont tous pris dans un tourbillon hystérique. Ils se mettent à hurler, non pas de douleur ou d'angoisse, mais d'une sorte de défoulement primitif qui fait peine à voir pour le peuple qui, soi disant , est à l'apogée de la civilisation.
U un après midi, une bagarre encore plus violente que les autres démarre , les zombies - c'est comme ça que je les appelle maintenant – débordent sur d'autres quartiers, et ce jour là des milliers d'autres émetteurs sont arrachés. La gangrène gagne vite du terrain.
Par curiosité, je suis ce mouvement chaotique qui va de quartier en quartier, ce qui me permet aussi de fuir la zone invivable ou je réside. Je calcule qu'à ce niveau de prolifération d’arrachage d’émetteurs, bientôt, la ville entière sera sous l'occupation de mes mutants. Il me faut trouver une solution rapide. Je me décide pour le dôme. La ville a en son centre une tour immense, on n'en voit d'ailleurs même pas le sommet tant elle monte haut dans le ciel. Par jour de très beau temps, il est parfois possible d'en imaginer le sommet.
On y entre tout simplement par sa porte d'entrée, pour monter jusqu‘en haut, un ascenseur. J’appuie sur le bouton, la porte s'ouvre. Après environ 10 minutes à me laisser hisser, la porte s'ouvre à nouveau. Je me trouve dans une sorte de bulle de verre qui donne directement sur le ciel immaculé. Etant donné la hauteur de l'édifice, je suis bien au dessus des nuages, c’est le grand bleu. Le mobilier est très simple et sobre, une sorte d'appartement tout confort avec vue imprenable sur la cité du PWF. Il s’agit en fait d’un musée, celui du PWF ou plus exactement de l’appartement du fondateur du PWF.Certains vitrages de la bulle doivent faire effet loupe car il est alors possible d'observer à vue agrandie le spectacle ci-bas.
J'en profite pour me reposer un petit peu. Après une bonne sieste réparatrice, je m'installe au bureau, en face du personnage en cire que j’imagine être le fameux fondateur du PWF. Sur la surface de cristal du bureau un document, ou un manuscrit. " l'avènement du PWF " par son fondateur. N'ayant que ça faire, je me mets à la lecture. Il s’agit en fait d'une sorte de testament, le texte en est très bref. Le fondateur s'exprime en des termes très pontifs. il se décrit comme " le petit père des âmes ", emploie des tournures ronflantes des "je vous aime ", " je ne pense qu'à vous ". A le lire, le PWF est la finalité de l'espèce humaine, et il tartine " d'harmonie " par ci, " d'équilibre" par là.
Un autre passage commence ainsi: " l'uniformisation ayant pour fin l'harmonie dans les âmes et la paix dans la cité …».
Je suis vite saoulé par ce document et le laisse sur son socle . Il ne me reste plus grand chose à faire, sinon contempler le bleu éblouissant du ciel ou contempler le spectacle d’en bas, qui d’ailleurs empire. J’observe d'heure en heure l'évolution de la déferlante des zombies. Les quartiers sont touchés les uns après les autres à une vitesse qui dépasse celle de mes calculs. A ce rythme, plus que quelques heures et la ville entière est contaminée.
Le quart d'heure du crépuscule doit bientôt arrivé, je le redoute plus que tout étant donné l'étendue du désordre.
Monsieur le fondateur dans son manuscrit a d'ailleurs été très explicite sur l'utilité de ce quart d'heure. Cela part du fait que dans la cité du PWF , le bonheur est tellement parfait, qu'il faut pour des raisons physiologiques et mentales injecter quelques doses journalières d'angoisses et de chaos à chaque concitoyen , une espèce d’hygiène en quelque sorte, ou d’équilibre , ou je ne sais quoi encore. Bref, tout un tas de salades qui vu le personnage du fondateur, ne m’étonne pas.
La lumière décroît. je m'approche côté loupe de la bulle pour observer. Telle une soupe sur le feu, le liquide humain commence à s'agiter . Les bulles humaines montent, et en l'espace de quelques minutes, tout part en ébullition. Il y a alors comme une sorte de craquement dans les flux humains et tout se rompt. Maintenant, tout le monde tourne dans un mouvement inverse, comme pour sortir de la ville. C'est bien çà, tout le monde fuit, la ville se vide des ces cellules humaines, tous partent en courant dans tous les sens, se choquent les uns les autres sans que l'un pu comprendre l'autre. Ils courent, ne savent où ,dans toutes les directions … des maudits. Je me souviens alors du mythe de Babel, la correspondance en est frappante.






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