Cette
page est dédiée à la nouvelle littéraire intitulée
" L'océan de douleurs ".
Elle fait partie du recueil de nouvelles " Le pire des mondes: nouvelles
! "
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Extrait
de la nouvelle
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| Je venais d'avoir mes dix huit ans depuis peu. Des préférences pour un travail, je n'en avais pas .Laver des assiettes dans un restaurant, éplucher des pommes de terres, taper sur le clavier d’ordinateur, faire le beau dans un magasin, peu m'importait. J'aurais même eu un léger penchant pour un travail un peu farfelu dont le libellé dans un journal de petites annonces aurait été par exemple " cherche bon à rien pour travail dur mais très bien rémunéré". Quelle ne fut donc pas ma surprise quand par un beau matin, ouvrant la feuille de choux à la page des petites annonces, je trouvais l'encart décrit comme suit: " cherche personne pour gérer un océan, durée du travail 10 jours, salaire: 1 million de francs". Je souris gentiment en imaginant la tête de l'énergumène qui avait écrit ces phrases. Dans l'ennui de mes journée sans saveur, la tentation me prit d'appeler au numéro indiqué. Une voix charmante me reçut d’une voix à faire chavirer les sens, sous le charme de laquelle on se laisserait dorloter des heures durant. La réponse était claire: Monsieur le président en personne passerait me chercher, une heure plus tard, au bas de mon immeuble. J'eus à peine le temps de me faire une beauté, de me coiffer à peu près correctement avec le peigne que je ne trouvais pas. Le rasage n'allait guère mieux, je me coupais le bord de la lèvre, ça n'arrêtait pas de saigner et j'avais déjà sali ma plus belle chemise. Il ne me restait plus qu'à mettre la blanche, celle avec un trou sous le bras, ou il me faudrait faire mille arabesques pour ne pas que cela se voit. Je descendais cinq minutes avant l'heure indiquée. J'allumais une cigarette, je m'occupais un peu en attendant Monsieur le président. Je ne la vis même pas arriver tant elle était silencieuse. De la voiture je parle. Dans les premiers instants, ma surprise fut telle que je ne réagis même pas, l'effroi m'étreignit après lorsque je fus sûr que je n’étais pas en train de rêver. Devant moi s'était arrêtée une Rolls Royce. La couleur ne prêtait pas à confusion: toute la carrosserie était en or massif. |
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L'océan de douleurs
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| Je venais d'avoir mes dix huit ans
depuis peu. Des préférences pour un travail, je n'en avais pas .Laver
des assiettes dans un restaurant, éplucher des pommes de terres, taper
sur le clavier d’ordinateur, faire le beau dans un magasin, peu m'importait.
J'aurais même eu un léger penchant pour un travail un peu farfelu
dont le libellé dans un journal de petites annonces aurait été par
exemple " cherche bon à rien pour travail dur mais très bien rémunéré".
Quelle ne fut donc pas ma surprise quand par un beau matin, ouvrant la feuille de choux à la page des petites annonces, je trouvais l'encart décrit comme suit: " cherche personne pour gérer un océan, durée du travail 10 jours, salaire: 1 million de francs". Je souris gentiment en imaginant la tête de l'énergumène qui avait écrit ces phrases. Dans l'ennui de mes journée sans saveur, la tentation me prit d'appeler au numéro indiqué. Une voix charmante me reçut d’une voix à faire chavirer les sens, sous le charme de laquelle on se laisserait dorloter des heures durant. La réponse était claire: Monsieur le président en personne passerait me chercher, une heure plus tard, au bas de mon immeuble. J'eus à peine le temps de me faire une beauté, de me coiffer à peu près correctement avec le peigne que je ne trouvais pas. Le rasage n'allait guère mieux, je me coupais le bord de la lèvre, ça n'arrêtait pas de saigner et j'avais déjà sali ma plus belle chemise. Il ne me restait plus qu'à mettre la blanche, celle avec un trou sous le bras, ou il me faudrait faire mille arabesques pour ne pas que cela se voit. Je descendais cinq minutes avant l'heure indiquée. J'allumais une cigarette, je m'occupais un peu en attendant Monsieur le président. Je ne la vis même pas arriver tant elle était silencieuse. De la voiture je parle. Dans les premiers instants, ma surprise fut telle que je ne réagis même pas, l'effroi m'étreignit après lorsque je fus sûr que je n’étais pas en train de rêver. Devant moi s'était arrêtée une Rolls Royce. La couleur ne prêtait pas à confusion: toute la carrosserie était en