Cette page est dédiée
à la nouvelle littéraire intitulée " Soleil électronique".
Elle fait partie du recueil de nouvelles " Le pire des mondes: nouvelles
! "
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Extrait
de la nouvelle
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| La boule grise flottait là dans l’espace,
une sphère immense, grise et rayonnante. C’est le soleil électronique,
notre conscience universelle, le grand régulateur de toutes les émotions.
Il était là, à régner sur nos vies, tel un être tutélaire. Nous sommes tous reliés à lui, via un système digital-électromagnétique. Soleil électronique en langage émotionnel s’appelle « * », ou tout au moins, c’est par cette consonance que nous le connaissions. Par le biais de son rayonnement, il interfère sur nos consciences, et par voie de conséquence, aussi sur nos corps. Il faisait partie intégrante de nos jouissances, de nos souffrances, et peut aussi les filtrer, les modérer, les sublimer. La moindre de nos émotions lui est transmise, via les rayonnements électromagnétiques émis naturellement par le cerceau. Il est donc au courant de tout, de tous nos petits malheurs et tous nos petits bonheurs, de nos petites révoltes aussi. Celles-ci sont automatiquement punies, quand je dis « punies », il s’agit plutôt d’un redressement permettant la continuité et l’harmonie de l’ordre social. Cette punition se traduit par un sentiment aigu de culpabilité, accompagné de douleur physique et mentale, tout cela bien sûr, généré par « * ». Ces mêmes douleurs permettent au protagoniste de situer de façon perspicace la culpabilité, et celle-ci de nous faire renoncer au sentiment même de la révolte ou de la violence. |
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Soleil électronique "
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Soleil électronique
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| Les personnages: « i » : le narrateur et héros de la nouvelle « E » : Compagne de « i » « * » : Soleil électronique « O » : Les Schizos « X » : Individu de soleil électronique « ex-X » : Amie de « E » « Z » : Individu du jardin végétatif La boule grise flottait là dans l’espace, une sphère immense, grise et rayonnante. C’est le soleil électronique, notre conscience universelle, le grand régulateur de toutes les émotions. Il était là, à régner sur nos vies, tel un être tutélaire. Nous sommes tous reliés à lui, via un système digital-électromagnétique. Soleil électronique en langage émotionnel s’appelle « * », ou tout au moins, c’est par cette consonance que nous le connaissions. Par le biais de son rayonnement, il interfère sur nos consciences, et par voie de conséquence, aussi sur nos corps. Il faisait partie intégrante de nos jouissances, de nos souffrances, et peut aussi les filtrer, les modérer, les sublimer. La moindre de nos émotions lui est transmise, via les rayonnements électromagnétiques émis naturellement par le cerceau. Il est donc au courant de tout, de tous nos petits malheurs et tous nos petits bonheurs, de nos petites révoltes aussi. Celles-ci sont automatiquement punies, quand je dis « punies », il s’agit plutôt d’un redressement permettant la continuité et l’harmonie de l’ordre social. Cette punition se traduit par un sentiment aigu de culpabilité, accompagné de douleur physique et mentale, tout cela bien sûr, généré par « * ». Ces mêmes douleurs permettent au protagoniste de situer de façon perspicace la culpabilité, et celle-ci de nous faire renoncer au sentiment même de la révolte ou de la violence. Moi, je fais partie de ce qu’on appelle les Schizos. Nous sommes beaucoup dans ce cas, on ne représente pas la majorité, mais bien un dixième de la population totale. Pour des raisons mystérieuses, le contrôle de « * » ne peut s’opérer sur nous, une espèce de vice de forme dans le système, et tout sentiment néfaste à son égard ne se traduit pas par le fameux influx de culpabilité. Nous ne sommes pas soumis à la culpabilité, en revanche, et toujours de façon mystérieuse, nos corps et conscience sont le terrain d’un constant chaos, nous souffrons de troubles physiques et mentaux graves, une espèce de dichotomie permanente. Nos corps sont sujets à de forts tremblements en tout genre, tension musculaire qui mène jusqu’aux crampes, troubles de l’équilibre qui nous font trébucher de façon régulière, sans compter bien sûr les troubles mentaux, en bref, nous sommes des monstres. De là viennent nos surnoms de Schizos. Nos physiques et faces chaotiques nous rendent facilement identifiables auprès des autres, les gens normaux. Nous en sommes la bête noire, et faisons partie de la masse exclue de « * », bien que celui-ci ne veuille rien contre nous. En soit, « * » est incapable de bien ou de mal, il n’en a même pas le sentiment, « * » ne fait que calculer des solutions à des problèmes, et il propose toujours à la masse, c’est-à-dire à nous tous, la meilleure solution. Au sein de « * », toute violence est proscrite, celle-ci est automatiquement identifiée et régulée par le fameux influx de culpabilité, l’agresseur est automatiquement paralysé de façon émotionnelle, et se sens comme un idiot qui aurait fait une grosse bêtise, avec en plus la douleur pour l’éduquer, ce sont donc des comportements qu’on ne voit pratiquement plus. Il n’y a plus de violence dans « * », sauf dans le cas des Schizos, toujours et encore pour des raisons mystérieuses, toute violence pratiquée sur un Schizo n’est pas analysée comme une forme de violence en soit, et donc permise. Apparemment, nous n’avons plus, auprès de « * », de statut humain, il nous ignore, voire est incapable de nous reconnaitre, il ne nous voit même pas, nous n’existons pas dans son système, il nous identifie sûrement comme des animaux, ou des insectes, mais pas comme des personnes humaines. Pour cette raison, nous les Schizos, sommes régulièrement la cible des normaux, cela tourne trop souvent au règlement de compte, on chasse les Schizos comme on chasserait les rats, et c’est presque devenu un sport national que de « casser du Schizo ». Nous sommes physiquement plus faibles que les normaux, en minorité aussi, nous n’avons donc qu’à frôler les murs et prier pour qu’on nous ignore. Nous avons bien essayé de nous défendre, de monter une conspiration mais « * », bien qu’il ne puisse nous identifier, nous voir, a cependant l’intuition d’une source de désordre, et cela s’ensuit de façon automatique par la désintégration de notre complot via quelques sorties musclées des normaux. J’ai une petite copine, une Schizo elle aussi, on s’aime bien, ou tout au moins, on se comprend, peut être est-ce là la source de ce que je pourrais appeler notre sentiment amoureux. Comme tout bon Schizo qui se respecte, nous sommes des gens très bruyants, on parle fort, on s’exclame, on hurle parfois, voire même on se tape dessus, c’est un spectacle permanent, il faut le dire. Pour cette raison, nous sommes facilement identifiables, en fait, on nous appelle les Schizos, mais on aurait dû nous appeler les barbares. De surcroit, nous avons cette mauvaise manie, un peu dégoutante il faut le reconnaître, d’utiliser nos organes urinaires à d’autres fins que celle d’uriner, nous avons cette fâcheuse coutume d’avoir des relations sexuelles, ce qui inspire auprès des non-Schizos, les « X », un profond sentiment de dégoût. Il m’arrive parfois avec « E », ma copine, d’avoir des relations sexuelles dans la rue, et oui, cela nous prend, comme une envie de pisser il faut bien le dire, et donc, je me souviens qu’il y avait des « X » qui vagabondaient dans les parages, et bien, ils ont été pris de nausée, il y en a même un qui a lâché son dernier repas. Il faut bien reconnaitre que les « X » sont des gens bien éduqués, dans le monde des « X » , on ne se touche même pas, et il ne leur viendrait même pas à l’esprit de l'un caressant la main de l’autre, cela leur donne d’emblée un sentiment de répulsion, alors vous vous imaginez, une relation sexuelle, ces bouts de chair flétrie et gluante se rencontrant, c’est le summum de l’abject. Je les envie parfois ces « X », dans leur petite vie tranquille sans jamais aucune histoire, mais bon, il faut faire avec ce qu’on est. Ce jour-là avec « E », ma copine donc, nous nous promenions sur un quelconque boulevard, à semer de façon naturelle le chaos, nous nous exprimions fortement, à coup de rire et de claques sur les épaules. A « * », il n’y a pas grand-chose à faire, le seul divertissement possible est dans les centres de divertissement, nous fîmes donc le détour vers l’un d’eux. Dans un centre de divertissement, on s’assoit sur une chaise longue, on ferme les yeux, et on se laisse aller. Notre conscience alors s’accélère, via je ne sais quel phénomène propre au fameux centre, et alors commencent les rêves. Ce sont des rêves interactifs ou nos consciences peuvent influer sur le rêve lui-même. On a le choix entre plusieurs scénarios, et voilà, on fait des voyages. C’est très bien fait leur truc, car il y aussi dans les rêves un accélérateur émotionnel qui nous fait ressentir n’importe quelle émotion de façon très aigüe, c’est vraiment tripant. On peut rester là des heures, tous les deux, avec « E », le top des centres de divertissement, c’est que les rêves peuvent être partagés avec d’autres personnes, on peut faire des voyages communs, je peux par exemple m’immiscer dans le rêve de « E », et nous tripons ensemble. Si je pouvais, je ne ferais que cela, j’entrerais alors dans un rêve pour n’en plus jamais sortir. L’unique problème est que nous les Schizos, on nous appelle aussi les « X » nous sommes, comme je vous l’avais expliqué, très bruyants, lors de nos voyages, régulièrement, nous nous esclaffons, hurlons, notre réputation est donc très mauvaise, d’une manière générale, et en ce qui concerne les centres de divertissement, nous sommes tolérés, rien de plus, et nous n’avons droit qu’à des scénarios un peu bidons de type E, les plus pauvres et les plus ennuyeux qui soient. Après deux heures d’une bonne dose de rêve, ce jour-là une fois de plus nous avions été expulsés car « E » était entrée dans une crise de fou rire. Elle me racontait son rêve, et continuions d’en rire tous les deux, nous remontions la rue conduisant à nos demeures. Comme d’habitude, les gens, à notre vue, se détournaient, et en profitaient pour nous lancer quelques insultes ou quelques cailloux quand l’un deux se présentait. Mais cette fois-ci, ce fut le comble, l’un des énergumènes avait lancé une bouteille sur « E », elle avait la tête en sang. Le projectile lui avait rompu l’arcade sourcilière, et elle pissait le sang. Je me sentais pris de révolte, et d’impuissance aussi, je déchirais ce qui me servait de vêtement pour l’essuyer et faire un garrot, et avec mille précautions, je la ramenais chez elle. « E », pour me réconforter et me rassurer m’expliqua que tout allait très bien, nous rentrâmes cahincaha, je lui tirais quelques bonnes blagues histoire de détendre l’atmosphère, mais intérieurement, je bouillais. « E » était chez elle, je pris donc le chemin du retour. Au rythme de mes pas, mes pensées elles aussi s’articulaient, elles prenaient une forme venimeuse. Cette colère créait une dichotomie complète dans mon corps, il tremblait de tous ses membres c’est le cas de le dire, cela me donnait aussi d’horribles angoisses et douleurs de crânes. Cet état de fait ne faisait que me mettre encore plus en colère, ce qui augmentait de surcroit les tremblements et maux de tête. J’entrais dans ce qu’on appelait une embolie schizophrénique. La douleur était maintenant intenable, j’allais à la fenêtre et commençait à insulter « * », je le maudissais devant tous les badauds qui trainaient là dans la rue. Je continuais ma liturgie d’insultes, en prenant aussi à parti les « X », en les interpelant comme les suppos de « * », qu’ils devaient tous crever ces « * » et « X ». Ceux-ci étaient terrifiés, complètement apeurés, ce type de révolte était très peu commun. La réponse ne se fit pas attendre, les fameux badauds s’armèrent de tout ce qu’ils pouvaient trouver sous la main (bâton, pierre, bouteille) et se ruèrent devant la porte qui menait à mon appartement. Ils étaient comme pris de folie, mes prédications les avaient