or massif. Le chauffeur descendit, ouvrit la porte de derrière et j'entrai dans l'antre. Monsieur le président avait vraiment la tête d'un président. Le visage fin, harmonieux, un de ces visages ciselés par la structuration de l'esprit comme on dirait dans le jargon social. Il me salua cordialement et fit le maximum pour me mette à l'aise, me servit un rafraîchissement, s'intéressa à ma personne, bref, fut on ne peut plus cordial. De mon côté, la terreur ne me quittait pas, l'angoisse m'empêchait de dire quoi que ce soit de cohérent. Je balbutiais, transpirais et savais qu'il s'en apercevait et qu'il ferait mine de l'ignorer, ce qui m'angoissait encore plus. Que venait faire ce président avec son gros lingot d'or roulant, qu'est ce qu'il me voulait? Toutes les idées les plus farfelues me passèrent par la tête, un pédophile pour ado, un sadique, un mafieux qui allait m'amener je ne sais où..? Bref, plus ça allait, plus mon angoisse continuait de croître. Il dut sûrement s'apercevoir que je cogitais dur, il en vint donc à la raison de notre rencontre. Il me confia être l'une de personnes les plus puissantes et riches de ce monde. Cela ne l'empêchait pas d'être un humaniste, ce qui était la raison de ces événements. Il ne supportait plus la misère et la souffrance de ce monde qu'il me dit, cela lui devenait insupportable. Il lui fallait tenter quelque chose et ça encore, c’était la raison de notre rencontre. Il me raconta alors en détails tous les préparatifs qu’il avait mis au point, les longues recherches qu'il avait entreprises afin d'arriver à cette entrevue d’aujourd'hui. En fait, il voulait que la personne responsable de l'expérience, en l'occurrence moi, soit une personne on ne peut plus neutre et anonyme .Bien sûr, si l'expérience réussissait, ce dont il était persuadé, je serais plus riche d'un million de francs. Il me confia même que dans cette perspective de réussite, l'humanité entière serait sauvée, « ce serait la plus grande joie de ma vie » s'exclama-t-il les yeux tout larmoyants. Mon effroi me tenaillait, moins poignant mais toujours présent: Qui était ce cinglé et que me voulait-il ? Nous roulions maintenant sur une bretelle d'autoroute. Je me disais qu'il me serait facile à un péage de sortir de la voiture et de laisser ce pauvre homme dans ses délires. Malgré tout, ce monsieur m’inspirait une certaine confiance et je me disais qu'il serait toujours temps de m'éclipser si ça sentait vraiment le roussi. Il me montra au loin son palais. J’étais à mille lieues d'imaginer qu'à cent kilomètre de chez moi une telle merveille pouvait exister. Un château de Versailles version vingtième siècle. Nous entrâmes dans la propriété. Des biches et autre animaux à quatre pattes dont je ne connaissais même pas le nom, batifolaient gentiment sur les immenses parterres de gazon. Des fontaines partout, ainsi que de gigantesques statues hautes de plusieurs mètres d'une architecture digne d'un bon film américain. Le paysage était vraiment grandiose, tout respirait l'harmonie, la confiance, une puissance fière et joyeuse. Nous parcourûmes presque un kilomètre avant d'arriver sur le perron du château. Nous descendîmes tous les deux silencieux. Il me présenta alors son domaine, non dans le détail mais par direction: « Par là jeune homme, ce sont les écuries et, un peu plus loin, les lacs ... » Je fus quand même flatté de me trouver dans un tel endroit. Nous étions dans une immense salle, de marbre évidemment. Ces arbres exotiques géants dans leurs grands pots de faïence finement décorée, ces oiseaux exotiques perchés sur ces mêmes arbres me donnèrent pendant quelques instants une ivresse très agréable. En l'espace de deux heures je m'étais hissé de l'état de chômeur à l'état d'homme situé dans la pièce centrale du plus gros richard du monde. Il va sans dire que la raison me revenait vite et que je me demandais une fois de plus ce qu'on voulait de moi. Qu’est ce que je faisais ici? Je ne sentais rien, aucun sentiment ou impression agressive chez mon président, je pouvais donc continuer cette petite aventure, juste histoire de. Je serai sûrement bien nourri et bien logé, d'autres bonnes surprise surviendraient encore, à quoi bon faire des chichis et rompre le charme. Quelques personnes vinrent nous voir, toutes plus sympathiques les unes que les autres, avec cette aisance qui vous met tout de suite à l'aise. On se serait cru dans un de ces films de James Bond, avec tous ces gens tellement sûrs d'eux-mêmes. Chacune de leur parole est une aventure en elle-même et le James Bond, c'était