vraiment énervés, ils rompirent la porte, gravirent l’escalier, rompirent de nouveau la porte de mon appartement et … Ils se ruèrent sur moi, trois d’entre eux tentèrent de m’attraper histoire de commencer la bastonnade, je faisais du mieux que je pouvais pour me libérer, mais en vain, deux d’entre eux maintenant me tenaient par les bras, bloqués en clé, et les autres en profitaient pour me rompre à coup de poing. Cela les faisait beaucoup rire, et après quelques minutes de cet odieux spectacle, ils me laissèrent à terre, contents d’eux. Ils étaient sur le point de s’en aller, quand l’un d’eux eut la bonne idée de me finir : « on va l’émasculer ce dégelasse, je ne les supporte pas ces Schizos avec leur cochonnerie de baiserie », et de nouveau ils s’approchèrent de moi, cette fois pour finir le travail. J’eu, en l’espace d’un instant, la vision de l’acte final, cela me fît me lever d’un bon, me précipiter vers la cuisine et m’armer d’un couteau. « Regardez les gars, le Schizo s’énerve, tu vas voir de qu’on on va te faire, dégénéré ». Je n’avais jamais fait usage d’un couteau autrement que pour la cuisine, et quand ils se ruèrent sur moi, je tendis le bras, le couteau entra dans le ventre du plus proche. Ils restèrent là, stupéfaits, comme se réveillant d’un mauvais rêve, cet acte pouvant mener à la mort les avait pétrifiés, ils reculèrent, emportèrent le blessé avec eux et disparurent. J’avais du mal à contrôler ma respiration et j'haletais, chose étrange, toutes mes douleurs avaient disparu, que ce soient mes maux de têtes ou les crispations, il me restait seulement les blessures et les hématomes, nombreux. J’allais dans ma chambre, me laissais tomber sur le lit et tomber en pleine inconscience. Quand je rouvris les yeux, « E », était là, à m’humecter le visage à l’aide d’une serviette mouillée, elle en profita aussi pour nettoyer le sang qui maintenant formait des croutes. Je ne savais pas combien de temps avait duré mon inconscience, tout mon corps gémissait et je ne pouvais même pas compter me relever, les blessures étaient sérieuses. Je ne savais combien de coups j’avais reçus, mais ils m’avaient vraiment cassé, chance encore que je sois vivant. Je fus alité plusieurs semaines, peu à peu la santé et la bonne humeur reprenaient le dessus, je pouvais enfin me lever, de nouveau marcher, faire quelques assouplissements, abdos, le corps retrouvait sa forme normale. Chose surprenante, ce même corps n’était plus soumis à la fameuse dichotomie propre aux Schizos, plus de tremblements, plus de crampes ni de crispations nerveuses, j’avais l’apparence d’un « X », avec la bonne humeur et tous mes sentiments de Schizo. La violence de la raclée que j’avais reçue, m’avait apparemment coupé définitivement de l’influence de « * ». Quelques mois plus tard, alors que j’avais vraiment repris du poil de la bête, j’en profitais pour faire une sortie dans un centre de divertissement. Dans la rue, notre couple portait vraiment à confusion, n’étant plus deux Schizos, mais un Schizo et un « X », en apparence tout au moins, cela interpelait les passants, ils nous regardaient, sceptiques, tel on regarderait un couple d’extraterrestres, ou une beauté de je ne sais quel autre monde, toujours est-il, notre vue interloquait. Les passants ne s’écartaient pas à notre passage, mais nous regardaient, nous scrutaient, ce spectacle les mettait dans une sorte de situation d’incompréhension. Je trouvais dans cette mascarade une sorte de gaieté, J’en riais avec « E » à gorge déployée, cette petite ballade prenait une tournure des plus agréables, et me rafraichissait de ces mois d’alitement à ne rien faire. Nous entrâmes dans le centre de divertissement, nous installâmes sur les chaises longues pour commencer un rêve. Chose étrange, dès que je fermais les yeux, je ne ressentais rien, les bulles du rêve ne faisaient pas effervescence, et j’étais là, comme un idiot, ma conscience ne reflétait que moi-même, comme une boîte vide, avec rien à voir, rien à prendre. Je donnais une tape à Eve. « De quoi ? » me dit-elle, laisse-moi rêver tranquillement. Je ne voulais pas la déranger dans son trip, et restait donc là allongée, les yeux fermés, à scruter … rien. Ma conscience était noire comme une nuit sans étoile et sans « * », un noir complet, opaque et glauque. Je pris peur et rouvrit les yeux, les lumières du centre de divertissement étaient là pour me rassurer. Je restais donc là allongé, de peur de fermer les yeux. Au bout de deux heures, j’enfonçais à « E » un doigt entre les cotes, histoire de lui faire comprendre que … quoi au fait. Elle maugréa, et je dus encore attendre deux heures de plus que cette demoiselle daigne sortir de sa léthargie. Nous regagnâmes nos logis, avec dans la rue, toujours cette stupéfaction des badauds, qui nous regardaient comme des bêtes curieuses. Cela nous fit beaucoup rire de nouveau, la bonne humeur était de mise, et nous nous quittâmes satisfaits. J’étais dans mon appartement. J’en profitais pour me laver, puis pour m’installer sur mon lit et me préparer à dormir. Depuis ces dernières semaines, quand je fermais les yeux avant le sommeil, ma conscience était le terrain de rêveries, telles des vagues qui m’emportaient. Normalement, cette activité n’avait lieu que dans les centres de divertissements, là, l’effervescence avait lieu toute seule. Au début, j’étais un peu effrayé de ces jaillissements et voyages intemporels, beaucoup plus beaux que ceux auxquels j’avais droit dans les centres. En temps que Schizos, nous n’avons droit dans les centres qu’à des rêves plus que médiocres, espèces de scènes répétitives et sans histoires, avec toujours plus ou moins le même scénario, pour blaguer, je dirais qu’il s’agit d’un mauvais remix du mythe de Sisyphe, ou les personnes, dans leur mortel ennui n’ont rien à dire ni à prétendre, juste à rouler la pierre de leur ennui, et cela dans un scénario encore plus ennuyeux. Les rêves qui me venaient ces dernières nuits étaient remplis de couleurs, d’action et surtout d’aventure, j’y découvrais des mondes que je n’aurais jamais soupçonnés, et cela ne faisait qu’aiguiller ma réalité présente. Cependant, j’avais d’autres choses à penser, demain était un grand jour, il s’agissait du show annuel du grand créateur, et pour rien au monde, je ne voulais manquer un tel évènement. Pour plus d’explications sur ce spectacle méga-gigantesque, il faut d’abord que je vous donne plus d’informations sur les centres de divertissements. Les normaux, les « X » donc, à contrario de nous les schizos, ont accès, dans les centres de divertissement, à beaucoup plus de possibilités que nous. Les Schizos n’ont droit qu’à des rêves de première génération, à des scénarios ennuyeux donc. Il faut aussi que je vous explique que ces rêves sont interactifs … quand vous êtes dedans, il est possible d’influer sur le rêve lui-même et lui donner forme. Ces voyages peuvent aussi être enregistrés et comparés à d’autres, celui qui propose le meilleur trip augmente son potentiel social, il monte d'un cran. Et oui, la hiérarchie sociale est en corrélation avec la faculté de rêver, plus les rêves sont sophistiqués, mieux ils sont considérés, et plus les statuts sociaux du rêveur croissent. D’ailleurs, les « X » n’ont que ça à faire que d’aller dans les centres de divertissements et de rêver, ils passent donc leur journée allongés sur des chaises longues à faire des bulles. Le centre de divertissement est en quelque sorte un accélérateur de la conscience, en entrant dans un de ces bâtiments, et je ne sais par quel miracle, la conscience commence à s’agiter et à entrer en ébullition. Les « X » passent donc tout leur temps entre ces fameux centres et leur maison. Ces dernières, reflet du rang social, correspondent donc aux propensions de chacun à triper. Les normaux parlent peu, ou pas, ils vont de l’un à l’autre, à savoir les centre de divertissement et la maison. C’est surement pour cette raison qu’ils sont un peu ... D’ailleurs à ce titre, j’ai ma petite théorie : Si les « X » terminent tous au jardin végétatif, et bien c’est parce qu’ils … comment dirais-je, et bien oui, parce qu’ils …enfin vous comprenez. Toujours est-il que très jeune, les « X » commencent à perdre toute vitalité, ils s’éteignent peu à peu, ils s’en vont alors à pas de tortue jusqu’au jardin végétatif, et restent là comme des arbres plantés dans la terre jusqu’à se laisser mourir. Chaque fois que je passe devant un de ces jardin, cela me fout la flip, à voir tous ces gens là, plantés comme des légumes, sans bouger, raides comme des carottes, c’est vraiment un spectacle cauchemardesque. Heureusement nous les schizos, on ne souffre pas de ce drôle de mal, les jardins végétatifs, c’est pour les « X ». Rien que d’en parler, je sens comme un malaise, je n’ai pas spécialement d’atomes crochus pour les « X », mais finir comme ça, c’est peinant, surtout que c’est leur fin inéluctable à tous, et parfois cela les prend très jeunes, mais bon, on ne va pas s’attarder sur le sujet. Pour en revenir à notre sujet, les normaux ne s’expriment que quand ils ont à nous foutre sur la gueule, c’est à peu près les seules fois où on les voit pétiller, s’émouvoir ; une fois qu’ils se sont défoulés, ils retournent à leur obsession solitaire. Mais je digresse encore, nous en étions à parler du show du grand créateur : tous les ans, un immense spectacle est organisé, c’est à qui sera le meilleur créateur, c'est-à-dire, celui qui fera le rêve le plus émouvant. Les champions des champions du domaine se confrontent, c’est un trip qui va être partagé par des milliards d’individus, vous vous imaginez cela ! Quand je vais avec « E » dans un centre de divertissement, on est deux, voire trois à se taper un bon rêve, mais pas des milliards. C’est vraiment géant, on est alors tous connectés, allongés sur nos chaises longues et on décolle. Nous avons de vrais champions il faut le dire, ce sont des rêveurs de choc, je sais pas comment ils font pour nous emmener dans de tels voyages et gérer tout se foutoir de milliards d’individus. Il faut en profiter de ce méga-show, c’est le seul rassemblement humain de l’année, où on est tous ensemble, les frères humains, qu’on soit Schizo, « X » ou « Z ». Ah, j’avais oublié de vous dire, les « Z » ce sont les végétaux, ceux qui sont tombés tout en bas de l’échelle de l’alphabet social. Chaque année, nous avons donc un super champion, un super créateur, c’est plus qu’une idole, c’est le dieu de l’année. Le voyage qui aura fait de lui le gagnant sera alors mixé et remixé dans tous les centres de divertissement, jusqu’au nouveau gagnant de l’année suivante. Vivement donc le prochain vainqueur, pour que nous puissions jouir. Je dis « nous » pour arrondir les angles, car les Schizo n’ont pas droit à la version intégrale, mais bon, on fera comme si. Cette méga-fête vaut donc bien la peine, tout ce monde, là, mêlé. Il ne faut pas sans dire que lors de cet événement, nous les schizos, on passe du bon temps, c’est le seul moment de l’année ou nos petites folies sont tolérées. Lors du voyage, on peut hurler, se taper dessus. En effet, nous réagissons fortement à ce type de trip, et souvent on aurait tendance à décoller un peu trop haut et à nous écraser lors de l’atterrissage. Quelle fête mes amis, rien que d’y penser, j’en ai le corps qui tremble et des vertiges me prennent. J’étais avec « E » sur le boulevard principal de « * », les gens arrivaient, tels de petits ruisseaux, et cela formait un immense fleuve qui coulait jusqu’à la place centrale où devait se dérouler le show. Cela me faisait un peu penser aux temps antiques, avec les gladiateurs dans leur arène, et les spectateurs à hurler pour voir en « live » les mises à morts. Là, c’était plus sobre, des milliards de chaises longues ; le sang, il coulerait au gré des fantaisies des créateurs, pas sur le beau marbre sur lequel nous reposions. Des chaises longues à perte de vue, et tout notre petit monde commençait à s’installer. J’étais à coté de « E » et la tenais par la main, dans ce moment, je me sentais uni à elle, uni d’une manière générale à tout ce qui m’entourait, les « X », « * », même les « Z » dans leur jardin végétatif, à qui j’offrais une pensée. Comme toujours lors de ce grand show, il devait y avoir une dizaine de concurrents, les meilleurs des créateurs, nous allions pouvoir siroter avec plaisir du voyage à gogo. Le spectacle était sur le point de commencer, je fermais lentement les yeux, et me concentrait sur les images qui allaient apparaitre sur l’écran de ma conscience. Je m’attendais déjà à planer, mais rien. Dans mon grand désappointement, je devais accepter que j’étais définitivement exclu de « * ». J’en avais la rage au cœur, furieux, je me levai, quittai ma chaise longue et je partis vagabonder je ne sais où. J’avais vraiment l’air d’un idiot, là au milieu de cette marée humaine allongée, je me faisais l’impression d’une asperge plantée au milieu d’un désert. Le show allait durer jusqu’au matin, le temps allait donc être long, et je n’avais aucune envie de rentrer à la maison. Je continuais donc ma déambulation, et parcourais des kilomètres et des kilomètres au milieu de ce tas de chaises et de gens. Je les voyais tous, le visage déformé par l’émotion, ils devaient sûrement avoir de bons trips. Après des heures de marche, j’arrivai devant un espèce de bâtiment en forme d’œuf, par curiosité j’y entrai. Il s’agissait du palais des créateurs, là ou étaient rassemblés les dix héros du jour, afin de donner au peuple sa dose de création. Ils étaient là, les dix, eux aussi assis sur des chaises longues, inertes, à donner leur jus. Je m’approchai d’eux, tournai autour de chacun d’eux, et réalisai que le champion du jour serait l’un d’eux. Ils étaient communs, c’était des « X » on ne peut plus communs, comme on en voit tant d’autres dans les faubourgs de « * ». Pour être sûr que cela n’était pas un rêve, je m’approchai de l’un d’eux, je penchai mon visage sur le sien à tel point que je pouvais sentir sa respiration. L’envie me pris de lui pincer le nez histoire de l’étouffer, vous vous imaginez, le méga-voyage de milliards de gens interrompu par un pincement de nez, j’osais à peine m’imaginer les conséquences. Mais bon, bien que l’envie ne me manquait pas, je m’abstenais de cette friponnerie et repris le chemin du retour. Quelle déception, le jour du grand créateur devait finir comme les autres, j’étais plus que déçu, je plongeai sur mon lit et m’endormis. Le jour pointait, nous avions un nouveau champion, un nouveau grand créateur, mais cela me laissait froid, ne pouvant dorénavant participer à ce type de festivité. Ces derniers temps, mon activité sexuelle s’était développée, les envies me venaient à répétition, cela me prenait n’importe quand, n’importe où, au point que même « E » se sentait gênée par tant d’exubérance, je la grimpais à tout moment, avec chaque fois les « X s» à nous scruter de leur regards torve et dégoutés, c’était plus fort que moi, je ne pouvais m’en empêcher. Cela me répugnait un peu, mais après tout, je n’étais qu’un schizo, même si je n’en avais plus l’air. Nous passions avec « E » des jours heureux. Elle se rendit compte de mon changement, à savoir que physiquement et mentalement, je n’étais plus un Schizo, même si j’en avais gardé le caractère. Pour moi, il n’y avait rien de changé, même si « E », de temps en temps, se prenait de jalousie pour une de ces belles « X ». Ces dernières commençaient à faire les coquettes et à me tourner autour. Je n’étais pas habitué à ces belles femmes qui ne tremblaient pas de la tête aux pieds, qui n’avaient pas de rictus ridicule ou de tique nerveux des plus disgracieux. Ma nouvelle peau me donnait beaucoup de plaisir et de satisfaction, même si cela courrouçait « E ». De fil en aiguille, je fus amené bientôt à rencontrer une des « X ». Nous nous fréquentâmes souvent, comme de bien entendu dans les centres de divertissement, histoire de passer un moment ensemble. Nous prenions alors chacun un rêve différent, je ne pouvais avouer à cette belle Julie que j’étais sec de toute effervescence et que les centres de divertissement ne me produisait plus d’effet. J’étais donc à chaque fois avec elle, sur les fameuses chaises, à attendre qu’elle ait bien fini son trip. Souvent, je perdais patience, lui étreignait le bras et la priait de bien vouloir prendre un raccourci vers la sortie, mais à chaque fois, elle retombait dans sa léthargie. Ce jour là, j’étais à mon comble, cela faisait maintenant trois heures que j’attendais, et toujours la même végétation de trépignement, je lui pinçai fortement la joue. Elle sortit de sa stupeur en sursaut, et me regarda intensément. Une lumière de colère lui fit briller les yeux, mais aussitôt, elle fût prise de douleur et ses mains commencèrent à trembler, toute confuse, elle me fit ses excuses. Quelle charmante créature, quel mouvement émotionnel touchant, bien qu’il soit dicté par « * », je la pris par la main en gravant bien dans ma mémoire les détails de ce petit incident, qui bien qu’apparemment anodin, était lourd de conséquences, et me laissait la porte ouverte à bien des évènements heureux. Je raccompagnais ma Julie chez elle, mes fameuses envies sexuelles recommençaient à me démanger, et mon regard torche dériva vers les formes délicieuses de ma compagne. Après un quart d’heure de marche, je n’en pouvais plus et lui avouait ma torture, le désir qu’elle me provoquait, et cette envie furieuse que j’avais de lui retirer ses vêtements. Encore une fois, elle fût prise de stupeur, ses yeux s’écarquillèrent, et une affreuse pâleur lui assombrit le visage. « mais tu es fou » me lança-t-elle comme prise de fureur. « Oui, fou de toi » lui répondis-je. Cela n’avait vraiment pas l’air de l’intéresser ni de l’émouvoir, et de surcroit, elle fût prise de nausée. Nous les schizos, on est mal dégrossis, et nos réactions sont souvent brusques pour ne pas dire brutales, de dépit, je la poussai, elle tomba à terre, avec encore cette vague fureur dans le regard, suivie encore une fois d’une crise de douleur et de crispation qui la rendait hideuse. Mais une fois de plus encore, après avoir repris ses esprits, elle me fît ses excuses et me prit par le bras comme si rien ne s’était passé, et nous prîmes le chemin du retour. En bref, une journée classique, à ne pas faire grand chose, ma compagne « X » qui était rentrée chez elle, et moi, dans mon appartement. Il ne me restait plus qu'à aller me coucher … pour recommencer demain une nouvelle même journée. Depuis le fameux accident de la bagarre avec les « X », une allégresse me remplissait et occupait ma conscience. Mon plaisir était de déambuler dans « * », de passer d'un faubourg à l'autre, d'aller voir un copain, une connaissance. Ces derniers jours, j'ai repéré en face de chez moi une espèce de vieil homme. Je dis « une espèce » car les personnes âgées n'existent plus, au delà de la quarantaine, en général, on les retrouve dans un parc végétatif. Celui-ci non, je le vois, là, assis sur un banc, faisant mine de rien. Son visage est beau, avec sa barbe blanche coupée de près. Sa présence me surprend un peu, je ne dirais pas qu'il m'épie, mais bon, ce personnage atypique, là, tous les jours, assis sur ce même banc, juste en face de chez moi, je ne sais trop quoi en penser. Ce matin là, j'en profite pour le saluer. Il me répond aimablement, s'il avait eu un chapeau, il l'aurait sûrement déployé, tant son attitude était aimable. Je continuais alors mon chemin, et allait visiter ma « X ». Ce jour là, elle était accompagnée d'amies, elles me reçurent toutes avec un vif intérêt, je me faisais l'impression d'une bête curieuse. Les conversations allaient bon train, et je les voyais me lorgner du coin de l'œil dès que ma compagne était occupée à d'autres papotages. Ma présence semblait telle à un aimant, je les attirais, et elles avaient du mal à cacher ce sentiment. Dans ce cas de figure, et afin de faire monter la sauce, je me retirais pour un quelconque prétexte, en leur promettant à toutes de revenir bientôt. Cela me laissait le temps de retourner à mes faubourgs. Quelle ne fut pas ma surprise, à mon arrivée à la maison, de rencontrer toute la bande d'amies. Elles me contèrent bien sûr qu'elles étaient là par hasard, ce que je fis mine de croire. Il fait dire ce qui est, je les perturbais, un peu comme des jeunes filles qui verraient un homme nu pour la première fois, un mélange d'attirance et de répulsion, le tout créant une perpétuelle confusion dans les émotions, qu'elles avaient vraiment du mal à contenir, cela les rendait simplettes et touchantes à la fois. Mais je n'avais que faire de cette ribambelle de « X », et une fois de plus, je trouvai un prétexte pour m'échapper de la troupe. Ces petites aventures me faisait beaucoup rire intérieurement et je me demandais bien comment cela allait terminer. J'en profitais pour rencontrer « E » , avec qui, sans comparaison, je me sentais plus à l'aise, et avec qui je pouvais rire, divaguer, être grotesque si je le voulais, être moi-même en somme. Ces jours heureux que je traversais semblaient être contagieux. Nos ballades avec « E » s'éternisaient, nous nous promenions, uniquement pour le plaisir d'être ensemble, parce que c'était elle, parce que c'était moi. Je faisais le nécessaire pour la dévier des centres de divertissement, ce qui m'intéressait, c'était d'user mes chaussures avec « E » et non pas de la regarder pendant des heures à se faire ses trips. Nous décidâmes de terminer la soirée dans mon appartement, histoire de ... Zut, j'avais oublié ma bande d'admiratrice qui feignaient encore de passer là pour je ne sais quelle raison. Je les saluai maladroitement, elles me répondirent par quelques amabilités suggestives, auxquelles la réponse de « E » fut immédiate. « Qu'est-ce ce qu'elle veulent les pétasses ? » Ca y est, j'étais dans le pétrin, connaissant « E », nous allions avoir droit à une esclandre d'ici peu, de plus, « E » étant une Schizo, le filtre de « * » ne pouvait s'opérer, et nos chères « X » allaient sûrement jouir de pouvoir lui coller une rouste. Mes prédictions allaient plus vite que mes pensées elles-mêmes, et il fallut une poignée de secondes avant qu'elles ne s'attrapent le chignon, et se le crêpent en toute impudeur. Je dus m'interposer, mettre quelques gifles à « E » pour la calmer et gronder impétueusement nos « X » qui immédiatement se confondirent dans un flot d'excuses. Quel spectacle, tout le monde se sépara, honteux et confus ... sauf « E », qui, en femme jalouse et fière d'elle, pris le chemin de sa maison, tout en me lançant un flot de délicates paroles. Nous nous séparâmes donc, les uns allant d'un coté, les autres dans le sens inverse. Je restais là, au milieu, planté comme un idiot. Encore une fois, juste en face de moi, se trouvait le vieil homme, toujours assis et impassible. Un peu brusquement, je lui demandai ce qu'il me voulait. En tout réponse, j'eus droit à un sourire, ce qui me déconcerta. Je n'osai lui reposer la question, de peur de l'offenser. J'aurais voulu qu'il me parle, me donne une explication, mais rien, il restait là passivement à me regarder, avec son beau sourire au coin de la bouche. Ce pugilat m'avait un peu mis sur les nerfs, et la perspective de la retrouver avec cet inconnu sans rien à dire, posé dans son silence, me rendait encore plus nerveux, je fis demi-tour et rentrait dans mon appartement. Là, allongé sur mon lit, je regardais les évènements des derniers jours. D'une certaine manière, le pétillement de toutes ces petites aventures me motivait, mais aussi, me tourmentait. Enfin, après des heures à tergiverser avec moi-même, je fermais les yeux pour tomber dans le sommeil. Dans cet espace ou la conscience est encore présente, mais déjà plongée dans les rêves, m'apparut le vieil homme. Toujours le même, avec sa tenue impeccable, ainsi que son éternel sourire. Dans ce demi rêve, nous étions trois, « E », moi-même et notre sage à barbe blanche. Nous étions dans des paysages que je ne reconnaissais pas. « * » est une immense ville, avec des maisons, des tours, des faubourgs, il n'y a que cela, à perte de vue. Là, il s'agissait de paysages naturels et vierges, cascades de verdures, de monts et vallées, avec en bas de chacune d'elles, une petite rivière, et surtout avec aucunes traces du travail de l'homme. Toujours dans ce rêve, nous étions là avec « E », chacun dans un espèce de caisson en verre, allongé et dormant paisiblement, et le vieil homme assis