moi, un peu chétif, craintif mais James Bond quand même. Je me dis que je réussirai sûrement à m'adapter à mon nouveau statut, cela me donna bonne conscience et courage dans l'acceptation de rester en ces lieux. On me présenta aussi une jeune femme, une compagne qu'ils me dirent. Elle était évidemment très belle, de ces beautés slaves qu'on trouve encore sur les pellicules de Bond. Jeune, jolie, sensible, intelligente, envoûtante, le tout évidemment fait avec tellement de naturel, qu'il eut fallu être masochiste pour y chercher un vice de forme ou s'imaginer une quelconque machinerie. Avant de partir, elle me fit un clin d’oeil, de ceux auxquels on ne peut résister et qui vous font baver intérieurement pendant le restant de la journée et de la nuit. Nous dînâmes avec quelques- uns des ses amis : tous d'éminents professeurs, il y en avait un, docteur en psychologie, un autre en toxicologie, un psycho- neurologue et je ne sais quoi encore. Nous commençâmes par des propos badins et riions gentiment d'anecdotes croustillantes des uns et des autres. Evidement, comme je m'en doutais, la conversation glissa sur la fameuse et fumante expérience. Ils retracèrent d’abord les longues années d'études et de recherches qu'avait demandées ce projet. C'était clair, tout avait été calculé au millimètre près et le cheminement des jours à venir était certain. Une sorte de preuve par neuf, juste pour valider un travail qui n'avait déjà plus de surprises, mais que pour la forme il s'agissait de confirmer. Il leur serait possible, à chaque pas du cheminement de l'expérience, de me dire exactement ce qui se passerait et ce à quoi j’étais à même de m'attendre. Une sorte de croisière un peu désagréable certes, m’avouèrent-ils mais sans aucune surprise, bonne ou mauvaise. Je leur souriais de mon sourire le plus aimable, avec cette petite torsion du coin de la bouche influé par le " un peu désagréable". Je n'aimais pas ça, j'eus préféré que cela soit agréable et non pas le contraire. Qui aime se faire souffrir, même pour un million de francs, hein, dites le moi? Du moment que cela restait juste un peu désagréable ça irait, mais pas plus que je me disais. Nous fumâmes pour cette fin de repas de gros cigares. La fumée était tellement douce qu'elle coulait joyeuse dans ma gorge. Après une heure de tirage sur le barreau de chaise, quelques vapeurs me montaient au cerveau et me laissait dans un était idyllique. La soirée s'était longuement étirée et on me proposa de rejoindre mes logements. Le parcours me fût indiqué, un peu compliqué certes, mais d'une telle logique qu'il m'était impossible de me tromper malgré « à gauche puis à droite, ensuite… ». Juste avant d'arriver dans mes appartements, la sirène de mon coeur qui avait du m'entendre venir, ouvrit sa porte, me tira par le bras dans un geste qui ne permettait ni l'équivoque ni le refus. Je lui souris un peu bêtement ne sachant que trop faire de cette créature de rêve. Mais je n'avais rien à faire. Elle me guida dans une chute des sens sans fond et je plongeais sans retenue dans des vertiges que je n’aurais jamais imaginés. Nous fîmes bien sûr une première fois l'amour. J'en ressortais troublé comme on revient d'un long voyage. Nous restâmes allongés à digérer les restes de notre ivresse. Elle sortit ensuite une pipe allongée, mit une flamme dans le creuset et tira dessus. « Juste un peu d'opium fit-elle ». Je tirais quelques bouffées aux saveurs caramélisées, laissais la fumée bien pénétrer mes poumons et la recrachais. Nous nous passâmes la pipe plusieurs fois jusqu'à ce que la boulette d'opium soit épuisée. Le voyage reprit à nouveau. Je me laissais lentement transporter dans cette mollesse du temps et l'espace, dans cette douceur des sens ou plus aucun stimuli agressif ne vient vous toucher. Une béatitude du corps s'accordant avec celle de l'esprit. Elle me caressa langoureusement. Chaque mouvement de sa main m'emplissait le corps d'ondes de chaleurs et de plaisirs qui faisaient écho les unes aux autres. Ca montait, descendait, des spasmes de jouissances qui comme des vagues ondulaient sur mon corps. Je les sentais passer de mon bras sur l'épaule, puis redescendre pour arriver aux doigts de pieds et remonter ensuite. Certaines arrivaient même jusqu'au bout de mon nez et me provoquaient de légers chatouillements. Ces vagues de plaisirs allait même jusqu’aux organes internes, et je pus, chose originale, jouir de mon coeur, de mes poumons, de ma rate et je ne sais quoi encore. Elle se redressa, me chevaucha et nous commençâmes une longue étreinte