sur une chaise, à nous regarder de son œil attentif, comme à veiller sur nous. Peu à peu je m'enfonçais dans le sommeil, et mon rêve se dissipa, ou la conscience que j'en avais tout au moins. Une nouvelle journée commençait, je déjeunais tout en pensant aux prochaines activités qui m'attendaient. J'étais momentanément grillé avec « E », idem pour mes « X », la journée s'annonçait ennuyeuse. Mais bon, cela n'entravait pas ma bonne humeur, et c'est d'un pas de conquérant que je sortis de chez moi. Les surprises n'en finissaient définitivement plus, un groupe de « X », mais pas de femme cette fois, d'hommes, m'attendait là devant la porte. Ils me firent savoir qu'ils faisaient parti de l'organisation annuelle du spectacle du grand créateur, et qu'ils recherchaient pour le prochain show de nouveaux talents, de nouveaux champions. Apparemment, l'une de mes « X » admiratrice leur avait parlé de moi, histoire j'imagine d'entretenir la relation avec elle, et ces nigauds étaient tombés dans le panneau. Je leur répondis aimablement que je n'avais aucune prétention ni aucun talent, et qu'ils feraient mieux d'aller chercher ailleurs. Mais non, ils insistèrent, et demandèrent à ce que cela puisse se passer dans leur auditoire d'enregistrement, histoire de voir ce que valait mes rêves. Je ne savais quoi répondre, sachant que j'avais toute conscience que n'étant plus connecté à « * », le, résultat s'avèrerait sûrement imprévisible, voire catastrophique. Je leur promis qu'au plus tôt je passerais à leur auditoire. Nous nous quittâmes, content de me séparer d'eux. « E » m'en voulait de côtoyer des « X », et comme qui dirait, elle me faisait la gueule, nos sorties devraient donc se limiter … sans sa présence. Les « X » seraient donc les proies de mon divertissement. Cependant, avec ces dames, on ne sortait pas du cadre « jeu de la séduction », et ce type de relation d'adolescent un peu attardé me lassait vite. J'occupais donc mes journées à user mes chaussures, et à faire quelques apparitions avec mes « X ». Ce petit train-train dura ainsi pratiquement un mois, jusqu'à ce que « E » refasse apparition. Cette petite coupure lui avait redonné du tonus, et de nouveau elle me désirait sans avoir à me reprocher éternellement de ne pas lui appartenir complètement. Et le bateau repartit, à voguer entre « E » et quelques rencontres furtives avec les « X ». Cette double vie se révéla charmante, quand je m'ennuyais d'une, j'allais vers les autres, mais j'étais bien conscient que ce petit jeu pouvait éclater à tout moment, si l'une des parties devait se trouver en face de l'autre. Cela faisait cependant partie de l'aventure, et j'en assumais les risques et conséquences. Un jour, je comptais à « E » l'invitation que m'avait présenté des « X », pour participer aux éliminatoires du grand show. Cela l'intriguait, et la curiosité envers les « X » la poussa à ce que j'accepte le défi. Quelques jours plus tard d'ailleurs, ces mêmes « X », faute d'avoir accédé à leur requête, étaient revenus me solliciter, mais cette fois, pour une petite partie qu'ils organisaient. « E » en fut ravie, et fit le nécessaire afin que j'accomplisse cette petite fête en bonne et due forme. Bien sur, elle ne pourrait pas venir, les « O » ne sauraient être acceptés dans leur divertissement. Je me retrouvais donc devant le perron d'une belle demeure. Le piaillement des conversations sortaient jusqu'au dehors. Je n'étais pas habitué à ce type d'évènements, et une certaine crainte me rendait un peu fébrile. Enfin, j'entrais. On me présenta aux uns et aux autres, bu beaucoup de boisson, et au final, me retrouvai non pas avec deux ou trois « X » de sexe féminin, mais une dizaine. Toutes ces femelles étaient là comme à renifler un bon mâle. On en restait toujours à des appréciations d'adolescent, et j'acceptais de jouer le rôle de coq. Mes poules gloussaient, riaient pour un oui ou pour un non, s'esclaffaient fortement, se trémoussaient, tant et si bien que bientôt notre petit groupe commença à attirer l'attention. Les bulles de champagne aidant, vinrent d'autres coqs pour me défier. Le jeu prenait vraiment une tournure comique. Dès que l'un d'eux commençait à me piquer la crête, verbalement j'entends, je lui répondais aussitôt par un autre coup de bec, tout cela répandait un petit air de combat, et toute notre société en profitait gaiement. Les combats de coq étant bannit depuis … des siècles déjà, cette résurgence vivifiait notre petit monde, et l'enthousiasme qui en résultait donnait à la fête des couleurs inattendues. Au final, chacun était ravi, et on insista vivement à ce que je réitère mes venues pour d'autres moments de décontraction, et choses plus importantes encore, que je participe aux fameux éliminatoires. De nouveau, une ribambelle de belles « X » étaient là, prêtes à ce que je leur donne toute mon attention. Je comptais à « X » ma petite mésaventure, ne lui faisant part bien sûr de ce qui m'arrangeais. Ce méli-mélo entre « X » , et non « X » , à savoir moi-même, semblait motiver « E », voire même de lui donner de l'inspiration, elle devint avec moi plus câline, plus jalouse encore. Ce pas de danse avec un pas en avant, un pas en arrière l'émoussait, le fait de me mettre dans les bras d'une « X », puis de m'en retirer, avait l'air de l'enchanter, cela lui remuait le sang, et je ne pouvais que récolter les fruits savoureux de cette petite passion. Il faut avouer que dans « * » , et sans être vulgaire, on se fait « chier », notre soleil électronique est là, en permanence, à nous donner sa chaleur. C'est pire encore qu'un soleil tropical. Au final, ce jeu de la paix et de l'harmonie sociale, on en est tous un peu éthérés, on fait de l'anémie mentale, on est là, sans force et sans énergie, comme accablé par cette chaleur. Ce qui en ressort, c'est un espèce d'ennui permanent, nous sommes cuits dans la marmite, sans chance d'en sortir. Je comprends maintenant pourquoi les « X » finissent tous comme des végétaux, dans le bouillon. Je comprends aussi que cette petite spirale passionnelle, avec pour appui « E » et les « X » donnait un peu de tourment à tout le monde, et donc aussi beaucoup de félicité, enfin on sortait de l'ennui. Ni les uns ni les autres ne seraient prêts à perdre ce piment salvateur. Mon unique rôle était d'orchestrer ce petit chaos, histoire de donner du mouvement à la symphonie, le but du jeu étant donc de faire monter les enchères, en évitant évidemment le clash, qui sonnerait alors le glas à toute cette effervescence. Je fréquentais donc les unes, les autres, ma « O » et mes « X », jurant fidélité à qui aurait besoin de l'entendre, et laissant toujours une marge d'incertitude dans mes propos de manière à ce que chacun puisse imaginer ce qu'il veut. Il fait bien l'avouer, ce genre de divertissement bête ne dure jamais longtemps, et la chute, en général, n'est jamais très glorieuse. Inéluctablement, je me retrouverais un jour face à un triangle à trois pointes, gare à ne pas se faire piquer, il est inutile alors de raconter de nouveau les sempiternels jets de venin, les crêpages de chignons, etc. Cependant, cette fois-ci, je fus mis au pied du mur. Au milieu de la mêlée, qui est donc arrivée plus vite que je ne l'attendais, je dus prendre parti pour « E » ou pour ma « X ». « E » représentait ma jeunesse, mon histoire, mon sang si je puis dire, je ne pouvais donc pas la trahir. Le triangle se referma donc sur ma « X ». Au milieu des gifles de « E » qui mettait la « X » dans toute sa fureur, et aussi de mes reproches auxquels « X » ne pouvait répondre que par des excuses, il sembla soudain que l'esprit de notre bonne « X » vacilla et se scinda en deux. Elle tomba à terre, à genou, pleurant toutes les larmes de ses yeux, des tremblements lui parcourait le corps, et son visage fut pris de rictus ridicules. Je me rendais compte avec stupeur que ma « X » était en train de se transformer en Schizo. Le choc émotif, cette confusion entre la rage et la culpabilité lui avait fait traverser la frontière fragile de sa raison, et nous nous retrouvions avec une Schizo de plus au sein de « * ». J'étais vraiment confus, « E », elle, riait à gorge déployée de cette farce, et lançait à notre ex-«X » les grimaces les plus hideuses, comme en signe de bienvenue dans sa nouvelle peau. « E » eut même cette délicatesse de la relever et de lui proposer de la ramener chez elle. La « X », ou pour être précis la nouvelle « O », semblait ne pas bien réaliser encore ce qui lui arrivait, elle titubait comme une personne ivre, avec un tic incessant de décrochement de la tête. Les deux s'en allèrent, me laissant seule devant le spectacle de ma création. Qu'elle ne fut pas ma surprise le lendemain de voir arriver « E » et notre ex-«X ». L'esprit de cette dernière avait irréversiblement basculé dans le monde des « O », elle avait en quelque sorte complètement perdu connaissance de son ex-monde et réalité. La découverte de son nouvel univers semblait l'amuser au plus haut point. La transformation était vraiment réussie, nous avions donc un monstre de plus dans « * ». Les deux nouvelles amies, « E » et « ex-X » étaient inséparables, il y avait comme un sceau qui les unissait, l'initiation de l'une par l'autre. Je parle d'initiation, mais il s'agirait plutôt d'une transmutation, comme on convertirait de l'or en plomb, je ne sais pas si « ex-X » est gagnante, mais le résultat est là. Ma situation affective ne se résumait plus maintenant qu'à « E », quelque chose en « ex-X » grondait, à l'intérieur d'elle même, une débâcle dont j'allais un jour ou l'autre devoir assumer les conséquences. Comme le sait tout un chacun, les schizos ont cette fâcheuse manie du sexe, et « ex-X » n'en était encore qu'au bourgeonnement, bientôt une fleur apparaitrait, ouvrant alors ses pétales et laisserait échapper le parfum enivrant de la volupté, je ne sais alors quelle réponse j'aurais à offrir. Notre petite spirale de folie nous était à tous un peu monté à la tête, naturellement, et sans faire d'effort, un « O » est comme une particule instable, notre petit groupe triangulaire ressemblait fortement au tube d'une tornade, on ne pouvait pas passer inaperçus. Nos rire, nos provocations, nos bouffonneries laissaient derrière eux un espèce d'effroi. « ex-X » ne se souvenant plus de son ancienne peau, elle en avait encore la connaissance, mais tout le contenu émotionnel s'était dilapidé, la vie continuait comme si elle avait toujours été une « O ». Son passe-temps favori était la provocation avec les « X », histoire de les titiller un peu, je m'imaginais même quel malin plaisir elle aurait à en astiquer un ou une, pour obtenir la fameuse transmutation. Que dieu me protège, l'idée même d'un nouveau sacrilège me donnait des sueurs froides. Les deux folles s'étaient même permise d'aller au jardin végétatif, histoire de voir si une quelconque transmutation serait possible avec l'un de ses occupants. A leur dire, elles en ont pris un comme proie, lui dans sa stature de végétal, immobile comme une statue, et elles de le pincer, de le chatouiller, histoire de voir la réaction. Transmutation il n'y a pas eu, mais notre cobaye, pendant quelques minutes à pris une stature moins statue, il remuait légèrement les fesses et clignait des yeux. Voilà, pour employer des termes à la mode dans les temps reculé, nous avions créé une dynamique, celle-ci s'alimentait de friponneries, de l'effroi que générait notre petit groupe. « ex-X » se faisait avec moi plus tendre, plus câline, et je sentais le moment ou ses démangeaisons demanderaient accomplissement. J'acceptais inconsciemment de me prêter au jeu, car comme je l'ai déjà dit, chez « * », quand on trouve un moyen de se divertir, il faut en profiter, même si cela devait mal tourner, « * » arrange toujours les virages, et les accidents ne surviennent jamais, ou du moins presque. Nous étions lors de l'une de nos sempiternelles ballades, ivres de nos rires, saouls de nos déconnades, afin de nous reposer un peu, nous allâmes nous reposer sur un tapis d'herbe. « E » réclama mon attention, et me fit savoir qu'elle aimerait que j'initie « ex-X » , elle n'osait prononcer le nom, « oui, tu sais bien quoi ». Ces derniers temps, et je ne sais pour quelle raison, je ressentais un attachement affectif de plus en plus fort pour « E », je la regardais souvent et me retrouvais à la contempler, là, comme on contemplerait une œuvre d'art. Tout ce qui avait trait à « E » me semblait beau et parfait, comme une douce musique enchanteresse, au point même que parfois j'en avais le cœur qui palpitait. Quel drôle de sentiment. Mon égo n'avait alors plus de résistance, et je me sentais complètement emporté par elle. Pourquoi je vous raconte tout cela, pour la bonne raison que la proposition de « E » vis à vis de « ex-X » me gênait beaucoup, j'appréciais « ex-X », mais comme copine, je ne ressentais pas spécialement de désir. Toujours est-il, et pour faire plaisir à « E », je m'exécutais, « ex-X » au début un peu timide fut finalement ravie, nous étions maintenant scellé par encore un nouveau sceau. De plus, je me rendis compte avec le temps, que ce que je ressentais pour « E », « ex-X » le ressentait aussi pour moi, je la voyais parfois pleurer en cachette, à se taper le poing contre la poitrine. Chez « * », on le sait, personne n'intéresse personne, on vagabonde dans un centre de divertissement, on se fait un petit trip sur une chaise longue, et on rentre chez soit. Le lendemain, idem. « * » est une histoire terminée où il n'y a plus d'aventure possible, on est tous condamnés à des vies sans histoires, au sens propre, et au sens figuré. Aussi, le petit triangle que formait « E », « ex-X » et moi-même n'avait en soit pas de limites, nous pouvions faire ce que nous voulions, cela n'intéressait personne, en soit, on pourrait intenter de détruire « * », et j'imagine qu'il n'y en aurait pas un pour objecter, pas même « * ». Cette perspective d'une aventure où nous étions libres de faire ce que bon nous semble me donnait le vertige. De plus, ma situation de « X » sans en être un me donnait un pouvoir surréaliste. Une frustration, confrontation, et je n'avais qu'à user l'arme de la culpabilité pour désarmer l'adversaire. Je pouvais, si tel était mon désir, me promener dans les rues, poignarder la premier passant qui pointerait le bout de son nez, d'une part il ne se défendrait pas, et d'autre part il n'y aurait personne pour broncher. On me laisserait avec le cadavre ou le blessé à mes pieds, avec moi le couteau entre les mains, et les excuses pleuvraient de tout coté si j'osais hausser les sourcils ou le ton, et au final, chacun rentrerait chez soit comme si rien ne s'était passé. Le vertige, voilà le mot le mieux adapté à la situation qui m'était donnée, et plus encore l'ivresse, qui était la conséquence de ce délicieux plongeon entre ce que j'étais et ce qu'il m'était possible de faire. L'adrénaline peu à peu remplissait mes veines, et une soif d'action me donnait comme des fièvres, j'étais un peu comme un moteur en surchauffe, mais c'était tellement bon, ce sentiment de folie m'était inconnu, je ne faisais que le découvrir. J'étais près à la suivre, car je vous l'ai déjà dit, je n'avais rien à perdre, si cela s'envenimait, je retournerais chez moi, à mes petites pantoufles, comme je l'ai toujours fait. La décision était donc prise, il s'agissait de lâcher les freins. J'avais un empire à conquérir, sans aucun ennemi, il me suffirait juste d'être l'épée, et d'entrée dans le gruyère, d'en faire des rondelles, et de le manger à ma guise. Toute cette émulation ne contrariait en aucun point mes appétits sexuels, au contraire, cela me stimulait. « E » en douce lune était là à me protéger de sa présence bienveillante, « ex-X » , elle, prête à tout pour me satisfaire, et de surcroit, une ribambelle de « X » amoureuses, qui de jour en jour, ne faisait que s'accroitre, quel spectacle mes amis ! Mais bon, pour en revenir à la création de mon empire, il faut relativiser, vous vous imaginez un combat de boxe ou l'adversaire ne répond pas, vous le mettez KO sans avoir à beaucoup suer, mais il faut le dire, cela manque un peu de piment. Vous le faites une fois, deux, trois, dix, mais après, cela devient vite lassant, cela ressemble plus à du charriage de carcasse pour une boucherie en gros. « E» et « ex-X » passaient leur temps à se mettre dans des problèmes, et quand ces derniers prenaient des allures à caractères explosifs, à savoir qu'elles avaient une ribambelle de « X » courant à leur trousse, prêtes à la bastonnade, il me fallait alors intervenir et obtenir des agresseurs des excuses, que je n'avais d'ailleurs pas de mal à recevoir, histoire que tout le monde rentre gentiment chez soit. En langage émotionnel, on m'avait donné la jolie consonance de « i », ce qui veut dire, toujours en langage émotionnel, un espèce de truc fou qui rend aussi tout le monde fou. « i », c'est ce qui empêche de tourner en rond. Je me demande comment une telle émotion puisse exister chez « * », sachant que tout n'est que rond parfait. Bref, j'étais un petit « i », j'avais même inventé un cri ; quand j'étais en face de l'une de mes admiratrices par exemple, je lançais un « Hiiii » strident dans les airs, un espèce de cri de guerre. Ce petit geste était très apprécié et ne faisait qu'augmenter mon prestige. Le problème dans le jeu que nous nous étions fixé, c'est qu'on tombe vite dans l'escalade ; se fatigant des mêmes routines, il faut toujours des doses plus fortes. « E » et « ex-X », lors d'un après midi d'ennui me réclamèrent de nouvelles transmutations. Elles seules ne pouvaient réaliser la chimie. Il fallait pour que la réaction s'opère, d'une part la furie, pour cela « l » et « ex-X » se feraient un plaisir de piquer notre individu au vif, et d'autre part moi-même pour faire monter le sentiment de culpabilité, par cette tension insoutenable nait la fracture et par voie de conséquence la transmutation. « * » ne pouvaient donc se passer de moi, ma présence était indispensable à leurs petits vices. Je nous voyais réduits à l'état de brigand, et à saboter le grand navire de soleil électronique. De la même manière que « * » n'avait rien à faire de moi, mon sentiment était le même à son égard, je n'avais rien à faire de lui. Le détruire, lui faire du tort, à quoi bon, cela n'avait pour ma part aucun intérêt. Le fil de ma vie était relié à « E », au plaisir qu'elle me donnait, au plaisir de nous savoir ensemble, « * » à mes yeux n'était même pas une fourmi, il n'existait et ne m'intéressait tout simplement pas. « E» ne le voyait pas comme ça, sa situation de monstre, de schizo la poussait vers un devenir meilleur et plus clément. - Je veux moi aussi devenir une « i » me déclara-t-elle un jour. - Je veux être comme toi, aller où je veux, faire ce que je veux, penser ce que je veux, et ne rendre de compte à personne, moins encore à « * », j'en ai assez de ces tiques nerveux, de ces maux de têtes et angoisses permanentes, de ces tremblements qui me parcourent le corps de façon permanente, j'en ai marre d'être un monstre, voilà. Qu'avais-je à répondre, je ne pouvais lui donner tort, mais que voulait-elle au juste, une méga-baston avec des « X » histoire qu'ils la cassent en morceau, avec peut être cette possibilité, et à travers une transmutation, de sortir de « * ». Les sentiments de « E » relevaient plus de l'excès révolutionnaire que l'envie réellement d'accéder à quelque chose de noble, ce qu'elle revendiquait, ce n'était point sortir de « * », mais, tout simplement le détruire. Quand je dis le détruire, il s'agit plus d'un sentiment de colère que de la réalisation de l'acte lui-même. Toujours est-il, elle se définissait elle-même, et voulait se définir dans une perspective de négation de « * ». Cela ne m'empêchait pas, sport absolu dans « * », de continuer mes sempiternelles ballades. J'en étais au rythme de trois paires de chaussures par mois, tellement je déambulais ; dans ces faubourgs de « * ». Toujours le même spectacle, de longues avenues, avec peu de personnes, hormis quelques rassemblements devant les centres de divertissement, rien de plus. L'homme de « * » reste plutôt cloitré sur lui-même. Ma situation de de dilapidateur de chaussures est vraiment à part, j'aime la rue, son odeur, sa géométrie, ses rencontres. Je rentrais ce jour-là tard le soir. Quelle ne fût pas ma surprise quand, une fois à la maison, je rencontrais « E » et « ex-X » avec … je ne pus l'identifier du premier coup, mais je compris vite qu'il s'agissait d'un individu du jardin végétatif. Il était là, planté au milieu de la salle, sans bouger. - Vous comptez faire quoi avec votre nouveau copain ? - Tu l'as dit toi-même, c'est notre nouveau copain, Y a t'il besoin de faire quelque chose ? Il a l'air tellement triste, tellement … tu sais bien quoi. - Mais ce n'est pas un jouet. - Avec nous, il ne sera sûrement pas plus triste que dans son jardin à faire de la photosynthèse. Nous allons lui donner plein de bons soins, et peut être qu'un jour il reviendra à la réalité. - Hein, qu'est-ce que tu en dis, rétorqua « E » à sa nouvelle plante verte. - Tu es bien ici, et tu verras, avec « ex-X », on te mènera la vie facile ! Notre « Z » restait là, impassible, sans l'ombre d'un geste ni même d'une pensée, il restait là, figé dans sa situation de statue. - T'es pas bavard, mais ce n'est pas grave, l'important c'est d'être présent, la communication commence par l'acte de présence, on t'aimera comme tu es. Voilà ou j'en étais du zoo de ma maison. Avec l'arrivée du « Z », nous étions donc maintenant quatre, cela me rappelle un de ces vieux trips que j'avais fait un jour dans un centre de divertissement, où les gens, dans les temps anciens, vivaient ainsi en multitude dans leur demeure. Cela ne me dérange pas tant que cela, mais enfin, j'aime quand même ma petite intimité. Le retour vers les temps primitifs, c'est pas trop mon truc, de surcroit, je me donnais le droit, et cela dans tout mon bon plaisir et dans tout le confort possible, de profiter de « * », sans avoir à souffrir pour lui, je n'avais rien contre le « Z », mais que personne ne compte sur moi pour l'arroser. Ma relation avec « * » n'était que pur bénéfice, il me donnait tout et je n'avais rien à rendre, émotionnellement parlant j'entends bien. Je sais que tout cela n'est pas très moral, mais bon, je n'avais pas décidé de mon propre sort, et ma situation de « i », à savoir personne déconnectée de « * », n'était qu'une conséquence, de je ne sais pas quoi, mais une conséquence que j'assumais parfaitement et sans regret. Les femmes à la maison, et le bonhomme à naviguer sur les faubourgs de « * », telle était l'articulation de ma nouvelle vie. Je rentrais toujours en fin d'après midi, une fois bien exténué de marcher. Là, je m'effondrais sur un fauteuil, et écoutais les merveilles des conversations féminines. Je ne vous en donnerais pas le contenu, car il s'agit de langage émotionnel, et cela est intraduisible par des mots, si j'avais à l'écrire, cela ne pourrait se faire qu'à travers un script genre hiéroglyphe. Eh oui, « * » ressemble plus à une civilisation Égyptienne qu'à autre chose. Des fois, quand « E » et « ex-X » sont un peu fatiguées, et qu'elles n'ont plus la force de s'exprimer correctement, toujours en langage émotionnel, elles en sont alors réduites à des espèces de grognements, ce n'est plus alors de l'Égyptien, mais du Cro-magnon. Il ne manquerait plus qu'une massue en bois, et un feu au milieu de la pièce, et le décor préhistorique serait parfaitement recomposé. Notre pauvre « Z » est devenue la coqueluche de nos deux dames, je dis coqueluche, il faudrait plutôt parler de nounours, qu'on habille, déshabille, qu'on berce, maquille de temps à autre. Enfin bref, le support à des journées ennuyeuses qu'il faut bien combler. « Z » est le jouet par excellence, car il ne se fâche jamais, vous lui levez le bras, et ce dernier reste en l'air, fermez-lui les yeux, et ceux-ci restent clos jusqu'à ce que vous les rouvriez. C'est vrai que chez « * », les enfants, on connait plus, on est tous arrivés là je ne sais comment. J'imagine que cette tendresse de mes deux femmes n'est qu'une résurgence de l'instinct maternel, comme cela existait dans les temps anciens ou les femmes enfantaient. J'ai aussi été un peu surpris quand « E » me conta que « Z » était en train de se réveiller. Il ne restait plus là figé comme un bon légume. Maintenant, et au fil des jours, une lueur de personnalité était en