qui se perdit dans la nuit et l'oubli. On tapa à ma porte de bon matin, ce qui me réveilla en sursaut. Jaralda , c'est ainsi que s'appelait ma sirène n'était plus dans le lit. On m'apporta un petit déjeuner copieux. Une lourdeur m'emplit l'esprit, et les aliments entraient avec peine dans ma bouche engourdie. Enfin, je m'habillais tant bien que mal. Une personne du service me guida jusqu'à mon Président. Toujours de son air cordial, il me demanda comment s'était passée la nuit, si j'avais bien dormi. Je sentais l'escroquerie et lançais un "bien - bien" sans conviction. Sans plus de bavardage, nous allâmes vers le lieu de travail comme ils l'appelaient. Une grande porte noire s'ouvrit et nous entrâmes dans une pièce spacieuse. Il claqua dans les mains et tout s'éclaira. Pour une surprise, c'en était une de plus. Sur le mur de face, un immense écran blanc, immaculé. Le reste de la pièce était habillé façon tropicale, avec beaucoup de verdure, plantes grasses et autres végétaux exotiques. Des fontaines et bassins serpentaient de-ci de là dans un ruissellement on ne peut plus agréable. Encore quelques oiseaux exotiques qui de temps à autre lançaient leurs cris métalliques. On s'y serait vraiment cru au paradis tropical des cartes postales, il ne manquait que la mer! Au milieu de la pièce trônait un fauteuil. A son aspect, il paraissait bien confortable, je m'y serais bien assis quelques instants, histoire d’en tâter le moelleux. Une petite armoire jouxtait le fauteuil. Sûrement une bonne chaîne HI-Fi ou un bar caché pour profiter au mieux de cet endroit idyllique. Entre temps, la troupe de la veille entra, les six mêmes bonshommes, dotés d’un petit air sérieux et déterminé qui me déplut aussitôt. Ils me donnèrent également leurs cordiales salutations et l'un deux commença ainsi: « Mon ami, aujourd'hui est un grand jour. Comme vous l'avez exprimé Monsieur le Président, nous allons débuter une expérience sans précédent dans l'histoire. Il n'y a absolument aucun risque, tous les résultats sont connus d'avance. Enfin, par conscience morale, nous l'entreprenons quand même, juste une petite maniaquerie de rigueur. Ce fauteuil sera le vôtre pendant dix jours exactement. Chaque séance commencera de la même manière. D'ailleurs, le mieux que vous ayez à faire est de vous y installer dès maintenant. » Je m'exécutais avec cette mollesse pour ce que l'on fait à contrecoeur. Tout à l'heure le fauteuil me tentait et là je sentais déjà l’impatience me gagner. Je m'installais donc, remuant légèrement les hanches afin de me mouler au mieux dans le moelleux. « Voyez- vous jeune homme, sur le côté droit de l'écran, vous apercevez une lampe verte. Quand celle-ci s'éclaire, vous pouvez appuyer sur le petit bouton électrique situé juste en-dessous de votre main droite. Cette manipulation n'est bien sûr nécessaire que si vous ressentez un léger malaise, l'injecteur que nous allons vous accrocher au bras vous transfusera alors un produit qui automatiquement vous soulagera. Si en revanche c'est la lampe rouge qui est allumée, c'est que le cheminement de l'expérience ne permet pas l'injection du produit. il vous faudra alors attendre que la lampe verte s'allume. Soyez sans inquiétude, des palpeurs sensitifs vous seront installés et notre ordinateur central est là pour mener l'opération à bien et déclencher les lumières vertes ou rouges». Je commençais à balbutier que tout cela ne me plaisait pas du tout, que je ne comprenais pas trop le sens de tout ça, que j'aimerais d'autres explications… Monsieur le président tapa amicalement mon bras, me regarda droit dans les yeux et sur un ton paternel me dit « il faut y aller mon garçon ». On me fixa un bracelet sur chaque poignet, les fameux transfuseurs. « Le droit, pour me soulager mais le gauche, qu'est ce qu'il va donc bien m'injecter ». Ils s’arrêtèrent tous un instant, se concertèrent du regard. Ce fut monsieur le toxicologue qui me donna l'explication. « Des micros doses de certaines drogues vont vous être injectées afin de vous mettre dans des états émotionnels nécessaires à l'expérience ». « Des drogues agréables » qu'il continua. Ayant quelques connaissances dans ce domaine, je lui demandais d’un ton brutal « lesquelles » ? « Il serait trop compliqué de vous donner la liste complète des molécules qui vont vous être injectées. Pour simplifier, je dirais que ce sont principalement des hallucinogènes et d'autres de type peyotl ». Les cons que je me disais, tout ce remue ménage pour venir me shooter. Il n'avait qu'à me demander avant, je leur en aurais