train de poindre. Ses émotions, il faut bien le dire sont un peu basiques, ou il pleure et n'en finit pas de pleurer, ou il est heureux, et de même, n'en finit pas de gazouiller et de faire des bulles. Pour être circonspect, je dirais qu'il a l'âge mental d'un nourrisson. Quelle source de joie passionnante pour nos dames, une poupée qui rit, pleure, et tout le reste encore. « E » et « ex-X » me demandèrent qu'on l'adopta. Pourquoi l'adopter puisqu'on l'avait déjà là, de plus, je me méfiais du réveil de cet individu, je m'imaginais un nouveau type de transmutation qui au final ne serait peut être pas pour plaire à tout le monde. Il fallait attendre, et voir ce que le rejeton donnerait dans les prochains six mois. Une nouvelle étape plus calme nos vies avait prix naissance. « E » pensait moins à sa révolution, elle était devenue une maman, avec « ex-X » pour la seconder. Cela me laissait tout le temps … à vous savez quoi, les chaussures. Six mois s'étaient déjà écoulés depuis le dernier spectacle du grand créateur. Mon ami « X » - je dis ami car je le fréquentais, et dans le monde des « X », dés qu'on fréquente quelqu'un on est son ami – continuait de me solliciter pour une participation aux éliminatoires du grand show. Je finis par accepter, sachant qu'en soit, ce n'était vraiment pas une bonne décision. L'idée cependant d'avoir accès à un méga-trip, d'en être pourquoi pas le héros, titillait mon orgueil et ma petite ambition personnelle. Je me retrouvais donc par un beau matin dans un espèce d'amphithéâtre, remplie d'une centaine de chaises longues. Il s'agissait de savoir si mes rêves avaient de la consistance, et si j'étais apte à triper avec une centaine d'autres personnes, ce fameux grand rêve interactif. On m'avait averti que le phénomène était très difficile à contrôler, en effet, toutes les émotions étaient alors comme accélérées, et on en perdait vite le contrôle, voir cela pouvait vite prendre les allures d'un cauchemar. On me fit les présentations, on m'expliqua aussi les grands traits de comment régir aux débordements émotionnels, quels étaient les différents effets du rêve, accéléré par l'interactivité des autres centaines d'auditeurs ...etc Tout ce petit monde s'installa sur les chaises longues, le rêve pouvait commencer. J'étais moi-même installé sur une chaise longue, et je ne sais par quel type de système, toutes mes pensées allaient être transmises, reçues et mixées par les personnes de l'auditoire, pour m'être en temps réel retransmises, et tout cela dans une complète interactivité et osmose. Je me laissais peu à peu aller. Mais la seule vision que j'avais était celle d'un grand trou noir, d'un néant, comme un tunnel obscur qui n'en finissait pas. Je ne pourrais dire combien de temps cela dura, car lors de ces rêves, la notion de temps disparaît. Toujours est-il, j'étais là avec cette obscurité qui n'en finissait pas. Cela commençait à être franchement angoissant, cette nuit peu à peu se transformait en précipice, dans lequel je tombais, l'impression était vraiment terrifiante, la chute était sans fin, et l'émotion liée à cette chute ne faisait qu'amplifier encore plus le désarroi. Encore une fois, je ne saurais dire combien de temps dura cette épisode. Cela ressemblait à une embolie schizophrénique, un moment dans lequel toute la réalité s'effondre et ou le « moi » se désintègre pour ne laisser plus place qu'à un sentiment proche de la folie. Je ne me souviens pas vraiment comment tout cela prit fin, mais quand je me réveillai, dressé sur ma chaise longue, les yeux écarquillés comme si je venais de voir le démon en personne, quel spectacle que celui qui m'entourait : dans l'amphithéâtre, ce n'était plus des gens normaux à qui j'avais à faire, mais une bande de démons hurlant, se tenant la tête entre leurs mains comme si celles-ci allaient exploser, un spectacle Dantesque. Ils étaient là à se rouler par terre, pris de convulsion, une espèce de crise d'épilepsie collective. Il faudrait sûrement quelques heures pour que tout ce petit monde revienne à la normalité, et sûrement quelques semaines pour qu'ils guérissent vraiment. Dans l'immédiat, cela me faisait de la peine à le dire, mais ils avaient tous des allures de Schizo, avec comme vous les avez, le corps rempli de tremblements, et de tics en tout genre. Il ne s'agissait pas, ou tout au moins je l'espérais d'une transmutation irréversible, mais plutôt d'une crise passagère. Ces « X » devenus « O » ne tarderait pas à revenir à leur état de « X ». En sortant du bâtiment, je croisais du regard mon ami « X », sa façon de me dévisager en disait long, je ne sais pas si c'était de la haine, de la colère, mais cela ne sentait rien de bon. Sur cet ami, il ne me faudrait plus compter, et sur le spectacle du grand créateur non plus, la seule chose que j'avais gagné, c'était un cauchemar. Quelle idée avais-je eu de participer à ces éliminatoires, je savais parfaitement que n'étant plus connecté à « * », je n'avais droit qu'à un zéro pointé, à savoir une obscurité sans fin et sans nom. Je ne mis pas longtemps à rentrer. Mes deux coquines étaient là, avec leur nounours piailleur. - As tu vu l'éclipse ? me demanda « E ». - De quelle éclipse parles-tu ? - Hé bien oui, l'éclipse, celle de soleil électronique, tu n'as pas vu ! Elle me compta alors, ce qui était le grand thème du jour, à savoir qu'une grosse tache noire avait envahie « soleil électronique », cela avait duré plusieurs minutes, et un vent de panique avait submergé « * », mais tout était rentré en ordre rapidement. Aïe, Aïe, mon audition, le cauchemar de mon audition n'avait pas été sans conséquence. « Soleil électronique », si imperturbable dans sa plénitude flottante avait lui aussi été touché par le fameux tunnel, la fameuse chute, je me rendais ainsi compte que « * » avait son talon d'Achille, y planter son venin et notre petit dictateur se volatiliserait comme neige au soleil, mais le vrai dans ce cas là, pas notre gros calculateur. Cela laissait quand même à réfléchir, tout un système aussi perfectionné, et un youpin comme moi, qui, à travers un accident du destin, se trouve déconnecté du système, et peut anéantir ce même système, en ne faisant rien, simplement en ne pensant à rien, simplement en faisant présence avec mon statut d'homme libre. Je comprenais maintenant pourquoi tout système en général, qu'il soit familial, politique, religieux ou autre est en soit jaloux et n'aime pas la liberté, n'aime pas les gens libres, ceux-ci sont sa propre fin, ils n'ont qu'à rêver de leur liberté, et voilà, tout l'édifice s'écroule. J'en arrivai à conclure que tout bon système qui se respecte se devrait d'amarrer les siens pour qu'ils n'aient pas la tentation de retourner à l'océan, pour qu'ensuite, telle des sirènes, appellent tout ce beau monde à quitter le navire. Tout système en soit est dictatorial, et le meilleur garant de garder les siens, mieux encore que de leur faire des belles promesses, est en quelque sorte de les droguer pour qu'ils sortent de leur état naturel, et qu'eux-même s'interdisent toute tentative de sortie. La culpabilité est un coup de maitre, notre individu Lambda, avant même qu'il se déplace d'une case, est maté. Ce coup disgracieux consiste à retirer à l'individu toute notion et possibilité de négociation, en le plaçant comme un élément d'un ensemble d'où il ne peut sortir. Cela passe d'abord par lui prêter des intentions, celles qui seraient bien évidemment de sortir de cet ensemble, on lui colle alors les fers, par la force ou l'aliénation, le but étant donc de lui retirer peu à peu tous ses droits naturels au nom de l'intérêt commun. Qui est l'intérêt commun, dans notre cas de figure, soleil électronique, le gros calculateur à bonheur, un bonheur pour tous. Le gâteau est prêt à être mangé quand notre individu a accepté ce fait, et de surcroit, le transmet aux siens comme source de bonheur éternel. La culpabilité étant alors le régulateur de cet harmonie, un espèce de policier qui serait lui même entré dans les gènes et ferait partie de l'individu. De façon très basique, c'est bien quand tu acceptes, c'est mal quand tu refuses, si tu acceptes ce bien, tu as le droit de nager dans le bonheur, si tu refuses, tu n'es alors plus rien. Dans mon cas de figure ou celui de « E », ne voulant faire office de copie, nous sommes alors devenus schizos, des monstres. A travers toutes les expériences de transmutations auxquelles j'avais pu assister, et contrairement à ce que l'air du temps nous laisserait croire, je me rendais compte qu'au niveau de l'évolution, les « X » sont au bas de l'échelle. Ils sont comme des nourrissons qui, s'identifiant aux mouvement de leur corps, se sentent bien quand celui-ci est repu et malheureux quand le corps souffre, il accepte la notion de bien et de mal annoncé par « * » comme ils accepteraient le téton de leur mère, sans discernement, sans initiative, nous en sommes donc au premier stade de l'évolution, celui du singe qui mime. Nos « O », nos Schizos donc avec leurs airs monstrueux, leurs tics nerveux et autres, ont pris conscience que ce bien et ce mal n'est pas le tout, bien qu'ils en dépendent encore, ils peuvent jouer en dehors du cadre des limites dictées par « * ». Eh bien voilà, il faut bien que je l'accepte moi-même, ma situation de « i », déconnecté de « * » me positionne sur le troisième pallier de l'évolution. Dans ce deuxième pallier, qui est celui des « O », le fait de ne sortir que partiellement de « * » produit de la douleur et une sorte de conflit qui met notre « O » dans une situation de chaos permanent. Dans mon cas, il n'y a plus de douleur, je dirais même plus que cette absence de douleur est la douleur même de « * », on a pu en voir l'effet lors de l'éclipse de soleil électronique. Mes rêves consistent en la fin de soleil électronique, ils en sont le poison, non que ce soit un désir de ma part, car comme je l'ai déjà dit, de « * » je ne tire que du bénéfice, mais plutôt par le simple fait de ma situation ou je n'ai plus à négocier ni à me sentir coupable d'une chose que je n'ai pas commise. Je suis le glas de « * », et qui en entendra l'écho ne fera que l'amplifier jusqu'à ce que les vibrations, par effet de martèlement, en viennent à bout. Mais je le répète encore, je n'ai aucun mauvais désir vis-à-vis de « * », mais mon bonheur, ma jouissance sera sa fin, et le plus dramatique, est qu'il ne peut rien contre moi, je suis en dehors de sa sphère. Tout ce qu'il peut faire est de m'ignorer, ce qui me laisse encore plus d'espace. « Zut alors », que d'années de perdues à croire que j'étais damné, que nous les Schizos, n'étions que peu de chose sur cette Terre. Cette perspective me laissait comme un avant goût de ce qu'il fallait maintenant rattraper, j'avais des envies de bonheur, de jouissance, de profiter de la vie et de ma situation, bref, une porte s'ouvrait majestueusement sur mon avenir. Je contais mes réflexions à « E », et il va de soit qu'elle fut ravie de ce que je pourrais appeler ma petite découverte, et nous tombâmes d'accord, qu'avec ce point de vue, il nous était possible de jouir sans compter, peu importaient les conséquences, nous pouvions donc commencer le grand voyage de nous-même. Notre gros nounours de « Z », bien que divertissant dans son rôle d'animal de compagnie, manquait cependant de charme. Avec « E » et « ex-X », nous décidâmes donc de lui offrir ce qui lui manquait, à savoir un double de lui même, de manière à ce que lui aussi puisse se divertir, nous ne voulions que des êtres heureux. Nous partîmes donc dans un jardin végétatif et prîmes une « Z » qui pourrait compléter notre « Z » actuel. « E » et « ex-X » s'occuperait de la décongélation. Nous tombâmes aussi d'accord que notre petit trio méritait de s'agrandir, et que quelques monstres en plus seraient les bienvenus dans « * ». Nous mîmes donc au point les plans d'une expédition pour capturer deux nouveaux éléments. Lors d'une de nos sorties, nous choisîmes deux proies. Comme dans tout acte de chasse, il fallu d'abord les isoler, une fois ceci effectué, je ne vous raconterais pas le détail, mais juste pour résumer, nous avions « E » et « ex-X » pour stimuler et titiller le sang de nos deux « X », et moi, avec l'argument de la culpabilité, à prétendre le contraire. En mettant la dose dans les deux sens, l'esprit se rompt en deux, et nous avions donc au final deux Schizos en plus. Un peu la même rengaine qu'avec « ex-X », au début, il y eut une période d'adaptation, d'éducation, ensuite, nos nouveaux « O » en redemandaient eux-même, il fallut même leur mettre les freins afin qu'ils ne brûlent pas trop vite les étapes et que leur comportement reste contrôlable. Heu, je dois vous le dire, mais j'ai un temps soit peu influé sur le choix de mes deux proies, si je devais parler en terme sexuel, je dirais que mon choix s'est porté sur des individus type féminin. « E » a bien compris que ce hasard était intentionnel, mais elle ne m'en veut apparemment pas, « E », c'est la « number one », la princesse de « i », et son rang implique qu'une cour doit graviter autour d'elle, ce qui lui donne encore plus de prestige. C'est vrai que « E » est ma préférée, c'est la première, celle qui a toujours été à mes cotés, mon cœur vole vers elle et lui sera fidèle pour toujours. Les autres compagnes, je les apprécies, mais c'est l'inverse, leurs cœurs volent vers moi, et elles aussi me seront toujours fidèles. Le tout forme un joli équilibre, ou « E » et moi-même formons les pôles. Agrandir les troupes, agrandir son royaume c'est bien, mais il faut aussi penser à donner pâture à tout ce petit monde. Comme vous le savez, chez « * », trouver une source de distraction est plus compliqué encore que de trouver un puits au milieu du désert, et cela pour chaque nouvelle journée qui commence. Nous devions donc avec « E » donner du mouvement à notre tribu. Ayant usé quelques dizaines de paire de chaussures sur les pavés de « * », je connaissais se sport parfaitement, je servirais donc de guide, pour d'éternelles et inoubliables ballades, randonnées, équipées sauvages dans les faubourgs de « * ». La tornade pouvait recommencer plus forte que jamais. Notre petit groupe, avec moi-même comme chef d'orchestre, envahissions la cité avec son souffle de destruction. Vis-à-vis du corps social, nous étions comme un gros furoncle, dont ce même corps n'avait aucune défense. Quand une tornade arrive, le réflexe naturel devrait être de se protéger, et de rentrer chez soit. Pour notre cas, c'était le contraire, cela relevait plus du spectacle à contempler que d'autre chose. Nous semions le chaos, symbolique il faut le dire à travers nos rires, notre bonne humeur, nos caractères bruyants et expressifs, en bref, cette anarchie bon enfant des gens heureux. Nous étions une tornade de bonheur sur une terre triste, aride et ennuyeuse. Les « X » interloqués ne savaient trop comment réagir, dans leur conformisme de gens bien élevé, le premier réflexe était celui de l'aversion. Mais, une lumière de curiosité semblait sortir de leur carapace et leur donnait stature de spectateurs médusés, planté là à regarder une symphonie qui les dépassait. Notre petite troupe, ainsi avançait, reculait, dans sa trajectoire ivre et folle. Une fois fatigués de ces folies, nous retournâmes à la maison. Mon petit appartement recevait maintenant six énergumènes, nos deux « Z », « E » et « ex-X » et les deux nouvelles recrues. Un zoo en miniature, voilà ce qu'était devenue ma demeure. Il n'est pas la peine de dire qu'un désordre permanent régnait, que ce soit physique, sonore, émotionnel et je ne sais quoi encore. Personnellement, je n'avais rien à redire, cette meute permanente me convenait parfaitement et entrait dans le cadre de mon idéal, à savoir jouir, et rattraper le temps perdu. Nous découvrions des joies nouvelles, celui de la compagnie nombreuse, et de tous les jeux qui en découlent. En temps que Schizos, il faut bien avouer que nous ne faisions pas spécialement dans la soie, cela prenait souvent l'allure d'un gros chahut avec parfois quelques relents inconvenants pour ne pas dire obscènes. Ce n'était pas aujourd'hui que nous allions refaire le monde ou le parfaire, nous n'avions qu'à suivre le cours un peu chaotique de notre barque, et nous verrions bien sur quel océan nous arriverions. Le show du grand créateur approchait, il ne restait plus que quelques semaines avant que ne soit lancé le spectacle. Au souvenir de l'année passée, ou à mon insu j'avais atterri dans l'auditorium des champions, de drôles d'idées me traversaient l'esprit. Je me voyais déjà jouer les imposteurs, virer l'un des champions de sa chaise, m'y installer et de provoquer un trou noir tellement grand que soleil électronique en perdrait la raison et les connexions, ce ne serait plus une éclipse, mais la désintégration pure et simple de « * ». Rien que d'y penser, des sueurs froides perlait sur mon front, et dans un même temps, me faisait sourire, tel un gamin qui se prépare à faire une friponnerie. Toujours est-il, j'en étais pas là. Dans l'immédiat, il me fallait gérer la troupe, la meute. La décongélation du second « Z » s'était bien déroulé, et les deux énergumènes, comme des enfants en bas âge, passaient leurs journées à se chamailler et à jouer. On avait tout simplement recréer des enfants, nous formions maintenant une famille, il ne manquait plus que le vieillard à la barbe blanche pour compléter le tableau. Mais au fait, où était-il passé celui-là, cela faisait déjà un déluge que je ne le voyais pas. Avec « E », nous nous demandions si nous ne devrions pas agrandir la communauté, et au gré de quelques transmutations, augmenter ainsi les individus de notre petite entité. Nous pensions qu'avec une dizaine de sujets en plus, nous formerions un bon petit groupe, quelque chose de sain, et qui commencerait à, peser son poids. Nous avions actuellement deux enfants, quatre mamans, et un papa. L'idée d'intégrer un nouveau mâle ne me plaisait guère, je craignais des conflits d'intérêt et une guerre de saute d'hormones. Il faut bien dire que notre tribu ressemblait plus à celle de hippies qu'à autre chose, les mœurs y étaient libres, à chacun d'aimer qui il veut. Bon d'accord, j'étais le seul individu à représenter la gente masculine, mais cela n'était que le demi hasard des choses. Les prétendants à entrer dans notre communauté ne manquaient pas, qu'elle que soit l'heure de la journée, des « O » ou des « X » curieux batifolaient en bas de l'immeuble, attendant qu'il se passe quelque chose. Il s'agissait de petites réunions improvisées, de regroupement pour un intérêt encore mal défini. Nous n'avions donc plus de temps pour nous ennuyer, chaque heure passée nous laissait son compte d'aventures et d'intrigues. Ce type de rassemblement imprévus n'était pas pour plaire à tout le monde, les voisins commençaient à se plaindre de ce raffut permanent, mais je n'avais qu'à aller les voir, hausser gentiment le ton, et tout ce petit monde de se confondre en excuse, je ne vous le cache pas, la vie est belle chez « * ». Je voyais bien tous ces petits groupes se former, des tornades en gestation si l'on pouvait nommer les choses ainsi, mais à toute, il manquait une tête. A ces bandes de Schizos en voie d'organisation manquait un meneur, un « i ». Je me demandais quel pourrait être le moyen, et en douceur de provoquer des transmutations de l'état de « O » vers l'état de « i ». Je ne recommanderais à personne la transmutation à laquelle j'avais eu droit, il ne me restait donc qu'à réfléchir, et pourquoi pas expérimenter. Pour cela, je choisis dans tous les énergumènes en voie de prolifération proche de mon appartement, trois sujets qui me semblaient mûr à une éventuelle et possible transmutation. Nous partîmes donc tous les quatre, vers une quelconque promenade. Le fait de marcher et de déambuler avec eux me ferait sûrement poindre une idée, ou je ne sais quelle situation que l'on rencontrerait, propice à mes expériences. Nous marchâmes ainsi pendant des heures durant, parlâmes de tous les sujets accessibles aux « O », fument confrontés à quelques groupes de « X » teigneux avec qui nous eûmes quelques vives discussions, tout cela pour arriver à la conclusion suivante : je n'avais ni la moindre stricte idée de comment arriver à la fameuse alchimie de la transmutation d'un « O » vers un « i ». A vrai dire d'ailleurs, cela ne m'intéressait qu'à titre d'expérience, mais en soit, cela ne me tourmentait pas plus que cela, après tout, qu'avais-je à faire à la venue d'autres « i », je n'étais dans nulle spirale de prosélytisme ni de duplication par rapport à ce que je pouvais être, nul besoin donc de perdre mon temps à ces veines occupations. J'avais beaucoup plus à faire avec les miens. Cette vie plus stimulante donnait des couleurs nouvelles à tout le monde, et tel un jardin bien planté, j'en cueillais les fruits. Les uns émulaient les autres à travers leurs chamailles et revendications, nous retrouvions les prémisses et le charme de la vie en groupe. Le temps passait, et je dois avouer sans une légère honte que la tentation nous pris d'agrandir la famille, nous sommes passé de sept individus à douze. Cela eut lieu lors de nos sorties. Nous avons eu à faire avec un groupe de « X » un temps soit peu coléreux, ça a mal tourné, et au final, nous étions une famille de douze. Lors de deux autres altercations, ce nombre de douze s'est allongé à vingt-quatre. Quelle famille ! Heureusement, avec le chahut que nous provoquons, les appartements d'à côté se sont libérés, notre communauté se les est tous accaparés. Que dire maintenant, si ce n'est que lors de nos sorties, il ne s'agit plus d'une tornade mais bel et bien d'un ouragan, imaginez-vous une bande de vingt-quatre gais lurons lancés dans la nature. Je me rends compte cependant que nos relations deviennent quelque peu problématiques, la boule que nous formons est instable, et semer le chaos dans « * » n'est pas une fin en soit, comme qui dirait, il manque un sens à tout cela. Nos disputes sont de plus en plus fréquentes, et nous sommes proche de l'éclatement. C'est cela, oui, il nous manque un but, un truc à quoi se confronter, qui nous fasse suer, nous émouvoir, nous apeurer, alors que tout au contraire, c'est nous qui émouvons, faisons trembler et suer, nous n'avons pas de réponse à nous même, et notre groupe est comme un éléphant aveugle, sourd et muet, qui ne sait ou aller ni quoi faire. « * » est affligé par la solitude, et ne pouvons nous même en sortir, nous sommes de manière indirecte pris dans la mouvement, que ce soit les éléments « Z » de notre groupe, les « O » ou moi-même. Je pensais que ma situation de « i » ferait que collectivement nous sortirions ensemble de « * », mais comment sortir d'un trou à rat quand il n'y a que celui-ci, la pesanteur de « * » est là, et nous colle comme de la glu, « * » va nous engloutir. Je m'étais donc lourdement trompé, d'abord sur moi même, et d'autre part sur notre petite tribu. Nous n'avions aucun espoir, nous étions né « * » et allions mourir « * », le sort qui nous attendait, et plus particulièrement pour moi, était la folie, que ferait un « i » dans un univers qui ne peut le concevoir, ma fin serait irrémédiablement tragique, j'en avais la prémonition. Les autres éléments du groupe repartiraient alors chacun dans leur direction, et tout serait de nouveau resplendissant, dans le meilleur des mondes possible. Ce sentiment m'effrayait au plus haut point. Que devais-je faire ? Répudier la meute, et je ferais quoi après, user mes chaussures, encore et encore. Quelle triste fin que celle d'un useur de chaussures qui ne sait où aller. Il ne me restait qu'une seule option, la mort de « * ». Le spectacle du grand créateur aurait lieu bientôt, je connaissais le point faible de « * », il ne me restait plus qu'à agir. Quelles en seraient les conséquences, peu m'importait, cela valait toujours mieux que de finir au cimetière des éléphants. Il restait donc quelques jours avant le grand événement de l'année, j'en profitais pour chauffer mes troupes, histoire de me motiver moi-même. Lors de mes sorties, tout était donc permis, sauf de nouvelles transmutations, la famille étant suffisamment grande comme cela. Le mot d'ordre était lancé : Motiver les troupes, faire monter la sauce, car de l'improvisation, il en faudrait, trop de points d'interrogation s'allongeaient devant moi, et tel un adolescent confronté à quelque chose qui le dépasse, le mieux était d'appeler