présenté des gars sûrement plus intéressés que moi à essayer leur mélanges et gratuitement de surcroît. « Vous êtes sûr que ça ne va pas me faire mal. Le toxicologue me fit un clin d'oeil et d'un geste de la main mima le doigt qui appuie sur le bouton ». Je m'apprêtais à tout faire valdinguer quand je commençais à ressentir un sentiment de bien être. Ca y est que je me disais, la drogue circule. Le vertige pris de l'amplitude. Il m'était difficile d'apprécier et d'analyser la déformation qui s'opérait dans ma conscience et dans mes sens mais chose certaine, la montée était vertigineuse. Soudainement l'écran s'alluma devant moi. Une voix monocorde et grave commença un long soliloque, sans queue ni tête. Mon attention était comme absorbée par cette voix que je laissais couler avec ravissement dans mes oreilles. Ensuite vinrent les images. C'était un documentaire sur les plus fameux serials killers du siècle. On y retraçait l'histoire de chacun d’eux et les détails de leurs méfaits, avec les témoignages, les photos, tout. Et toujours cette voix en arrière fond qui me captivait, me fascinait. Etant donné mon état, il m'était impossible d'analyser quoi que ce soit, ni même d'être effrayé. J’étais moi-même les horreurs que je voyais défiler et que j’entendais, je les vivais comme si elles étaient sous mes yeux sans le détour de la pellicule. Je ressentais les étranglements, les éventrements, non comme moi, personne qu'on tuait mais dans les tourments qui les animaient. Je n'eus même pas le réflexe d'appuyer sur le bouton, d'ailleurs, j'en avais complètement oublié l'existence. Après les serials killers vinrent d'autres documentaires d'autres monstruosités perpétrées par le genre humain, c'était sans fin. J'avais complètement perdu la notion du temps, fasciné que j'étais par le grand écran .Le plongeon n'en finissait pas. Je ne sus exactement quand pris fin la séance. Je me réveillais simplement allongé sur le lit de la nuit dernière, avec ma Jaralda à côté de moi. Elle me fit une amorce de sourire mais je détournais les yeux, je me sentais comme vidé de toute substance, avec la seule envie de fermer les yeux et de ne plus jamais les ouvrir. Ses mains me caressèrent et puis… En rouvrant les yeux, j'étais à nouveau assis sur le fauteuil, les deux bracelets aux poignets. Je devais encore être sous l'effet d'une quelconque autre drogue car je n'avais même pas la force de me rebeller, voire de me lever ou, plus simplement de défaire les injecteurs de mes bras. A nouveau je ressentis la déformation de la précédente séance. C'était reparti, ils avaient recommencé avec leurs molécules hallucinogènes et je ne sais quoi encore. Vînt la voix, les documentaires… On me servit cette fois-ci les inévitables Auschwitz, Dachau et je ne me souviens plus des autres. Et d'autres documentaires encore, tout aussi croustillants, le Viêt-Nam, les khmers rouges, Hiroshima et bien d'autres encore. Je ne pourrais dire combien de temps leur petite salade dura exactement. Je passais d'un état de coma ténébreux à un autre sans plus vraiment reprendre conscience. Sur le fauteuil, ils avaient installé un nouvel injecteur: une perfusion pour que je ne meurs pas physiquement étant donné que je ne me nourrissais plus. Je suppose que la durée approximative du cauchemar fût de dix jours, comme fixé au début. Je mes souviens avoir ouvert les yeux une autre fois, je ne devais pas être beau à voir, un zombie sûrement. Jaralda était à coté de moi. Elle manipulait une seringue. Mais qu'est ce qu'ils avaient tous à m'emmerder avec leurs injections, c’était vraiment une manie dans ce palais. Jaralda s'approcha, chercha ma veine et m'injecta le contenu. Ouf, c’était une molécule jouissive. Je fus submergé en quelques secondes d'un plaisir inouï, un océan de jouissances coulait dans mes veines et se répandait dans chacune de mes cellules. Comment une telle chose pouvait être accessible, sur une seule pression du doigt .Mes ténèbres s'évanouirent aussitôt, je reprenais vie, m’enhardissais, rouvrais les yeux. Ma sirène s'était dévêtue et commençait son jeu de caresses. Le seul contact de ses mains suffisait à m'inonder de plaisir et de bonheur. Je dus un moment m'endormir. Je fus réveillé par une légère piqûre. Jaralda encore m’injectait un produit. Nous continuâmes ainsi à naviguer sur cet océan d'allégresse. Nous restions au lit, de temps en temps bavardions. Je réclamais son contact qui avec l'effet de la drogue, me donnait, si je l'imagine maintenant, plus de plaisir que j'en eus à téter le sein de ma mère. Nous dûmes rester