au loup, histoire d'en voir la queue. La meute était donc lâchée, ce n'était plus les vacances de Monsieur Hulot, mais la horde sauvage sort un après midi d'été. Pour affiner le jeu, nous nous étions muni de chaines auxquelles nous avions attaché toutes sortes d'instruments de métal, nous faisons tourner celles-ci au-dessus de nos têtes, comme des pales d'hélicoptère prêtes à trancher. Nous n'étions pas montés à cheval mais nous nous esclaffions à grand bruit, tel de vaillants guerriers barbares de je sais quel temps. Lors de l'une de nos sorties, j'en profitais pour situer le lieu du prochain spectacle, cette année-là, il aurait lieu près de la coupole. Cet édifice, vieux de … était l'unique vestige des civilisations passées, un espèce de gros bâtiment, avec en haut, une immense coupole ouverte sur le dessus, qui donnait lieu à une espèce de plate forme perchée la-haut proche des nuages, à lui murmurer je ne sais quel secret. Pendant que nos énergumènes s'occupaient à mettre un peu d'animation dans le secteur, et cela à coup de tournoiement de chaines dans les airs, j'en profitais pour repérer les lieux. « * » est pire qu'un gruyère, on peut entrer partout, pas besoin de faire des trous, ils sont déjà là, on va comme on veut, où on veut, quand on veut, à la barbe de qui on veut. J'entrais donc dans le bâtiment de la coupole, cet espèce de grande montagne élevée dans « * ». Après quelques kilomètres à sillonner les allées, j'arrivais enfin aux étages supérieurs, puis sur le haut de l'édifice, et enfin au point culminant de la coupole en elle-même. Quel drôle de spectacle, là, ouvert au ciel, comme une espèce de terrasse circulaire, avec tout au long de sa périphérie de grands tubes en verre larges de la taille d'une personne humaine. Ce spectacle se dressait, s'offrait ainsi vers les cieux, ou je ne sais quel idole. Toujours est-il, cela mettait dans une ambiance un peu surnaturelle, pour ne pas dire mystique, ce qui ne cadrait pas trop avec ce que l'on pouvait généralement voir chez « * ». Je me demandais ce que ce bâtiment et tout ce scénario faisait là, quelle en était l'utilité. Je m'apprêtais à redescendre quand je vis passer au loin, dans l'escalier d'en face, ce qui paraissait être le vieil homme à la barbe blanche, notre bon sage. Je courus après l'apparition, mais celle-ci avait définitivement disparue. Quel mauvais augure, ce vieux-là, je n'étais pas sûr qu'il ne me veuille que du bien. Enfin, nous verrions bien. Je retrouvais donc ma troupe qui s'était un peu fatiguée et qui gisait là affalée sur des bancs. Nous repartîmes tous ensemble, eux à se remettre de leur récréation physique, et moi à penser à mon vieillard et sa coupole. Le peu de jours qui nous restait furent bien employés, nous multipliâmes nos sorties, avec chaque fois, un thème différent. La première fois, c'était le théâtre barbare, nous passâmes ensuite à celui des romains, des grecques, des égyptiens, nous n'osâmes utiliser celui de l'age de pierre par pudeur, histoire de ne pas déambuler tous nus dans les faubourgs de « * ». Il faut bien le dire, ces petits épisodes guerriers étaient bien divertissants. Il faut bien entendre aussi que nous ne faisions que simuler, nous étions tels des braves, mais lorsque nous levions le bras, nous ne le baissions jamais, comme je vous le disais, il ne s'agissait là que d'un spectacle, histoire de nous amuser un peu. Le grand jour arriva, je levai les troupes de bonne heure, je ne pouvais encore leur avouer que le jeu ne se passerait non pas avachi sur une chaise longue à triper avec les nouveaux champions, mais d'aller au cœur même de la coupole pour injecter mon venin noir dans soleil électronique. Cette idée me terrifiait, la dernière séance dans l'auditorium avait été plus que désagréable, imaginez-vous, il n'y avait alors qu'une centaine de sujets, une petite accélération en quelque sorte, là, le jeu se portait avec des milliards d'individus, l'effet serait donc multiplier à des niveaux mille fois plus forts. Je n'osais entrevoir dans quel trou noir j'allais tomber, dans quel puits de folie j'allais me rendre, rien que d'y penser j'en avais le visage qui tremblait. Mais bon, je n'avais pas le choix, c'était ça ou terminer comme une momie dans « * ». C'est donc à contre cœur que nous nous rendîmes, mes ouailles et moi-même en direction de la coupole. Nous étions habillé de tuniques noires, cela en espérant effrayer je ne sais quel démon si nous avions à en rencontrer un. Déjà, des milliers de personnes affluaient sur l'immense parc rempli de chaises longues. Le petit mensonge que j'avais inventé était de leur faire croire que des admirateurs « X » m'avaient invité au sommet même de cette coupole, et que nous étions des invités de classe, avec statut VIP. Ils furent tous enchantés, et alors que nos millions de spectateurs commençaient à s'installer, nous gravîmes les marches qui menaient en haut de l'édifice. C'est là normalement que devaient se retrouver nos dix champions dont le gagnant serait le grand créateur de l'année. Nous arrivâmes enfin en haut du bâtiment sur l'esplanade sphérique que j'avais visité quelques jours plus tôt. « Mince », les champions n'étaient pas là. Sur la périphérie de cette terrasse donnant sur le ciel, les fameux tubes en verre, faisant penser à un espèce d'orgue diabolique, au centre, un siège, et notre vieil homme comme là à nous attendre. Je sentais déjà le piège, duquel nous ne pourrions sortir. Je comptais rebrousser chemin, fit un signe de la main à ma tribu, me retournai, mais déjà … Tous mes compagnons furent mentalement attrapés, ils se serraient la tête entre les mains, une douleur semblait les prendre, insoutenable. Peu à peu, ils se dirigeaient chacun vers un tube de verre. Ceux-ci s'abaissèrent pour laisser entrer chacun des compagnons. Les tubes de verre le levèrent alors, laissant chacun d'eux enfermé dans ces cages translucides. Ma situation de « i » faisait que « * » n'avait aucun pouvoir sur moi, je ne pouvais donc entrer dans ce jeu diabolique. Au milieu de la terrasse céleste, il y avait toujours notre vieillard, assis, impassible. Au bout de quelques minutes, il se leva, s'approcha de moi, avec son imperturbable sourire de grand enfant. Enfin il ouvrit la bouche: « Bienvenue mon petit ami, sur la place de l'holocauste. Ce lieu n'est maintenant plus habité que par les fantômes, mais voilà, tu es arrivé, il va donc de nouveau falloir la mettre en activité. Tu imagines mal la puissance de « * », tu es un « i », certes, mais cela ne te laisse pas tous les droits, encore moins celui de détruire « * ». Tout ceux qui ont eu cette tentation, se sont retrouvés au sommet de cette coupole. « * » lâchera alors son rayon noir, et chacun de vous retournera d'où il vient, du néant, et cela afin que tout soit effacé, qu'il ne reste rien, même pas des cendres. Si esprit il devait y avoir, lui aussi, avant même de pouvoir sortir du corps sera désintégré, il ne restera absolument rien. C'est la punition pour votre acte insensé, pire que la mort, c'est l'anéantissement total, votre mémoire-même sera effacée de « * », plus personne ne se souviendra jamais de vous. « * » n'a plus de système policer, ce n'est plus nécessaire, mais il va de soit, que de temps en temps, un individu arrive à sortir de « * », nous devons alors répliquer. Vous devez savoir, mon enfant, qu'en dehors de « * » rien n'existe, « * » est tout, et si vous ne pouvez le supportez, il n'y a donc d'autre choix que de vous faire disparaître, vous avez voulu détruire « * », « * » vous détruira ». Avant même que je ne me rende compte vraiment de ce qui ce passait, des rayons noirs sortirent de la boule de soleil électronique, en une fraction de seconde, mes compagnons, les uns après les autres furent désintégrés. A chaque jet de rayon, toute la lumière était absorbée, quand le jour revenait, les tubes étaient vide. Tous, les uns après les autres furent ainsi absorbés, jusqu'à ne plus rester que « E » et moi même. La vue de « E » enfermée dans sa cage me fit monter les larmes aux yeux, « E » allait disparaître, et je me retrouverais seul, seul avec moi-même et « * », et cet ignoble vieillard aussi. La peine était trop lourde, je tombai les genoux à terre et sanglotai. Le vieillard repris: « ce n'est pas « E » que je veux, c'est toi, mais sans ton assentiment, je ne peux rien faire. Je peux t'anéantir seulement avec ton accord. Accepte donc de donner ta vie contre celle de « E », elle retournera libre dans « * ». Acceptes, ton histoire est terminée, que deviendrais-tu dans « * », un fantôme, rien de plus, disparaît, et « E » aura la vie sauve ». Quel étrange dilemme. Dans ces moments d'exceptionnelle émotion, l'esprit n'est pas vraiment à même de bien voir ce qui lui convient, et je me retrouvais en face de « E », les pleurs me voilaient les yeux, j'aurais voulu n'avoir jamais existé. Qu'avais-je à perdre, le vieillard le savait, ma décision était donc inéluctable, je n'avais d'autre solution de que me livrer. « tu acceptes ? » Je savais que je n'avais qu'à accepter mentalement, et qu'alors, de la même manière qu'avec mes compagnons, je serais mentalement emporté vers l'un des tubes, le flux noir tomberait et que tout alors s'arrêterait. C'est ce que je fis … et je fus emporté peu à peu vers l'un des tubes. J'eus juste le temps de voir que le vieillard m'avait menti, le rayon noir frappa de nouveau, et cette fois sur « E », et puis, tout s'éteignit. Ma dernière pensé fut pour « E », un long et languissant « je t'aime ». Je sentis comme une brise légère m'effleurer la peau, puis, quelque chose de frais vint me frapper le visage, une goutte d'eau j'imagine. J'ouvris peu à peu les yeux, une lumière m'aveuglait légèrement. Mes paupières pétillaient, et je mis quelques minutes à m’acclimater. Autour de moi, un paysage magnifique, celui du rêve que j'avais fait il y a de ça longtemps, avec toute cette nature vierge, cette végétation, ces collines verdoyantes, et ces rivières que l'on entendait ruisseler au loin. Avec quelques efforts, je relevais la tête. J'étais là, allongé dans un caisson de verre, avec « E » à mes cotés, elle aussi dans son caisson, sortant de son sommeil. Nous nous regardâmes, remplis de joie et d'espérance. Le vieil homme lui aussi était là, impassible comme toujours, et assis sur une chaise, il paraissait attendre que nous nous réveillâmes. Après quelques minutes de contemplation, après que nous nous fûmes vraiment éveillés, notre bon vieillard nous souhaita la bienvenue. « Mes enfants, vous êtes enfin revenus … sur votre terre qui est la votre, sur votre terre qui est le paradis, soyez les bienvenus, vous le méritez. Ne vous effrayez pas des derniers évènements survenus à la coupole. En réalité, je n'existe pas vraiment, je suis simplement le visage de la vie, intimement lié aussi à la mort. Vous devriez savoir que le néant n'existe pas, il n'est juste qu'une matrice, avec des portes. Quand vous sortez de l'une d'elle, une autre s'ouvre par laquelle vous pouvez entrer. Vous avez émis le souhait de sortir de soleil électronique c'est chose faite, votre désir à été exaucé. Dorénavant, « * » a complètement disparu de votre horizon, vous êtes des hommes et des femmes nouveaux dans un monde nouveau, celui que vous avez en face de vous. Le seul soleil existant maintenant, c'est le votre, c'est vous-même. Dans la paradis auquel vous avez accédé, des soleils il y en a des milliers, des millions, des milliards, vous faites dorénavant partie d'une galaxie... humaine. Vous n'aurez qu'à regarder ce soir quand sera venue l'obscurité, des feux jailliront de toutes part, comme autant de tribus vivant sur cette terre. Soyez encore les bienvenus, et je vous souhaite tout le bonheur et toutes les aventures auxquelles vous avez si souvent prétendu ». Ces paroles me tournaient la tête. Nous eûmes avec « E » le plaisir de voir que nos compagnons eux aussi étaient là, les « Z », « ex-X » et les autres, nous étions de nouveau tous réunis, dans ce paradis sauvage. Il ne restait maintenant plus qu'à le découvrir. J'étais maintenant un soleil, nous étions là, avec ma tribu, et comme disait notre bon sage à la barbe blanche, nous formions avec les autres tribus, une galaxie, quel heureux présage ! |