ainsi deux ou trois jours, au rythme des injections, des caresses et de la jouissance. Je finis un matin par me lever. Nous déjeunâmes tranquillement, quand on tapa à la porte. Avant que je fasse signe d'entrer, M'sieur le président entra. J'en eus un frisson dans le dos mais fis mine de rien. Les longues heures passées dans la béatitude avait du me rendre docile. Jaralda sortit. Il m'annonça alors que l'expérience s'était passée comme prévue et qu'il ne regrettait vraiment pas d'être tombé sur moi. "Exemplaire " qu'il me disait, chaque heure fût un grand pas pour l’humanité, " et il ne restait qu'à accomplir le dernier, le plus décisif et le plus inoffensif de surcroît " .Avant que je ne prenne la parole, il me jura que les séances de fauteuil étaient bel et bien finies " c'était juste la préparation". Il continua de m'expliquer que dans cette dernière phase, je serai juste suivi par un hypnotiseur qui me guiderait dans un voyage intérieur, dont le résultat était la quête, le but même de l'expérience. Me remémorant l'origine de notre rencontre, j'osais lui demander finalement quel était cet océan à gérer dont parlait l'annonce parue dans le journal. « Vous le découvrirez par vous-même mais je ne peux en faire cas maintenant, cela influerait négativement sur le processus. Je vous laisse bien sûr réfléchir à votre décision, donnez- moi la réponse dans une heure ». Sur ce, il me tendit un verre de champagne. Je le bus d'un trait. A la façon dont me montait les bulles à la tête, je me dis qu'il n'y avait pas que du champagne la- dedans mais enfin, je me sentais bien, décontracté et d'humeur gaie et engageante. Mes petits malheurs passés étaient oubliés et après tout, il y avait un million de francs à gagner, le plus dur était derrière, à quoi bon rechigner. J'eus tout de même l’appréhension du fauteuil. Heureusement, la pièce dans laquelle j'entrais n'en avait pas. Une simple chaise d'écolier était là, au milieu de la pièce. Pas d'écran, pas d'armoire d'où pendaient des tubes à perfuser, c'était à peu près rassurant. On me présenta l'hypnotiseur. Il m'expliqua comment allait se passer la séance. Dans mon voyage m'expliqua t-il - qui serait semblable à un rêve - se trouverait un livre. Les pages contiendraient en fait les instructions qu'il me donnerait au fur et à mesure. Ce livre était comme une porte entre lui et mon rêve afin qu'il puisse me guider jusqu'à l'achèvement du voyage. Lui aussi me confirma qu'il ne pouvait m'en dire plus. De nouveau j'essayais de m'asseoir confortablement sur le siège. J'eus, c'est vrai un peu de mal, mes fesses n'arrivaient pas à trouver la position idéale, ce qui commença à irriter l'hypnotiseur. Bon gré mal gré, je ne bougeais plus, malgré un léger dérangement sur la fesse gauche. Il commença à me parler, à faire quelques petits gestes bizarres et claqua dans ses doigts. Je me trouvais dans une sorte d'embarcation ressemblant grossièrement à un bateau. Une cabine avec un lit et une cuisine, au dehors un ponton. Quel drôle d’endroit, la grosse barque ne flottait pas vraiment sur de l’eau mais plutôt sur une surface sans vraiment de couleur d’odeur ni de substance, une sorte de magma virtuel. L'embarcation malgré tout voguait. Pour le ciel, pareil, on ne pouvait l'identifier à ce que l'on nomme couramment un ciel. Plutôt une sorte de réverbération vaporeuse. La lumière du dehors n'en était pas vraiment une non plus car il n'y avait rien à éclairer. Enfin, j'étais là partant à la dérive vers je ne sais quelle destination. Je n'avais d'ailleurs même plus le souvenir de ma venue dans ce monde d'hypnose. Je me trouvais simplement là, sans me poser de questions, comme si j'y avais toujours séjourné et comme si j'y séjournerai toujours. Je trouvais sur la table de l'habitacle un livre d'Allan Edgard Poe. Il s'agissait de l’aventure d'Artur Gordon Pim. Je me souvenais l'avoir lu en d'autres temps et d'autres lieux. Il était bien question du voyage marin d'un certain Gordon, mais avec quelques différences. Une mauvaise copie sûrement. L'air au dehors sifflait, je sortis de la cabine. Au large, à quelques milles devant, s'étendait une aurore boréale. Je restais là à contempler ce feu spectral. Les volutes de couleurs semblaient sortir de l'océan pour ensuite prendre forme dans le ciel. Quelle ne fut pas ma stupeur quand peu à peu les nuées prirent forme pour me donner un spectacle ahurissant. C'était des images déjà vues, qui me prenait les tripes jusqu'au plus profond de moi. Sous mes yeux, dans un panorama grand comme le lointain horizon passait les scènes ignominieuses d'images …de tueries sans fin, le spectacle assourdissant de l'humanité s'entre -déchirant et s'entre- tuant. Le ciel entier en était rempli, un kaléidoscope monstrueux de la folie meurtrière des hommes. Je partis m'enfouir dans les draps de mon lit et fermais les yeux en espérant que tout cela s’arrête. Mais au dehors, le spectacle faisait rage. En l'espace d'un moment je compris alors et en fût terrifié: je n'étais pas sur un bateau navigant sur l’eau, je voguais sur un océan, un océan de douleurs. Jusqu'alors, il se taisait, mais voilà qu'il se réveillait, qu'il chantait sa plainte et allait m'engloutir. Me boucher les oreilles avec des boules de coton n'y fit rien, l'odeur même de l'air était imprégnée de ce cauchemar. Les heures passèrent, peut être aussi longues que celles d'une nuit. Au matin, si je peux m'exprimer ainsi, l'océan s'était tu, il était juste là, présent, mais sans geindre. La seule distraction que je pus m'offrir consistait dans le livre posé sur la table. Je le parcourus. Mais l’imprimeur imbécile avait oublié d'en imprimer une bonne partie, l’essentiel n’y était pas. L'appréhension de la nuit à venir commençait de m'oppresser. Je ne pus évidemment y échapper et passais une nouvelle tranche d'heures d’épouvantes, cela semblait sans fin. Je naviguais ainsi des semaines entières, entre jour et nuit, dans une sorte de cauchemar halluciné. Je n'arrivais que peu à dormir. Je relisais continuellement ma pauvre lecture. Surprise -à chaque relecture du livre, d'autres pages imprimées venaient s'ajouter aux précédentes. Le dernier chapitre parlait d'une cité de lumière perdue au fin fond d'un océan. Il y était textuellement écrit le passage suivant: « l'océan a pour but et destination la cité de lumière ». Une cité de perfection d'où sortaient des chants angéliques. Il y était question d'immenses édifices de cristal tout illuminés, tellement grands, tellement hauts qu'ils touchaient presque le ciel. De petits oiseaux de métal qui devaient sûrement correspondre à de petits engins spatiaux ou voitures volantes circulaient dans ce paradis cristallin. Mon voyage n'en finissait pas de durer, avec mon océan qui toutes les nuits ne pouvait s'empêcher de chialer. Je lisais et relisais sans fin mon bout de lecture. La cité de lumières y était dessinée et expliquée avec beaucoup d'attention. Tout y était solide, transparent et proche de la perfection, pas d'océans pleurnicheurs, uniquement de la félicité et pour tout le monde. Je ne saurais dire maintenant combien de temps dura exactement le voyage, combien de jours, combien de mois ou peut être combien d'années. Un matin, alors que je me levais, quelle ne fut pas ma surprise d'apercevoir au loin une sorte d'ilot de lumière avec en son faîte une boule ressemblant vaguement à un dôme. Mes yeux restèrent rivés sur la forme qui au lointain se dessinait et des heures durant, je ne cessais d'observer l'ilot lumineux. Je m'en approchais progressivement. On ne pouvait s'y tromper, c'était bien une cité, faite d'immenses tours en matériaux translucides, toutes plus hautes et plus belles les une que les autres. En leur milieu, un immense dôme crevait le ciel. Des nuées de petites lumières dansaient entre ces piliers de cristal. Une lumière émanait de l’îlot, elle toute seule vous remplissait de félicité et de joie. C'est la lumière du bonheur que je me disais. Il n'y avait point d’équivoque, la cité de lumières annoncée par le livre s'étendait devant moi, majestueuse. Quelle magnificence, quel spectacle grandiose, je n'avais rien vu d'aussi beau de ma vie. Plus je m'en approchais plus j'en étais ébloui. Jamais auparavant je n’aurais pu croire qu'un tel spectacle de beauté puisse vraiment exister. Maintenant, j'en étais presque au pied. Les fameuses nuées de lumières étaient bien de petits engins spatiaux butinant d'un édifice à l'autre. Des bâtiments translucides émanait une lumière propre, ce qui leur donnait toute leur beauté. Et quel gigantisme, tout pouvait s'évaluer en dizaines de kilomètres, les tours, les passerelles, un joyau de cristal et de lumière perçant la voûte même des nuages. Il me semblait arriver à une sorte de port. Une statue se dressait là comme pour m'annoncer la bienvenue. Je l’observais, elle semblait me sourire. Instinctivement, je lui souris aussi. J'étais maintenant au pied même de la cité, elle me surplombait, remplissant l'espace où que puisse porter ma vue. Je tendis légèrement le bras, comme pour la saisir quand soudainement tout sembla s'évaporer. En quelques secondes, toute cette jolie cité devint floue, se dilata et s'évanouit comme un rêve. Un mirage que je me disais, la cité de lumières n'était qu'un vulgaire mirage dans cet océan glauque. Les tours de cristal, les effluves de lumières, tout semblait s'évanouir. Dans un premier temps l'espace sembla se dilater et se ramollir, puis, à la manière d'un cyclone, les masses vaporeuses se mirent à tourner sur elles- même, de plus en plus en plus vite. La lumière commença de virer au gris pour ensuite tourner au noir, il n'en émanait plus ni bonheur ni joie, seulement de la peur et de la terreur. Ma frêle embarcation commença de tanguer durement et une vague soudaine renversa tout. Je fus englouti en quelques instants dans cette gélatine ténébreuse, l'océan de douleur m'engloutissait. Le dernier souvenir fut l'étouffement, je me noyais, ma respiration bloquait et dans un dernier soubresaut j'essayais de respirer, mais il n'y avait plus d'air. Mes yeux s'ouvrirent grand d'un seul coup, en face de moi se tenait l'hypnotiseur et mon milliardaire. Ils me regardaient tous deux d'un grand sourire angélique, comme prêts à recevoir un nouvel évangile. Après quelques instants, Monsieur le président rompit le silence et me fît un « alors, c'était comment la cité de lumière ? » Encore sous le choc émotif de la suffocation, je toussais un grand coup .L'image de ma noyade me revint comme un flash et pris d'une terreur panique je me mis à hurler « on va tous mourir, on va tous mourir », je me débattais et tel un dément, continuait de hurler les mêmes propos. Passé leur moment de stupéfaction, les deux essayèrent vainement de me calmer, je ne voulais plus rien entendre, encore dans ma noyade. Monsieur le président était en larmes, « mon petit, mon petit, mais qu'est ce qui s'est passé ? » et moi encore et encore « on va tous mourir ». Je ne me défaisais pas de ma torpeur mais réussis à me calmer malgré tout. Je leur sommais l’ordre de me ramener chez moi. Eux, tout en cherchant à m'adoucir voulaient seulement savoir ce qui s'était passé. Une dernière fois Monsieur le président m'interrogea et une dernière fois je lui donnais la même réponse. Je ne pris même pas la peine de rentrer dans la voiture lingot, je traversais le parc à pieds, sorti de cette demeure de cauchemars, fis du stop et rentrais chez moi. Je retrouvais enfin mon petit appartement, quel bonheur. Je me déshabillais rapidement en jetant mes vêtements à terre et me hâtais d'aller me coucher, sans oublier de bien cadenasser la porte d'entrée. Au matin, évidemment, rien à manger. J'enfilai quelques habits et me hâtai vers la petite boulangerie du coin. En descendant l'escalier, je croisai le voisin du dessus. Il me regarda d'un drôle d'air. Les souvenirs de ces derniers jours me revinrent à l'esprit et je me dis qu'en effet je devais avoir une drôle de tête, celle d'un gars qui a la gestion d'un océan peu appétissant. Je continuai ma balade, les gens me regardaient bizarrement ou peut- être n’étais- je plus tout à fait le même, mon océan était là, trop pesant pour ma petite personne et il me faisait percevoir les gens différemment. Arrivé à la boulangerie je me dis que finalement, il n'y avait pas que moi à avoir tête bizarre, que tous les gens l'ont et qu’eux aussi ont la gestion de cet océan de douleurs. Finalement j'abrégeai ma balade, emportai ma baguette et me réfugiai chez moi. Je suis très bien tout seul finalement, moins je verrais de gens et moins je verrais d'horreurs que je me disais, ne pas les regarder quand je les croise, faire mine d’ignorer leur présence, leur faire de grands sourires et amabilités lorsque j'aurais à les rencontrer, histoire de l'oublier, ce foutu océan. On reste tous chez soi bien tranquillement, on n’a pas à se montrer les uns aux autres, chacun garde en lui son cauchemar. Un bon film à la télé qui me fasse rire tant qu'à faire et voilà, le tour est joué. Je me retrouvais quelques jours plus tard dans le bureau du PDG d'une compagnie locale. J'eus droit à un petit discours sur la responsabilité de ma nouvelle fonction, des conséquences qu'impliqueraient la qualité de mes actes, que ceci, que cela... Je crus un instant qu'il allait me faire le coup de la cité de lumière. Lui n’en était pas encore rendu là. |
J'aime la littérature,
j'aime lire, j'aime la lécture !
L'océan
de douleurs - la
chute de la maison Huchaire -
les rats - le
livre de Satan
Nouvelles du
paradis - L'homme
des cocotiers - la
machine à rêves - les
pieds noirs - la
fonction de métamorphose
littérature, lire est un plaisir, la lecture ... encore !